Blog méandres

27 avril 2017

DE LA LUCIDITÉ

Feu_7

 

 Cruelle, douloureuse.

 

Mortelle.

 

La lucidité est une malédiction.


Malheur au lucide !

 

Malheur au lucide, sans illusion, sans croyance, sans espoir, il lui sera tout reproché, il sera mis au ban de l’humanité rêveuse, de l’humanité croyante, de l'humanité espérante, de l'humanité aimante. De l'humanité bêlante et subissante. Il refuse d'en être, il n'accepte pas de lui appartenir. Heureux et fier qu'elle le rejette.

 

Condamné à la solitude puisqu'il ne croit en rien. C'est l'exemple, le prototype, le principe même de l'athée absolu. Ni aux dieux ni en l'homme. Pas davantage à l'amour, et il a des doutes sur tout le bien que lui veulent ses amis, il a pris le large de la famille dont il ne connaît que trop bien les mécanismes névrogènes et névrotiques. Comment se satisferait-il des constructions spécieuses de la raison raisonnante, ne se méfierait-il pas de tous les élans affectifs. Les siens en particulier. Il en connaît trop bien la fugacité , la fragilité, l'irréalité.

 

Alors que le reste-t-il ? A cet être privé d'absolu, de transcendance, sinon que de se réfugier dans une révolte de dandy qui confine souvent à l'auto destruction, dans un orgueil désabusé, dans l'esthétisme forcené, dans un amour fanatique de l'art, dans le culte de la malséance, que d'aller jusqu'au bout de son destin quitte à le forcer par des conduites à risques, dans cette suprême élégance du désespoir qu'est le cynisme ?

 

Est-ce un désespéré de la vie ? Oui, sans nul doute. D'abord, il n'aime pas la vie, il n'en voit pas l'intérêt. Vivre, pourquoi ? Ça n'a ni rime ni raison. Il vit, ou plutôt il existe.

 

Oui, c'est un désespéré profond qui le cache sous des tonnes d'humour noir, d'auto dérision.

 

Il a détruit le réel accepté comme tel par le commun des mortels

 

Il sait qu'il ne vit que pour mourir.

 

Malheur à celui qui croit si peu qu'il ne croit pas en lui.

 

La lucidité est un suicide à auto combustion lente

Posté par fsetrin à 21:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


LE VIEUX ET LE SEXE

Ernest-Hemingay-Le-Vieil-homme-et-la-mer

 

Le sexe avait été la grande, la seule véritable affaire de sa vie. Dès qu'il arrivait quelque part, il assurait ce qu'il appelait sa sécurité sexuelle comme un autre aurait tout de suite repéré les bonnes tables. Éternel affamé de sexe. Gourmand et pas regardant sur le plat qu'on lui présentait, il dévorait tout. Il avait quasiment tout fait en matière de sexe et il en redemandait. Jamais assouvi. Et il avait la réputation d'un amant attentif et brillant. Il aimait jouir et faire jouir, jouir de faire jouir.

 

Tout avait commencé doucement. Faiblesse d'érection, manque de contrôle éjaculatoire par envie de se débarrasser très vite de ce qui devenait une corvée. Une vague nausée, une lassitude post orgasmiques. Quand, et si, il y avait orgasme. Et l'envie impérieuse de se retrouver seul. Et puis, un jour, plus d'envie, plus de désir. Tracé sexuel plat. La grande glaciation du caleçon sous un ciel lourd à porter, gris et sale, où venaient se coller toutes les mouches de l'ennui. Il ne cherchait même plus à épier, dans la rue ou dans le métro, ce qu'il appelait ses petites friandises, un décolleté qui se penche, une cuisse dévoilée sous une jupe trop relevée par un coup de vent. C'en était fini de suivre un cul dans un jean sans même savoir où il allait.

 

Il avait tout tenté pour y revenir. Les chattes jeunes, roses et fraiches sous les poils blonds, les chattes quinquagénaires fanées et fripées sous les poils noirs, les chattes quadragénaires, florissantes sous leur toison.

 

Rien à faire.

 

Il bandait pourtant quand il se réveillait la nuit, ou le matin. Ce qui signifiait que la machine fonctionnait encore. Et puis, il n'était pas si vieux ! Il était loin d'avoir atteint l'âge de l'impuissance sénile. Mais dès qu'il voulait passer à l'acte, débandaison générale. Il avait perdu tout appétit. Insensible à toute forme d'excitation.

 

Il n'aimait plus le sexe.

 

Il n'y pensait plus.

 

Le sexe ne le faisait plus rêver.

 

Le sexe le dégoûtait.

 

Il finissait par l'admettre, sans désespoir, sans résignation. En trouvant que c'était finalement très bien ainsi. Comme avec une sorte de soulagement.

 

Enfin, le repos du chasseur érotomane.

Posté par fsetrin à 21:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

26 avril 2017

VOLUTES / NATHALIE BOUCHERÉ

fullsizeoutput_acd

 

 L'auteur, dans sa dédicace, me souhaite bonne lecture. Ce ne fut pas une bonne lecture, mais une lecture délicieuse. Une de ces lectures dont je suis friand Une lecture de gourmet gourmand.

 

Pour paraphraser l'auteur qui voudra bien me le pardonner. Nous aussi, on pousse le loquet et la porte ne grince pas. Et on emprunte ce chemin qui mène à l'inconnu, l'inconnu imaginé (?) par Nathalie Boucheré.

 

Imaginé ? Non bien sûr. Elle n'a pas pu inventer ces êtres humains, animaux ou végétaux ou extraordinaires comme la licorne, qui ont d'étranges rapports, d'étranges dialoguent entre eux, avec les éléments. Qui fusionnent entre eux dans le vent en parlant de la vie, du désir, de l'amour, de la mort. Certaines existences se brisent sur les rochers gris du quotidien, d'autres se régénèrent dans de bien étranges couleurs dans un surnaturel qui ne nous surprend pas, qui va de soi, tant il coule de source sous la plume de l'auteur. Certains sont ces êtres « à part », que la société des hommes tolèrent à peine, ne comprend pas du tout, et pourtant extraordinairement libres et vivants.

 

Je ne veux pas flatter bassement l'auteur. Elle me connaît trop bien pour savoir que ce n'est pas le genre de la maison. Mais il y a parfois comme un souffle de poésie nietzschéenne dans ces nouvelles. Et il m'est arrivé de croire lire Zarathoustra.

 

Mais non. C'était bien du Nathalie Boucheré. Après vérification.

 

Qui nous donne envie de nous livrer corps et âme au grand OUI à la vie par essence magique. Naturellement magique.

 

Non, elle n'a pas inventé cet inconnu vers lequel elle veut nous conduire. Elle l'a senti, ressenti et en le transcrivant pour nous, transmis. Et elle nous mène sur ce chemin de l'inconnu. A nous de nous laisser guider.

Posté par fsetrin à 16:17 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

22 avril 2017

NEIGE DE PRINTEMPS I YUKIO MISHIMA

Neige-de-printempsUn Japon à la fin de l'ère Meiji, un pied dans la tradition et déjà l'autre dans la modernité. Deux mondes, la vieille noblesse et la nouvelle aristocratie. Le poids des traditions et l'appel de l'occidentalisation. En toile de fond d'un amour impossible et tragique. Deux jeunes amants s'aiment, se désirent, se reprennent, se repoussent, se reprennent. Prisonniers du devoir d'obéissance à leurs parents, à la société, à l'empereur qui ne peut que s'opposer à leur amour. Prisonniers de leurs propres méandres qui ne peuvent que rendre leur amour impossible. Tout, pour eux, tout était perdu d'avance. Cet amour ne pouvait être qu'une catastrophe annoncée. Ils le savent. Ils ne s'opposent pas la fatalité. Ils ne cherchent pas à fuir leur destinée. Une histoire d'amour et une histoire d'amitié aussi entre deux jeunes hommes que tout, absolument tout devrait séparer. Et pourtant unis, inséparables. L'un aidera l'&utre à aller jusqu'au bout de son destin. En toute conscience. Il sait où va son ami. Il ne cherche pas à le retenir. Il l'accompagne. Fraternité du malheur partagé dans laquelle on ne se lâche pas la main.

C'est beau, c'est magique, d'une grande et très délicate poésie. La neige elle-même en devient charnelle, sensuelle, dramatiquement charnelle et sensuelle.

Un grand roman de Yukio Mishima.

Qui tient de la tragédie grecque. Non, c'est une tragédie grecque à la japonaise dans laquelle Vénus est toute entière attachée à ses proies.

Posté par fsetrin à 14:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

21 avril 2017

YAN LIANKE / SERVIR LE PEUPLE

51ReaGTsWkLVoilà un court roman iconoclaste et jubilatoire qui, en reprenant le vieux slogan de la révolution culturelle, piétine les tabous les plus sacrés de la république populaire de Chine. Tout y passe, l'armée, la révolution, la sexualité, et le politiquement correct chinois. Servir le peuple, c'est exécuter, pour ce jeune soldat de l'armée populaire de libération, l'ordre de son colonel : satisfaire la sexualité exigeante de la femme de son supérieur. Ordre étrange mais auquel il doit obéir pour "servir le peuple". Entre deux passages au lit, après avoir, oh sacrilège, détruit une statue de Mao, c'est à celui qui se montrera le pire des contre révolutionnaires. Ce livre a été saisi et interdit par la censure chinoise. Il faut prendre le temps des circonvolutions marxistes léninistes maoïstes par lesquelles, léborieusement, le colonel justifie que son ordre est pour le plus grand bien du peuple et pour la gloire de la révolution. Un chef d'oeuvre de dialectique. Et de langue de bois.

 

Yan Lianke né en 1958 dans un village pauvre du Henan, engagé dans l'Armée populaire de libération en 1979, dont il est limogé en 2004. Il est diplômé du département politique de l'université du Henan en 1984 et diplômé de la section littérature de l'Académie des Beaux-Arts de l'Armée populaire de libération en 1991. Il a obtenu de nombreux prix littéraires et a fait l'objet de toutes les foudres de la censure.

Posté par fsetrin à 20:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


19 avril 2017

QUESTION DE CHOIX

BALANDE21

Il y songe.

 

Souvent.

 

Il venait d'avoir dix neuf ans.

 

L'âge de tous les possibles.

 

Cette grande fille brune aux cheveux longs, à la peau très blanche, aux yeux très clairs, aux petits seins et au gros cul qui le mangeait des yeux. Ce garçon qui, sans façon, avait collé sa cuisse contre la sienne et sa main sur le sexe le regardant droit dans les yeux, d'un regard sans équivoque. L'un et l'autre le faisaient bander comme un malade dans un bar par un soir d'hiver. Il les voulait tous les deux.

 

Et il a fui, une pauvre ombre dans la nuit.

 

Pourquoi, à ce carrefour entre l'hétérosexualité et l’homosexualité, avait-il opté pour l'hétérosexualité la plus stricte ?

 

Pourquoi s'était-il donc privé des désirs et des plaisirs avec l'une et avec l'autre ?

 

Sa vie aurait-elle été si différente s'il avait opté l'une ou l'autre solution, ou s'il avait choisi de ne pas faire de choix et de vivre selon ses désirs, en fonction du moment et des rencontres ?

 

Aurait-il été plus libre ?

 

Aurait-il réussi sa vie d'artiste de la couleur dans cette sexualité qu'il ne peut imaginer qu'heureuse ?

 

Il a choisi, lâchement peut être, la voie de la facilité, la stricte hétérosexualité.

 

Celle qui ne ferait pas de vague.

 

En vivant furtivement dans ses mains une bisexualité honteuse et coupable.

 

Et sans réussir à être un artiste.

 

La vie est en gris et elle vous crucifie quand on lui tourne le dos.

 

Tristesse.

Posté par fsetrin à 21:36 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

18 avril 2017

GENÈSE ET ENSUITE

3180584_7_9405_le-texte-prevoit-de-mobiliser-les_bb16235a323b68c908c626d48245a0b9

 

Au début était le sexe. C'est à dire le masculin et le féminin, le mâle et la femelle. Et chez les hominidés bipèdes et bimanes, l'homme et la femme. Les premiers étant, si on en croit la légende biblique, Adam et Ève. Platon et d'autres vont nous parler de l'androgynat primordial. Légende et conte de fées !

 

Aujourd’hui est toujours le sexe, c'est à dire le masculin et le féminin, le mâle et la femelle, l'homme et la femme, parfaitement différenciés. Anatomiquement et psychologiquement, n'en déplaise aux féministes obtus et aux tenants fanatiques du genre. Le sexe est naturel, il n'est pas culturel. On ne devient un sexe ou l'autre, on naît masculin ou féminin, homme ou femme. La phrase célèbre de Beauvoir relève de l'absurdité la plus totale d'une éternelle frustrée. On ne devient pas femme ou homme, on naît homme ou femme.

 

Nier cette évidente loi de la nature, c'est à dire violer la nature, c'est s'exposer à de graves problèmes physiques et psychiques. Quand le discours politiquement correct impose la négation des différences sexuelles sous prétexte d'égalité, il y a fort à parier que la société toute entière est exposée à ces mêmes graves problèmes. Qu'on le veuille ou non, un monde où les différences sexuelles disparaissent perd ses couleurs, au moins celles du désir et de l'amour. C'est un monde en gris. Un monde triste. Une usine à névroses.

 

Au début était le sexe, c'est à dire la différence, et ce sera le sexe, la différence, pour toute éternité. et nul ne peut échapper à son sexe et à ses contraintes.

 

Évidemment, je ne remets pas l'égalité entre les sexes en cause. Plus l'homme et la femme seront égaux, plus l'un et l'autre pourront exprimer et développer leurs potentialités. Et plus le monde sera riche. Un monde sans différence sexuelle, et pas seulement sexuelle, serait un monde appauvrit de robots asexués, non créatifs. En régression jusqu'à sa disparition annoncée et prématurée. Je veux dire en cela que peut être la planète serait peuplée d'hominidés, mais il n'y aurait plus d'humanité.

 

Puisque le sexe, la différence, est une loi incontournable de la nature, cela veut dire que le masculin est pour le féminin et inversement. Mais...

 

Toute loi a ses exceptions. Et plus on grimpe dans l'échelle de l'évolution, plus les choses se complexifient. Et plus il y a d'exceptions à la règle générale. L'espèce humaine est le dernier montant de l'échelle, donc la plus complexe, donc la plus riche en exceptions. Cela signifie donc que l'homosexualité, la bisexualité, la transsexualité ne sont pas contre nature comme le prétendent les religions et leurs morales à deux sous. Mais au contraire, ce sont les exceptions naturelles à une loi de la nature.

 

Telle la règle.

 

Il n'y en a pas d'autre.

 

N'en déplaisent aux idéologues vertueux en tous genres qui s'obstinent à vouloir créer « l'Homme nouveau », vieux rêve de tous les régimes totalitaires.

Posté par fsetrin à 21:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

17 avril 2017

PRISONNIER MODÈLE

bagne

 

l aime sa prison.

 

Comme d'autres aiment leur femme.

 

Il aime sa femme.


Il aime sa prison

 

C'est à dire qu'il s'y est habitué et qu'il ne veut plus en sortir. Il peut y cultiver sa délectation morose, fuir dans ses rêves en gigantesque, se tricoter des histoires à dormir de bout, être le maître et roi de l'univers.

 

Il fait le ménage, la cuisine, la lessive, le repassage, torche les mioches et un rapport sexuel par mois. Madame est généreuse.

 

Et si le soir de la paie tombe mal, il lui reste la masturbation.

 

Il regarde le jour à travers les carreaux de la cuisine. Ils donnent dans la rue. Et ça lui donne comme une envie de qu'il ne connait pas, qu'il ne peut pas expliquer, une envie de liberté.

 

La porte n'est jamais fermée, mais il ne sort pas. Dehors, il ne sait pas. Et ce qu'il ne sait pas l'effraie. Alors.

 

Alors il reste dans son coin, à son piquet.

 

Silencieusement triste. Comme un chien méprisé.

 

Alors il reste tout le jour, toute la nuit, à attendre que le temps passe, à espérer que ce soir, un miracle, même un petit miracle, enfin, que ce soir, elle aura le sourire et lui dira je t'aime.

 

Mais elle ne sourira pas, elle ne dira pas je t'aime.

 

Elle n'aime pas les chiens et va courir le loup qui ne manque jamais de virilité.

 

Pendant qu'il regarde un porno.

 

Il l'a épousée comme d'autres entrent en religion.

 

Sacrifié d'avance, jouissant de sa crucifixion.

Posté par fsetrin à 23:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

JOSÉ LUIS SARAMAGO

saramago

 

Écrivain et journaliste portugais né à Azinhaga le 16 novembre 1922 et mort à Lanzarote le 18 juin 2010.

Né dans une famille modeste il devra arrêter ses études pour suivre une formation professionnelle de serrurier. Malgré tout, il continuera à se passionner pour la langue et la littératures françaises. Il travaille ensuite pour plusieurs hôpitaux de la capitale et occupe ensuite des postes administratifs dans différentes entreprises. Il vit de divers métiers (dessinateur industriel, employé d'assurance, salarié d'une maison d'édition) avant de se lancer dans le journalisme.Son premier roman, consacré à sa région natale, Terre du péché , était paru en 1947. Mais il lui faudra attendre vingts ans, à partir de 1960, pour que le milieu littéraire le reconnaisse comme l'un des siens. collaborant avec de nombreux journaux pour lesquels il écrit des chroniques et des poèmes. Un recueil de poèmes L'Année 1993 paraît en 1963. son second roman, Relevé de terre, n'est publié que cinq ans plus tard. Ce dernier ouvrage se conçoit comme une saga familiale sur des travailleurs agricoles dans laquelle l'auteur commence à affirmer un style expérimental, caractérisé par une syntaxe sans ponctuation ni pause. En réalité, il ne s'autorise que des points et des virgules. Saramago explique lui-même cette percée tardive en littérature par son manque d'assurance et ses incertitudes. Dès lors, sa production demeure ininterrompue et foisonnante jusqu'à sa mort. Le dieu manchot lui apporte une consécration internationale et lui vaut le grand prix du roman du Pen club en 1984. Il a soixante ans. Roman qui impressionnera Frederico Fellini. Saramago devient un écrivain à succès dont les livres se vendent dans le monde entier et sont traduits dans vingt cinq langues. En 1998, il obtient le Nobel de littérature.

Membre du parti communiste un temps, il se décrit comme athée et pessimiste. Ses prises de position quant à la religion lui vaudront les foudres des catholiques portugais. Politiquement altermondialiste, ibériste, après les attentats du 11 septembre, ses propos sur les violences potentiellement inhérentes à toutes les religions, ou plus exactement à ce qu'il appelle le « facteur Dieu », suscitent de vives polémiques au Portugal. Il dénonce la politique israélienne vis à vis des Palestiniens en les comparant aux victimes du nazisme.

Il dit de son écriture « J'écrivais un roman comme les autres. Tout à coup, à la page 24 ou 25, sans y penser, sans réfléchir, sans prendre de décision, j'ai commencé à écrire avec ce qui est devenu ma façon personnelle de raconter, cette fusion du style direct et indirect, cette abolition de la ponctuation réduite au point et à la virgule. Je crois que ce style ne serait pas né si le livre n'était pas parti de quelque chose que j'avais écouté. Il fallait trouver un ton, une façon de transcrire le rythme, la musique de la parole qu'on dit, pas de celle qu'on écrit. Ensuite, j'ai repris les vingt premières pages pour les réécrire. » La plupart de ses romans sont polyphoniques et labyrinthiques9. Les voix des personnages se superposent et sont entrecoupées par celle du romancier omniscient, souvent ironique, voire par celle de Dieu comme dans L'Évangile selon Jésus-Christ. Selon Saramago, « dans les divers arts, et principalement dans l'art d'écrire, le meilleur chemin entre deux points mêmes proches n'a jamais été, ne sera jamais et n'est pas la ligne droite. ». L'auteur prend en effet plaisir à balader le lecteur au gré de détours, de voix narratives plurielles, de métaphores et d'anachronismes qui mettent en relief des jeux de miroir où mensonge et vérité se confondent et s'échangent. Saramago explique que, dans la vie comme en art, la frontière entre le faux et le véridique se réduit à « une feuille de papier ».
Son style, malgré tout, reste d'une remarquable fluidité. Par ailleurs, nonobstant la luxuriance de sa prose, Saramago ne rejette pas la narration traditionnelle.

Outre ses romans, il publie de la poésie, des essais, des contes et des nouvelles, des articles dans la presse, écrit des pièces de théâtre, des livrets d'opéras. Un immense auteur, seul prix Nobel portugais à lire, à relire pour sa liberté de style et de ton.

Posté par fsetrin à 22:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

14 avril 2017

HAKIM

989728

 

Il était beau, intelligent voire brillant. Séduisant et charmeur quand il allait bien.


Il écrivait des poèmes superbes, sur l'amour, la maladie, la mort.

 

Sa vie n'était qu'une longue torture.

 

Il était psychotique Hakim, de ceux que l'on appelle les grands psychotiques. Délirant, halluciné, persécuté. Enfermé dans son monde, il devenait impénétrable, totalement étranger à la réalité. Dissocié, autrement se sentant explosé en des milliers d'éclats qu'il ne pouvait pas rassembler pour se retrouver entier et cohérent.

 

Au cours d'une crise plus intense, plus intolérable et que rien n'avait laissé prévoir, il avait tenté d'égorger un autre malade. La dangerosité de sa schizophrénie était réelle. Nous ne pouvions plus le prendre en charge Il a passé trois ans en UMD (Unité pour Malades Difficiles). Et il nous est revenu au bout de trois ans. Il restait considéré comme dangereux. Souvent, le délire, les hallucinations et l'angoisse le submergeaient et il ne maîtrisait plus rien. Il est donc resté en hospitalisation sous contrainte. Isolé dans sa chambre dont parfois il refusait de sortir pour aller aux toilettes, se doucher ou prendre son repas. Ses seules sorties autorisées dans l'unité. On n'entrait jamais seul dans sa chambre mais toujours à deux. Comme dans une cage aux fauves qu'il ne faut pas effrayer, bousculer, en se faisant reconnaître de la voix avant de pénétrer son espace. Son regard en disait toujours long sur son état psychique. Nous avions appris à en décoder les messages et à adapter notre attitude en fonction de nos lectures. Mais il était totalement imprévisible. Son état pouvait varier d'une seconde à l'autre.

 

Oui, sa folie était dangereuse. Pour lui et pour les autres. Il en avait confusément conscience.

 

Nous en avions, nous, une conscience aiguë.

 

Avions-nous peur ? Certains d'entre nous oui, sans aucun doute. Pour le reste de l'équipe, c'était prudence, douceur, évitement de tout ce qu'il aurait pu prendre pour une provocation. J'ai dit prudence, pas méfiance. Il l'aurait ressenti et son délire de persécution aurait alors flambé avec toute l'agressivité que cela pouvait entrainer.

 

Il avait ses préférés dont, sans que je sache pourquoi, je faisais partie. Cela ne signifiait pas que nous risquions moins que les autres, bien au contraire. S'il avait dû s'en prendre à une blouse blanche, c'eût été d'abord à l'un de ses préférés. Paradoxal peut être, mais c'est toujours ainsi.

 

Dangereux Karim ? Non. Karim n'était pas, en soi, dangereux. Je l'ai dit, quand il allait bien, il était absolument charmant. Non, Karim n'était pas dangereux. Ce qui était dangereux, c'était sa folie et toute la souffrance qu'elle provoquait. Cette folie et cette souffrance qu'il ne contrôlait pas. Ses hallucinations et son délire qu'il ne maîtrisait pas. Et qui pouvait le pousser jusqu'à tuer son ou ses persécuteurs du moment. C'est à dire ceux qui, sans autre raison que son délire et ses hallucinations, lui inspiraient une peur panique. Sans autre raison que cette psychose qui le rongeait de l'intérieur comme un acide mortel en l'isolant de l'extérieur comme une prison.

 

Non, Karim n'était pas dangereux. Seule sa souffrance était dangereuse. Et pouvait lui faire commettre l'irréparable. Ce qu'il fit un jour. Après la relève de quatorze heures, nous l'avons retrouvé.

 

Pendu avec du drap au pied de son lit.

 

Comme le cancer, la folie peut être mortelle.

 

Elle a tué Karim.


Karim en est mort sans avoir pu reconstituer son pauvre cor^s et son pauvre esprit en morceaux.

Posté par fsetrin à 19:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]