Blog méandres

21 septembre 2018

ANITA DIAMANT / LA TENTE ROUGE

514dJTZjLEL

1500 avant Jésus Christ, quelque part aux confins du désert, sur la terre de Canaan est née Dina, unique fille de Jacob, patriarche puissant et autocrate.

La tente rouge. Interdite aux hommes et réservée aux femmes de la tribu qui y partagent leurs secrets, y accomplissent leurs rites ancestraux. A l'ombre de cette tente Dina va grandir heureuse et aimée de « ses mères » et de son père.
Jusqu'au jour où tout va basculé. Dina va épouse un prince héritier dont elle est amoureuse, dont elle va avoir un enfant, mais étranger à sa tribu. Ce que ni son père ni ses frères ne peuvent admettre. Ces derniers vont sauvagement assassiner son mari et toute sa belle famille et la laisseront pour morte. Mais envers et contre tout, elle ne survivra pas, elle vivra. Commencera alors pour elle une longue vie d'errance qui se terminera au bord du Nil où elle a retrouvé l'amour. Errance durant laquelle elle va acquérir un solide réputation de sage femme hors pair.

Mais peut importe, à mon sens, l'histoire de Dina. Du reste magnifiquement narrée par Anita Diamant.

Roman puissant, charnel, sensuel, brûlant, c'est une ode à la féminité, au pouvoir de donner la vie des femmes. Le roman d'un temps où leur sang régulier était sacré. Jusqu'à ce que la catastrophe du monothéisme obscurantiste d'Abraham en fasse une abominable impureté et jette les femmes dans la servitude.

Un roman sur l'intolérance à l'étranger qui ne peut que voler et violer les femmes et les filles de la tribu, lire des hommes de la tribu, et auxquels elles appartiennent, comme leurs troupeaux, sur l'intolérance religieuse et la violence et le malheur qu'elle provoque.

La tente rouge n'est pas l'histoire d'une femme mais celle de toutes les femmes. Qui font preuve d'une puissance bien supérieure à celle des hommes qui n'ont vraiment pas le meilleur rôle dans le livre à deux exceptions près.

Un livre surprenant que j'ai lu sans grande conviction quand je l'ai commencé. Mais que je recommande tant il est riche en émotions.

Posté par fsetrin à 20:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


29 août 2018

LE REPOS DE LA MOMIE

cr

Voici qu'enfin, mon temps est accompli.

 

La béatitude rêvée de la bienheureuse impuissance sénile. Ce privilège de l'âge si fréquent mais si peu apprécié à sa juste valeur.

 

Absence de désir. Je n'ai plus depuis longtemps déjà le goût des fruits mûrs. Quant aux raisins verts, je n'ai plus les dents assez solides pour eux depuis des paniers de printemps. Je ne pratique plus, même cet innocent plaisir d'esthète de regarder une jupe ou un chemisier. Un genou ou la naissance d'un sein. Parvenu au bout de cette course folle à la baise dans laquelle je m'explosais la tête contre les murs.

 

Plus de voyage de lit en lit, de corps en corps. Plus de saut d'amour en d'amour. Les douleurs ne sont plus que corporelles. Donc très supportables.

 

Je ne veux plus que cet instant qui ne durera pas encore très longtemps. Cet instant où l'avenir ne m''incite plus à la réflexion parce qu'il me pousse dans le dos.

 

Loin des hommes, loin des femmes, loin de leurs insupportables animaux de compagnie qu'ils appellent leurs enfants. A l'abri de tout bonheur personnel, loin du malheur des autres.

 

Il n'y a rien ni personne à partager.

 

Rien ne vient jamais troubler les eaux dormantes de ma bienheureuse solitude.

 

Seul, je suis seul et ça ne me fait pas peur.

 

Je suis au repos.

 

Sans regret, sans nostalgie.

 

Mes fractures n'ont plus d'importance. Je n'ai nulle part à aller. L'espace s'est dissous. Comme le temps.

 

Dans la paix.

 

La paix du cadavre dans ses bandelettes.

 

J'ai appris à vivre avec la vie et son immense lassitude, son inévitable compagne.

 

La sénilité est une consolation, un solde tout compte.

 

Ma dernière jouissance sous un soleil qui s'éteint de plus en plus vite laissant la place à la pieuvre de l'ombre qui m'attend.

 

 

Posté par fsetrin à 17:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

20 août 2018

DAVID GOUDREAULT / LA BÊTE A SA MÈRE

516e5ECtOcL

Ames sensibles , Bisounours indécrottables, vertueux gens de bien, s'abstenir !

 

Enfant, les services sociaux qui ne pensent pas mais appliquent une procédure l'ont arraché à sa mère parce qu'elle se suicidait souvent. Une mère qu'il n'aura de cesse de retrouver, jusqu'à l'obsession, c'est là toute l'histoire du livre. Recherche qui n'est que la longue dégringolade du héros, ou plutôt de l'anti héros. Mythomane, raciste, manipulateur, toxicomane, alcoolique, addictif au porno, masturbateur compulsif, escroc, voleur, pornographe, pervers, assassin pour finir, rien ne peut à priori nous faire trouver sympathique ce parfait looser. Qui explose dans des crises de violence pour se soulager, comme il se masturbe, comme il picole ou avale des amphés. Pourtant, au fil des pages, on ne peut pas s'empêcher de s'attacher à ce pauvre type fracassé de la vie. A ce blessé à mort par le manque de mère, par le manque d'amour. Il nous fait sourire aussi avec son humour parfois noir, avec ses références et citations littéraires plus qu'approximatives (Laurence Darabie poétesse maghrébine), avec ses citations et réflexions philosophiques plus qu'approximatives et biscornues, avec sa logique tordue et déconcertante.

 

Écrit dans une langue truculente farcie d'expressions québécoises (il y a un lexique en fin de volume), ce livre nous embringue dans une fuite avant désespérée, dans une descente aux enfers inexorable. C'est vertigineux. Une écriture inventive, colorée, poétique, d'un humour mordant. Une critique percutante de ce monde dur et sans pitié qui abandonne ses enfants perdus et les laisse devenir des bombes à fragmentation et à effet retard. Une écriture dure, juste et vraie, hyperréaliste. L'auteur, travailleur social, connait son sujet et nous livre une critique sans pitié du système. Il sait mettre en mots toutes les profondeurs obscures de la psyché humaine. Je n'aime pas particulièrement la littérature gore mais là, j'ai aimé et dévoré ce livre. Et pourtant il est souvent gore (le meurtre du chat, entre autres, quand même...).

 

Ce livre porteur d'une leçon d’humanisme. On ne nait pas bête, on le devient.

Posté par fsetrin à 10:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 août 2018

PIERRE DUCROZET / EROÏCA

9782246857471-T

«Les hommes aimés des dieux meurent jeunes.» Hölderlin.

 

Alors, Jean Michel Basquiat était aimé des dieux. Sans doute Jupiter en fut-il jaloux car c'est connu, quos vult perdere Jupiter dementat. En français, Jupiter rend fous ceux qu'il veut perdre. Et Jupiter s'est acharné sans pitié sur ce chéri de l'Olympe.

 

Ce garçon, évadé de Brooklyn, poète, graffeur, musicien, peintre, a le génie, la grâce, la jeunesse, la beauté, la puissance de création. Il ne lui manque rien. Il acquiert tout de suite le succès, la richesse, la célébrité. Le monde de l'art est à ses pieds et les requins lui tournent autour, attendant la chute finale pour en faire du fric.

 

Dans son combat d'artiste contre la veulerie et la lâcheté du monde, son ascension est fulgurante, mais dévoré par ses passions destructrices sa chute est brutale et sans rémission. Il se veut et il est un héros, un héros grec. De ceux qui savent en toute conscience qu'ils vont en courant à leur perte. Lucide sur son destin qu'il sait éphémère, il vit et il peint danseur de l'urgence. Une urgence dans laquelle il va se brûler les ailes et l'âme.

 

Je n'en dis pas davantage sur le personnage. Ducrozet en parle bien mieux que je moi.

 

Là, on tient un livre, à l'image du héros, fulgurant. L'auteur l'aurait-il écrit en dansant, dans l'urgence ? Un style fluide, agile, parfois haché et discontinu. Parfois dur et froid. Un livre sur le chaos de l'artiste d'où nait l'oeuvre. Un livre à l'image du personnage, de sa vie, de son œuvre. Violent, désespérant de cette absurdité de vivre, élégant et sauvage. Un portrait peint avec force et justesse. Avec de ces instants de grâce qui vous porte au bord des larmes.

 

Un livre puissant, sombre et lumineux.

 

Un vrai bonheur de lecture qui laisse l'impression d'y avoir beaucoup gagné.

 

Quant à moi, je l'ai refermé en reconnaissant Jay comme un frère en humain. Un de plus. Miracle de la littérature.

Posté par fsetrin à 10:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 août 2018

PIERRE SANS / CHRONIQUES D'UN PSYCHIATRE LIBERTAIRE

51ZObrbm2hL

 

1966 – 2016, cinquante ans de souvenirs.de l'externat à Rennes à l'humanitaire au Bénin en passant à mai 68. Un long et riche voyage au pays de la folie d'un psychiatre pas tout à fait comme les autres. A l'époque où tout était à inventer. On sortait à peine, et encore pas partout, de la grande nuit asilaire. Cinquante ans de combats contre l'immobilisme du milieu, contre l'obscurantisme des grandes sectes psychiatriques et psychanalytiques de tous poils. L'auteur ne nous cache rien de ses errements dans le labyrinthe des institutions psychiatriques et des idées délirantes, voire franchement sectaires qui y font florès. De toutes les questions que, forcément, il se pose. De sa passion pour ce métier lui non plus pas comme les autres et de ses enthousiasmes de psychiatre militant. Pas de langue de bois, pas de vocabulaire ésotérique. Sans ne joue pas les savants. Il est sur le terrain et se met les deux mains dans le cambouis, mouille sa chemise. On entend ses coups de gueule, ses colères. Son refus du psychiatriquement correct.

 

Un esprit qui veut rester libre et lucide, sans concession, dans sa pratique comme dans sa vie. Pour lequel la psychiatrie est d'abord et avant tout un humanisme et un combat à mener pour libérer le fou de sa folie.

 

Une grande aventure professionnelle au milieu des grands psychotiques et des autistes. De tous ceux que le système laisse sur le côté. Pour lesquels il ne cache pas sa tendresse.

 

Un psychiatre mais aussi un homme avec ses amours et ses emmerdes.

 

Dommage Pierre Sans. Nous ne nous sommes jamais croisés au cours de nos décennies respectives passées en psychiatrie. Même si entre deux têtes de lard comme toi et moi, il y aurait eu fatalement des étincelles, le vieil infirmier de secteur psychiatrique que je suis aurait aimé à travailler avec un patron comme toi. Tu as bien mérité de la psychiatrie française. Profite de ta campagne et de tes petits enfants. Tu l'auras aimé de « foutu » métier. Quant à moi, c'est là tout ce qui fait la valeur professionnelle d'un individu. Aimer son métier.

 

Alors, tous ceux et toutes celles que le sujet intéresse sans en être des spécialistes, laissez tomber les livres savants et lisez Pierre Sans. Quant à vous les jeunes qui commencez, lisez le aussi. Vous apprendre que l'art du soins en psy n'est pas dans les protocoles, les procédures, les processus. Vous êtes infirmiers, à la lecture de ce livre vous deviendrez des soignants.

 

Ce livre devrait être obligatoire dans tous les IFSI.

 

https://www.amazon.fr/Chroniques-dun-psychiatre-libertaire-1966-2016/dp/1533653879/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1533541232&sr=1-1&keywords=pierre+sans+chroniques+d%27un+psychiatre+libertaire

 

 

1966 – 2016, cinquante ans de souvenirs.de l'externat à Rennes à l'humanitaire au Bénin en passant à mai 68. Un long et riche voyage au pays de la folie d'un psychiatre pas tout à fait comme les autres. A l'époque où tout était à inventer. On sortait à peine, et encore pas partout, de la grande nuit asilaire. Cinquante ans de combats contre l'immobilisme du milieu, contre l'obscurantisme des grandes sectes psychiatriques et psychanalytiques de tous poils. L'auteur ne nous cache rien de ses errements dans le labyrinthe des institutions psychiatriques et des idées délirantes, voire franchement sectaires qui y font florès. De toutes les questions que, forcément, il se pose. De sa passion pour ce métier lui non plus pas comme les autres et de ses enthousiasmes de psychiatre militant. Pas de langue de bois, pas de vocabulaire ésotérique. Sans ne joue pas les savants. Il est sur le terrain et se met les deux mains dans le cambouis, mouille sa chemise. On entend ses coups de gueule, ses colères. Son refus du psychiatriquement correct.

 

Un esprit qui veut rester libre et lucide, sans concession, dans sa pratique comme dans sa vie. Pour lequel la psychiatrie est d'abord et avant tout un humanisme et un combat à mener pour libérer le fou de sa folie.

 

Une grande aventure professionnelle au milieu des grands psychotiques et des autistes. De tous ceux que le système laisse sur le côté. Pour lesquels il ne cache pas sa tendresse.

 

Un psychiatre mais aussi un homme avec ses amours et ses emmerdes.

 

Dommage Pierre Sans. Nous ne nous sommes jamais croisés au cours de nos décennies respectives passées en psychiatrie. Même si entre deux têtes de lard comme toi et moi, il y aurait eu fatalement des étincelles, le vieil infirmier de secteur psychiatrique que je suis aurait aimé à travailler avec un patron comme toi. Tu as bien mérité de la psychiatrie française. Profite de ta campagne et de tes petits enfants. Tu l'auras aimé de « foutu » métier. Quant à moi, c'est là tout ce qui fait la valeur professionnelle d'un individu. Aimer son métier.

 

Alors, tous ceux et toutes celles que le sujet intéresse sans en être des spécialistes, laissez tomber les livres savants et lisez Pierre Sans. Quant à vous les jeunes qui commencez, lisez le aussi. Vous apprendre que l'art du soins en psy n'est pas dans les protocoles, les procédures, les processus. Vous êtes infirmiers, à la lecture de ce livre vous deviendrez des soignants.

 

Ce livre devrait être obligatoire dans tous les IFSI.

 

"Je ne suis pas un psychiatre pour les bobos des beaux quartiers parisiens." P. Sans. Tout est dit, non ?

Posté par fsetrin à 10:32 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


PHILIP KEER / LES PIÈGES DE L'EXIL

51GnbVjscWL

Quelques années après la fin de la guerre, quand on est un ancien flic allemand qui a servi le régime nazi, sans vraiment l'être, mais tout de même, que l'on vit sous une fausse identité sur la côte d'azur, que votre talent au bridge vous ouvre la porte, la table et la cave de Somerset Maugham, célébrissime écrivain, homosexuel notoire, à l'époque où bon, l’homosexualité, ça faisait pour le moins désordre, ce n'était pas la période du coming out, et de surcroît ancien agent des services secrets britanniques dans lesquels pullulent les taupes soviétiques, le modeste portier d'hôtel que vous êtes devenu peut s'attendre aux emmerdes.

Ça ne rate pas quand votre glauque passé vous revient en pleine poire.

Trahisons, chantages, manipulations, qui est qui et qui fait quoi. Ne chercher pas le bon et le méchant, le camp du bien et celui du mal. Mais vous allez trouver des rebondissements à chaque coin de page. Tomber dans des chausses trapes à tous les paragraphes, ne plus savoir où vous en êtes et poursuivre votre chemin avec ce pauvre Bernie Gunther qui finalement en bon joueur de bridge...

Mais bon, je ne vais pas tout vous dire.

Lisez le, c'est régalant.

Posté par fsetrin à 09:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

18 juillet 2018

ADÉLAÏDE BON / LA PETITE FILLE SUR LA BANQUISE

41GooPrDOrL

C'est un beau prénom Adélaïde pour une belle petite fille heureuse qui ne demandait qu'à vivre.

Et qui est morte un jour plein de soleil du joli mois de mai.

Sous les doigts, la bouche, le sexe, la violence d'un pédocriminel sexuel. Ne parlons pas de pédophile. Un violeur d'enfant n'est pas l'ami des enfants.

A neuf ans, on n'a pas les mots pour parler de l'horreur subie. Alors on se tait. On s'isole, on s'enferme. On cache sa honte et sa culpabilité de l'indicible et indélébile salissure. On s'anesthésie par l'alcool, la drogue, le sexe, la boulimie. On devient obèse pour se protéger. Se cacher des prédateurs. Et tout homme est par définition un prédateur. Que l'on va provoquer. Pour s'exposer à une nouvelle blessure, une nouvelle salissure. On se suicide toute seule sous le masque de la fausse joie de vivre, du faux bonheur, de la fausse sensualité.

A mon sens, c'est peut être le pire, des réflexions du genre tu n'as pas à te plaindre, tu es une fille de riches née dans les beaux quartiers alors ferme la. Tu serais vraiment à plaindre si tu étais une petite fille de pauvres. La bêtise crasse alliée du criminel.

Et pourtant. Et malgré tout.

Ce chemin de croix peut être celui, douloureux, de la résurrection. Une résurrection qui se termine, du moins dans le livre, par un feu d’artifice charnel et sensuel. Une ode à la vie victorieuse contre la mort.

Un livre, d'un point de vue strictement littéraire, de très grande qualité. Mais un livre bouleversant, terrifiant, tant il est criant de sincérité. Tant il rend visible ce qui ne pouvait pas l'être. Un de ces livres inoubliables qu'on lit jusqu'au bout, pris dans un dédale de ténèbres.

Quel courage que celui de l'auteur de l'avoir écrit et d'en parler !

Après l'avoir lu, on ne pourra plus dire que l'on ne peut pas savoir, qu'on ne peut rien imaginer de la douleur des enfants abusés. Car tout y est dit, décrit.

Un message d'espoir aussi. La reconstruction est toujours possible.

Posté par fsetrin à 09:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 juillet 2018

MICHEL ZACCARO / JE SUIS TEL QUE VOUS M'AVEZ DÉFAIT

613tsIsI5cL

Voilà un livre qui vous remue les tripes sans ménagement. Et c'est bien là le talent de l'auteur.

Vous voulez savoir ce que peut être une mère toxique ? Vous voulez comprendre comment elle tient solidement son fils détesté dans ses bras pour le détruire, qui trop embrasse tue ? Comment elle s'acharne sur lui quand il est par terre, KO ? Ce fils qui ne parvient pas à s'en détacher. Parce qu'il aime son bourreau.

Ce fils qui ne pourra jamais aimé les femmes ni en être aimé parce que ce serait trahir sa mère. Et passera sa vie à chercher, dans les bras d'autres hommes, une image de la virilité d'un père qui, quoique parfait macho italien, débande lamentablement devant sa femme. Qui demandera trop d'amour pour le recevoir quand il pourrait arriver. L'échec est sa politique de vie par programmation maternelle.

Qui après une rafale d'orgasmes ne peut que ressentir que le dégoût de soi quand il rentre chez lui couvert de sperme. Dégoût de soi qu'il s'acharne à aller chercher dans les endroits les plus glauques de la drague homosexuelle. A cette époque où « ces gens là » étaient considérés comme des malades, des déviants, des pervers. Époque de la chasse aux pédés.

La description de la mère sonne tellement juste que j'ai eu parfois envie de passer le livre par la fenêtre pour m'en débarrasser de cette mère castratrice, culpabilisatrice, manipulatrice, perverse. De cette famille pathogène, soumise à la loi maternelle. De cette famille qui ne se contente pas de le rejeter. Qui l'envoie aux poubelles puantes de la morale bien pensante style catholique apostolique et romaine.

Le livre puissant, violent, lucide, aux accents tragiques d'une enfance blessée à mort. L'auteur ne lui, ne nous, épargne rien. Ne s'épargne rien. En littérature, il faut boire la coupe de l'amertume jusqu'à la lie.

Il existe toute une littérature psy sur la famille et ses conséquences. Évitez-vous leur lecture. Gagnez du temps. Lisez Zaccaro. Il vous en apprendra beaucoup plus. En passant une nuit blanche. Ce livre ne vous lâchera qu'au point final.

Posté par fsetrin à 12:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 juillet 2018

SILVAIN TESSON / UN ÉTÉ AVEC HOMÈRE

414aDSMjElL

Voilà un livre, un livre, comment vous dire ?

Un livre que tout le monde devrait lire et qui devrait être inscrit au programme dans tous les collèges de France avant de faire lire le vieil aède aveugle aux élèves.

Un livre magnifiquement écrit, plein de poésie, de charme, d'humour et de sagesse qui permet de visiter ou revisiter le vieil Homère et d'entendre ses leçons à travers les millénaires. Leçons qui sont d'une brûlante modernité.

C'est une invitation aux numériquement châtrés que nous sommes à lâcher nos écrans informatiques et de nos portables, à nous débarrasser de la pensée unique et de la novlangue, toutes les valeurs de notre consumérisme débridé pour nous assoir au milieu de la nature pour réfléchir.

Pour réfléchir sur l'homme.

Sur ce qu'est chacun de nous et on est très loin de la conception bisounours à la mode, à sa place dans le monde, aux passions qui l'animent, à la violence qui l'habite, qui, de toute toute évidence est une partie intrinsèque de la nature humaine quoiqu'en pensent les adeptes de de l'amour pour tous.à Ala « punition des dieux », qui ne sont pas sans responsabilité dans le désordre universel, ces dieux olympiens qui sont nous, quand nous bouleversons l'ordre naturel par essence parfait,

Une invitation à renoncer aux illusions dangereuses, l'histoire l'a prouvé mille fois, de grands soir et de lendemains qui chantent et du parais post mortem pour vivre dans l'ici et maintenant.

Au retour des valeurs anciennes et éternelles de la Grèce notre mère à tous, à célébrer encore et toujours « les noces de l'homme et de la nature ».

A lire Homère avec Tesson, comme l'homme est finalement pathétique dans son incapacité à accepter et à vivre l'absurde tragique de la vie. Homère qui au delà les siècle nous balance dans la tronche toutes ces questions que nous, nous les hommes dits modernes, entendre.
Avec Tesson, j'ai relu Homère, Nietzsche, Camus.

Du bonheur ce livre.
Qui ne plaira sûrement pas à tous le monde tant il est loin du politiquement correct dans sa lucidité... homérienne.

Et moi, je vais me replonger dans l'Iliade et l'Odyssée. Cet été.

Posté par fsetrin à 10:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 juillet 2018

SOLEIL BRISÉ

cr

Elle était belle, elle était douce du regard et de la voix, et je fondais devant son sourire comme une glace au soleil. Elle m'attirait, cette petite brunette bouclée, légèrement ronde, avec ses hanches larges, ses petits seins aux mouvements d'oiseau, sa peau toujours brune même sous les pulls de l'hiver qui appelait la caresse.

 

J'en rêvais. Je lui tournais autour et Elle ne refusait jamais d'entrer dans le ballet de la séduction. Un jeu à fleurets mouchetés.

 

Sans jamais s'atteindre.

 

Elle avait un mec. J'étais marié. Rien de plus n'était possible. Nous étions donc dans cette situation, oh combien banale, de deux êtres aimantés et qui n'osent pas faire ce pas en avant qui les collerait l'un à l'autre. Il faut si peu de choses. Ce peu de choses qui nous manquait pour tout faire basculer.

 

Un jour...

 

Pendant ce stage qui nous tenait loin de notre base. Nuits d'hôtel broyées sous la machine à fantasmes. Lourde de frustration volontaire. Soirées passées en bavardage à propos de tout et de rien. Jeu de séduction. Sans en avoir l'air. Dans le désir qui ne cède pas mais qui n'est jamais reconnu ni avoué.

 

Jusqu'au soir où nous avons un peu bu. Oh, juste cette dose désinhibitrice qui fait tomber les barrières et donne toutes les audaces.

 

Elle m'a suivi dans ma chambre.


Puis dans mon lit.

 

Imprévu. Inattendu. Miraculeux.

 

Parce que nous avions fait l'amour, que nous en avions envie depuis longtemps, parce qu'il avait été si facile de résister à la tentation en lui cédant, parce que nous étions jeunes, sans honte, sans remord, parque nous n'aurions désormais jamais de regret, parce que rien d'autre n'était important, l'air était devenu incomparablement plus léger.

 

Nous étions au ciel.

 

J'avais oublié que le ciel c'est aussi l'enfer.

 

Et inversement.

 

Je n'ai pas compris, dans l'instant, pourquoi Elle était allée dormir dans son lit. Présage de l'impossible.. Pendant dix ans, nous ne dormirons jamais ensemble. C'était trop compliqué de dormir avec moi dans le même lit.

 

Étrange fille.

 

Qui aimait plus que tout faire l'amour et s'y abandonnait sans retenue, sans limite, avec fureur et qui hurlait, avec du désespoir, mon nom dans son plaisir en me serrant dans l'étau de ses cuisses contre ses seins.

 

Mais qui ne voulait pas de l'amour. Qui me répondait quand j'osais lui dire je t'aime, non, il ne faut pas le dire, il ne faut pas que tu m'aimes. Tu ne dois pas. Il ne faut pas m'aimer. Je ne veux pas. Et Elle me quittait, Elle s'enfuyait.

 

Ses seuls mots n'ont jamais été que j'ai envie de toi.

 

Je l'aimais. Je n'y pouvais rien, je l'aimais. Elle. Et je crois que je lui faisais peur.

 

J'attendais je t'aime.

 

Jamais venu.

 

Malgré tout, j'ai vécu sous ce soleil qui ne se couchait jamais sur mes rêves d'Elle.


Et un jour, la chute d'Icare.

 

J'ai brisé le soleil.

 

Je m'y étais trop brûlé les ailes.

 

Posté par fsetrin à 11:38 - - Commentaires [2] - Permalien [#]