L-ombre-d-Hannibal

 

 Un livre d'initiation au voyage, je veux dire au vrai voyage, le voyage qui a sans doute un prétexte, retrouver les traces d'Hannibal, mais finalement aucun but concret. Le voyage pour le voyage. Le voyage pour soi. Le voyage pour retrouver un homme qui bâtit sa légende et construire la sienne. Paolo Rumiz met ses pas dans ceux de l'africain, du carthaginois qui malgré tous ses succès militaires renonça à détruire Rome, Rome qui détruira méthodiquement et absolument Carthage (delenda Carthago). Un héros de tragédie grecque qui va jusqu'au bout de son destin, c'est à dire le consentement à la mort. Dont l'épopée fantastique est magnifiquement décrire par Rumiz.

Mais dans cette histoire, qu'est-ce qui est réel ? Ce livre n'est pas un livre d'histoire, encore moins un roman historique. C'est le journal au jour le jour d'un rêve, retrouver ce personnage fabuleux qui ne cesse de lui échapper. Pour saisir sa propre réalité.

Qui est Hannibal ? Qui est Rumiz ? Il est parfois difficile de distinguer l'un de l'autre. Hannibal va jusqu'au bout de son destin, Rumiz jusqu'au bout de son voyage.

Le véritable héros, c'est Rumiz lui-même dissimulé volontairement derrière Hannibal.

Un livre précieux. Passionnant. Dans lequel Rumiz , page après page dans un récit de voyage tellement humain donne sens et profondeur à notre temps, à l'humanité, à chacun d'entre nous.

Un livre aussi qui, à lumière du passé, éclaire notre présent, notre présent où se réveillent toutes nos craintes d'une l'invasion venue du Sud.

Un livre sur un personnage qui vécut il y a plusieurs millénaires mais qui reste d'une brûlante actualité. Dont le rêve peut être aussi le nôtre ; unir les deux vives de la mare nostrum.

Un livre d'ouverture à l'autre, d'ouverture à soi.

Qui pose cette question à mon sens essentielle, faut-il être fou pour poursuivre un mythe ? Qui pose l'obscénité absolue de notre temps, la mort des mythes. Le renoncement aux légendes, à ses légendes.
Je suis tombé sous le charme, au sens magique, de cette œuvre écrite de main de la main de maître d'un très grand érudit.