Blog méandres

17 novembre 2018

HEIDI BENNECKENSTEIN/COUPABLE EN TOUTE INNOCENCE

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Je ne suis pas du genre impressionnable. Mais ce livre m'a fait froid dans le dos. Il est effrayant.

Une gentille petite fille allemande, comme on les imagine, blonde, des tresses bien sages, des yeux bleus et un grand sourire. Dans une famille en apparence, normale, banale. Mais cette enfant n'a pas de poupée Barbie et ne regarde pas les dessins animés. Elle passe ses vacances dans des camps para-militaires. On lui inocule le virus de la peur de la III° guerre mondiale, on la prépare à l'avènement du IV° grand Reich. La haine de l'étranger, du juif. On ? Son père, néo nazi convaincu. Père charismatique et tyrannique, maître manipulateur. Elle passe son adolescence , militante radicale, en se saoulant copieusement, en se battant contre des « antifas » tout aussi violents que leurs adversaires nazis, en allant d'échec en échec dans une désespérance qui fait peine à voir. Avec Felix, ils découvrent toute l'horreur de leur idéologie, finissent pas en sortir, par s'en sortir et fondent une famille.

Un livre capital. Une contribution importante au débat actuel sur la remontée de toutes les idéologies totalitaires. Un témoignage tout à fait exceptionnel sur la programmation des enfants dont on veut faire de bons nazis, sur le lavage de cerveau qu'ils subissent.

A lire absolument pour comprendre comment les enfants, les nôtres, peuvent sombrer dans les extrêmes de tous bords.

Et les protéger.

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12 novembre 2018

ALLAN RYAN-MATTHIEU LOUVRIER / ÂME PAPIER

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Un petit livre par la taille et le poids.

Mais des tonnes de bonheur.

L'objet d'abord.

Un format orignal, un papier très doux, agréable au toucher jusqu'à la sensualité. Je me suis laissé aller à le caresser. Un bel objet en soi.

A l'intérieur, les poèmes certes courts mais éloquents d'Allan Ryan. Illustrés magnifiquement par Matthieu Louvrier.

Une poésie lyrique, mystique. Dans le texte et dans l'image.

Je l'ai lu trois fois. De la première page à la dernière, de la dernière à la première, de la première à la dernière.

Je ne suis pas entré dans le livre, c'est le livre qui m'a pénétré délicieusement jusqu'à l'envahissement total.

L'expression le verbe s'est fait chair a là tout son sens.

Une vraie jouissance.

Un orgasme poétique.

En vieil obsessionnel que je suis, dès que j'ai terminé un livre, je le range dans mes étagères. Soigneusement et dans un ordre précis.

Âme papier repose encore sur ma table de nuit. A portée de mains.

A portée de cœur.

Allons, la poésie n'est pas morte, les poètes n'ont pas disparus.

 

A commander à :https://www.atelierdesnoyers.fr/

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07 novembre 2018

J.B. DEL AMO / RÈGNE ANIMAL

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De quoi s'agit-il ?

De l'histoire entre l'avant 14 et 1981 d'une famille de paysans pauvres qui commence mal. Et qui continue très mal en passant par la grande boucherie de la première guerre mondiale et les désastres personnels et économiques qui en découlent jusqu'à la catastrophe finale de l'élevage porcin et industriel.

De la description d'un monde dur, violent, sans pitié ni compassion, sans tendresse, sans affection, sans amour où la dégénérescence de la consanguinité et de l'élevage intensif est cachée sous la rigidité, la cruauté et la soif de profit.

De la folie des hommes que rien ne pourra arrêter et qui détruira tout et tous.

Tous les personnages sont taillés à coups de serpe dans un bois dur mais qui a fini par pourrir

Le seul qui y survivra, peut être, c'est Jérome, autiste à priori, fils de Catherine qui devient folle dans la ferme délabrée de cette famille, enveloppée dans l'insupportable puanteur de la porcherie et du lisier.

J'ai découvert Jean Baptiste Del Amo dans Éducation libertine qui m'a mis sur les genoux. Là, je suis tombé sur le cul et j'ai eu du mal à m'en relever. Dans Règne animal il se surpasse. Quel talent faut-il pour décrire dans un style flamboyant, sans complaisance ni pathos, presque chirurgical de précision, tout ce qu'il peut avoir de plus glauque dans son récit. C'est à dire dans la nature humaine.

Amateurs de romans à la guimauve, adeptes des grands sentiments, végétariens, végétaliens et autres vegans passez votre chemin.

C'est dommage mais ce livre n'est pas pour vous.

Tous les autres, courez-y.

C'est un grand livre.

Qui a failli me dégoûter de la charcuterie. Moi !!! C'est vous dire quel talent possède l'auteur.

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25 octobre 2018

Voyageur

Voyageur déchiré de Bruno Catalano Galerie Bartoux près Hôtel Dieu de Beaune

Drôle de pays.

 

D'ailleurs, ce n'est pas un pays.

 

C'est une horloge sans aiguille et sans chiffre qui tourne contre le soleil autour d'une planète désaxée.

 

Qui marque midi quand il est minuit et réciproquement.

 

A en prendre le jour pour la nuit.

 

A s'habiller pour l'hiver quand on est en juillet.

 

A trouver le sud quand on arrive au nord.

 

A confondre le noir avec le blanc.

 

A construire du rêve comme une réalité et inversement.

 

A marcher sur la tête les pieds en marche arrière.

 

Je n'en pas sûr.

 

Mais je crois que j'y suis né.

 

Un effet du hasard et de la nécessité d'une loterie qui m'y a donné le jour. J'y suis né, j'y vis, j'y mourrai. J'en mourrai. Comme tant d'autres naissent, vivent et meurent au fin fond de la Terre de feu ou de n'importe quelle contrée lointaine et inaccessible à qui, n'y étant pas venu au monde, il est impossible d'en déchiffrer les accidents du relief et les variations du climat. C'est ainsi. Extrêmement banal. Rien à discuter.

 

Je ne pourrais jamais vivre dans l'Ailleurs. L'Ailleurs dont j'ignore de quoi et comment il est constitué. Peut être en ai-je frôlé la frontière, y ai-je par mégarde ou par accident, posé un pied. Je ne sais pas. J'ai oublié. Parfois, des gens bien et bien intentionnés, soucieux de mon bonheur, m'invitent à rejoindre l'Ailleurs. Je décline poliment. Non, merci. Je risque y être retenu et ne pas en revenir. Je ne supporterais pas cet exil.

 

Ce n'est pas un pays, c'est une Odyssée.

 

Sans autre fin que la mienne. Une fois parti, on ne peut plus ni faire demi tour ni s'arrêter au milieu du gué.

 

Une Odyssée sans instrument de navigation. Quelques fois un vague repère spatio-temporel dont il faut bien se contenter faute de mieux. Naviguer en double aveugle, à l'intuition, sur une barcasse au gouvernail incertain. Poussée là où les vents et les courants le décident. Destination inconnue.

 

Une randonnée au long cours par des monts et des vaux imprévisibles. A chaque pas, terra incognita. Sur des sols glissants et peu stables truffés des pièges de sables mouvants.

 

Un interminable voyage. Fatigant. Épuisant. Il me sera arrivé souvent de jeter mon sac par dessus les moulins, de m'assoir et de ne plus vouloir bouger. Découragé d'avancer et de ne jamais atteindre ce Nulle Part, là bas, sur la fuyante ligne d'un horizon brouillé et flou. Et puis, un autre marcheur du hasard s'arrête, me tend la main, m'aide à me relever et à repartir. Juste un instant. Il a lui aussi son chemin à tracer. A charge de revanche.

 

Je serai aussi tombé quelques fois. Chutes douloureuses. Mais jusqu'à présent, je me suis toujours relevé. Et tant pis pour les bleus et autres contusions au corps et à l'âme !

 

Moi, le grand voyageur impénitent, le petit fils du gitan, j'en aurai parcouru des chemins qui n'auront été que de traverse. Sans jamais connaître la direction qu'il fallait prendre. Mais toujours et sûrement guidé par des signes inconnus et pourtant immanquablement reconnus. Question d'hérédité !

 

Pour moi, le fils de l'infirmier psychiatrique qui aux temps héroïques fut d'abord gardien d'asile, question d'hérédité que d'avoir choisi d'arpenter les labyrinthes obscurs de la folie plutôt que les couloirs illuminés de néons de la raison.

 

J'aurai toute ma vie durant voyager, crapahuter, bourlinguer. Sans en chercher ni le sens ni la raison. Ni le but à atteindre. Juste pour le voyage.

 

Un jour, un jour viendra où je devrai poser mes souliers de plombs et mes pieds ailés.

 

J'espère qu'il sera fleuri d'odorants lilas mauves.

 

 

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20 octobre 2018

ROBERT MERLE / MALEVIL

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Un groupe d'hommes, amis d'enfance, échappe à une guerre nucléaire dans la cave d'un château fort. Quand ils sortent, il n'existe plus rien. Il s'agit donc d'organiser le mode survie, la répartition des réserves, dépasser les différences, surtout politiques qui n'ont plus aucun sens. Des femmes les rejoignent. Ce qui pose inévitablement la question suivante. Comment faire quand il y a trop d'hommes et pas assez de femmes. Pour que tout cela ne dégénère pas en combat de coqs pour la possession des femelles ? Car ils en sont revenus aux temps préhistoriques. Les valeurs traditionnelles risquent ne plus avoir cours et laisser la place à la barbarie. Comment éviter la mise en place d'un système politique qu'avant « l'événement » on aurait qualifié de fasciste ? Sous l'impulsion d'Emmanuel, le propriétaire du château, ils vont mettre en place un système de communisme agraire primitif, non violent et parfaitement démocratique. Ils réussiront, parce qu'il en va de leur survie, à dépasser toutes les tentations du pouvoir.

Mais comment faire quand on est confronté à des groupes de survivants violents, à des bandes armées qui n'ont qu'une idée en tête, tuer les hommes, violer les femmes, piller ce qui reste de biens ? Comment lutter contre un faux curé avide de puissance et de richesse qui met en coupe réglée un village voisin où certains ont survécu, y installe un régime totalitaire ? Comment choisir quand il reste si peu d'humains entre tuer et être tué ?

Robert Merle nous décrit là deux conceptions de l'humain, de l'humanité, du monde et leur inévitable confrontation pluriséculaire. Il a écrit son livre à l'époque de la guerre froide et du totalitarisme soviétique. Cependant, il reste d'une brûlante actualité et engage à une réflexion approfondie sur notre époque, sur notre monde, sur cet animal doué de raison qu'est l'homme.

Un livre qui empêche, peut être, de désespérer totalement de l'espèce humaine.

Le meilleur est toujours possible pour des hommes de bonne volonté.

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15 octobre 2018

MARTIN WINCKLER / ABRAHAM PÈRE ET FILS

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Abraham père et fils ou autrement dit le médecin Abraham Farkas et son fils Franz. Rapatriés d'une Algérie qu'ils ont dû fuir et qui débarquent dans la France de De Gaulle, au sein d'un petit village de la Beauce. France où les blessures de l'occupation sont encore vives, où celles de la guerre d'Algérie saignent encore abondamment, où toutes sont recouvertes de la poussière du silence.

Franz se réveille dans une chambre d'hôpital sous le regard de son père qu'il ne reconnaît pas. Il a oublié toute sa vie passée. Il ne sait même plus qu'il a une mère. C'est à la fin du roman que le mystère de sa disparition lui sera éclairci. Et puis il y a la merveilleuse Claire qui vient prendre en mains la grande maison de ces deux hommes seuls. Avec sa fille Luciane, comme Franz grande lectrice, grande sœur de coeur de cet enfant unique.

Franz est curieux et il va mettre son nez dans des histoires qui ne sont pas de son âge. Pour sortir un sacré cadavre du placard. Car il n'y manque ni le mensonge, ni la trahison, le désespoir, la douleur et la cruauté jusqu'à l'absurde de la vie.

Il pose des questions surprenantes et existentielles pour un enfant de dix ans auxquelles Abraham répond toujours. Mais il ne le questionne jamais sur sa mère. Trop douloureux pour son. Il le sait, il le sent.

Une ode à l'amour inconditionnel entre père et fils. Un père qui se sent coupable de la mort de sa femme. Un fils qui se parentalise. Un père qui sécurise et rassure. Un enfant qui protège. Une relation père / fils parmi les plus belles qu'il m'ait été donné de lire.

Une plaidoirie, une de plus chez Winckel, pour une médecine humaniste. Un plaidoyer pour l'humanisme.

Un beau livre dont j'ai tout aimé. Le style, l'histoire, l'atmosphère. La description de l'époque où la télé n'avait qu'un chaine et était en noir et blanc, où je regardais Zorro. Un livre rempli d'une immense tendresse. Un bel album de photos aux couleurs fanées que l'on regarde avec tout plein de douce nostalgie.

Oui, c'est beau, c'est fluide, c'est prenant.

Allez vous y couler, vous y fondre et vivre un grand moment de bonheur.

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11 octobre 2018

THERESA REVAY / LA VIE NE DANSE QU'UN INSTANT

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Alice Clifford, correspondante du New York Herald Tribune. Autrement dit grand reporter à une époque où les femmes n'étaient pas nombreuses dans le métier.

Anti fasciste, anti nazie, elle traverse l'époque de la naissance à la chute de ces deux totalitarismes. Des magouilles vaticanesques à celle des palais romains, d'Alexandrie au Berlin de Hitler et aux plaines castillanes ensanglantées par la guerre civile, elle y risque sa peau et elle aime ça. Elle a besoin d'adrénaline Alice. Elle danse sur tous les volcans de la vieille Europe.

Amoureuse passionnée de la liberté, elle vit une grande histoire d'amour avec un cacique fasciste et ne résiste pas à la sensualité animale d'un nazi. Elle ne renoncera pas pour autant à son obligation d'informer, au nom de la liberté. Et ne perdra jamais une lucidité parfaitement affutée sur le monde et sur soi.

Un livre qui décrit très clairement les compromissions, les connivences et la lâcheté généralisée qui ont conduit au chaos et à l'horreur qui ont embrasé le XX° siècle. Un livre qui ne peut que nous interpeller et nous faire réfléchir sur notre époque non exempte elle aussi de compromissions, de connivences, de lâcheté qui risquent bien embraser le XXI° siècle.

Un livre au grand souffle romanesque qui vous retient captif jusqu'au point final. Et quant à moi, même au delà. Un bel instant de grâce littéraire. Un grand roman d'aventure. Qui viole peut être l'histoire, j'ai lu quelques reproches à ce sujet, mais qui lui fait un bel enfant (cf Dumas).

C'est magnifique, intense, c'est une fresque grandiose de l'aventure de quelques êtres humains que tout séparait mais que l'histoire, finalement, a réunis. Surtout celle de cette femme qui a besoin de la guerre, du sexe, de l'amour, de l'amitié pour vivre et qui va jusqu'au bout de toute cette absurdité tragique acceptant tout d'avance. Une femme qui hurle, dans la jouissance comme dans la douleur, un grand OUI à la vie. Quoiqu'il lui en coûte.

Livre couronné en 2017 par un prix Simone Veil amplement mérité.

Le genre de livre que j'ai envie d'envoyer à la figure de tous ces jean foutres incultes qui pour se donner un genre, lamentable, pleurent sur la mort du roman français.

Lisez La vie ne danse qu'un instant et vous aurez la preuve qu'il y a encore en France de grands auteurs et de grands livres.

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06 octobre 2018

LEÏLA SLIMANI / CHANSON DOUCE

 

 

Un couple, genre bobos parisiens, totalement dépassés dans la gestion du quotidien.

Deux enfants.

Une nourrice à domicile.

Une situation somme toute très banale.

Sauf que.

Sauf que cette nounou, la perle des nounous, va trop vite se faire aimer des enfants, trop vite se rendre indispensable aux parents. En plus de ses qualités de nounou c'est une véritable fée du logis qui restaure l'ordre dans un appartement laissé à l'abandon. Et elle ne va pas se contenter de l'appartement. Elle va s’immiscer dans la vie de chacun des membres de la famille, dans la vie de la famille jusqu'à en devenir l'indispensable pilier (quitte à l'emmener en vacances), et y remettre de l'ordre aussi. Au fil des pages on voit se refermer subtilement le piège pervers de l'interdépendance jusqu'au drame final dont est informé dès le premier chapitre.

L'écriture est sans fioriture, presque cistercienne créant, même si la fin nous est connue d'avance, un envoutant suspens. Comment ont-ils pu en arriver là ? L'auteur nous dévoile pas à pas l'implacable chronologie des événements. Sous son apparente simplicité, le style est brillant, parfaitement travaillé. L'analyse est fine , restituant toutes les nuances des émotions fortes qui traversent chacun des personnages, toutes les subtilités d'une aliénation mentale et affective qui ne pouvait que condamner à l'horreur chacun des protagonistes avec et à cause de ses faiblesses, de ses failles.

Un livre qui vous secoue violemment les tripes mais que vous aurez du mal à lâcher avant son point final.

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29 septembre 2018

OTA PAVEL / COMMENT J'AI RENCONTRÉ LES POISSONS

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JUBILATOIRE !

Un bien beau livre plein d'humour et rempli d'amour.

L'hymne à l'amour d'un fils pour son papa rêveur et génial, champion du monde des vendeurs d'aspirateurs à domicile (capable de vendre un aspirateur à des paysans qui n'ont pas l'électricité) et grand pécheur devant l'Éternel. Passion qui le coupe du monde (à en mettre la vie de son fils en danger). Un père qui monte toujours des coups géniaux qui vont faire sa fortune et qui ruinent régulièrement la famille (l'affaire des papiers tue-mouches est impayable).

Un hymne à l'amour de la nature.

Une relation fusionnelle père/fils/nature.

On entend les bruits des bottes de la seconde guerre mondiale. L'ombre de la Shoah obscurcit en arrière fond un ciel pourtant si bleu trouble l'eau pure, si pure des rivières. Le père est vaincu par le nazisme d'abord par le communisme ensuite. Blessure inguérissable du fils que cette défaite du père.

Pourtant ce n'est pas un livre triste.

C'est un livre joyeux et nostalgique, poignant et cocasse à la fois. Un livre d'une grande poésie qui ne nous raconte pas une histoire mais la vie. Écrit par un Pavel dépressif à l'hôpital psychiatrique et qui redevient un petit garçon en sécurité en retrouvant son père le temps de l'écriture. Et qui finit par se suicider.

Un immense plaisir de lecture.

Et « des bulles de joie sous la peau » (Erri de Luca).

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21 septembre 2018

ANITA DIAMANT / LA TENTE ROUGE

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1500 avant Jésus Christ, quelque part aux confins du désert, sur la terre de Canaan est née Dina, unique fille de Jacob, patriarche puissant et autocrate.

La tente rouge. Interdite aux hommes et réservée aux femmes de la tribu qui y partagent leurs secrets, y accomplissent leurs rites ancestraux. A l'ombre de cette tente Dina va grandir heureuse et aimée de « ses mères » et de son père.
Jusqu'au jour où tout va basculé. Dina va épouse un prince héritier dont elle est amoureuse, dont elle va avoir un enfant, mais étranger à sa tribu. Ce que ni son père ni ses frères ne peuvent admettre. Ces derniers vont sauvagement assassiner son mari et toute sa belle famille et la laisseront pour morte. Mais envers et contre tout, elle ne survivra pas, elle vivra. Commencera alors pour elle une longue vie d'errance qui se terminera au bord du Nil où elle a retrouvé l'amour. Errance durant laquelle elle va acquérir un solide réputation de sage femme hors pair.

Mais peut importe, à mon sens, l'histoire de Dina. Du reste magnifiquement narrée par Anita Diamant.

Roman puissant, charnel, sensuel, brûlant, c'est une ode à la féminité, au pouvoir de donner la vie des femmes. Le roman d'un temps où leur sang régulier était sacré. Jusqu'à ce que la catastrophe du monothéisme obscurantiste d'Abraham en fasse une abominable impureté et jette les femmes dans la servitude.

Un roman sur l'intolérance à l'étranger qui ne peut que voler et violer les femmes et les filles de la tribu, lire des hommes de la tribu, et auxquels elles appartiennent, comme leurs troupeaux, sur l'intolérance religieuse et la violence et le malheur qu'elle provoque.

La tente rouge n'est pas l'histoire d'une femme mais celle de toutes les femmes. Qui font preuve d'une puissance bien supérieure à celle des hommes qui n'ont vraiment pas le meilleur rôle dans le livre à deux exceptions près.

Un livre surprenant que j'ai lu sans grande conviction quand je l'ai commencé. Mais que je recommande tant il est riche en émotions.

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