Blog méandres

23 août 2017

LA VOLONTÉ D'ÊTRE AIMÉ(E)

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Vous voulez être aimé(e). Vous avez la volonté farouche que l'on vous aime. Vous vendez père, mère et votre âme au diable ou pire à dieu, pour cela. Vous jouez les stars en vous trainant comme des chiens aux pieds de l'être, non pas aimé(e) mais dont vous désirez si fort être aimé(e). Que vous l'aimiez ou non, point de détail sans, mais alors sans vraiment, aucune importance. La question ne se pose du reste même pas. Vous me direz que puisque vous voulez que l'on vous aime c'est que vous aimer. A voir... Rien n'est moins sûr.

 

Vous êtes vous une fois posé sincèrement la question ? Non, vous ne vous la posez jamais. C'est évident ! Bien sûr, c'est évident. Si vous le dites. Puisque vous le dites.

 

En fait, je crois sincèrement que vous vous en fichez. Que vous aimiez ou pas, vous vous tamponnez le coquillard allègrement. Aimer l'autre ? Qu'importe pourvu qu'il / elle m'aime ! Parce que j'ai besoin qu'il ou elle m'aime. Pour ne pas affronter la vie, en attendant la mort, tout seul. Si l'autre m'aime, il s'est attaché à moi. Je suis donc attaché à lui. Nous sommes attachés l'un à l'autre. Le double sens de ce verbe est particulièrement signifiant. Être attaché égale aimer. Autrement dit et plus directement, aimer signifie ficelé et être ficelé.

 

Votre volonté d'être aimé(e) c'est cela, la volonté d'être attaché à l'autre et d'attacher l'autre. Les doux nœuds de l'amour, les liens du mariage ! Éloquent ! La volonté d'être aimé ! On y perd sa liberté mais peu importe puisque l'autre perd, ipso facto, la sienne.

 

Ce besoin d'être aimé(e), que parait-il tout le monde partage, n'est rien d'autre que le désir de phagocyter et d'être phagocyté. Ne parle-t-on pas d'un amour dévorant ? C'est tout dire. On ne s'aime que pour se dévorer ! L'amour est cannibalisme. Le cannibalisme n'est-il pas la forme ultime appropriation de l'autre, de son corps, de sa psyché, de ses rêves, de ses désirs etc... ? Autrement dit et d'une façon plus sentimentale.

 

Nous ne sommes plus qu'un... Amour fusionnel. Nous ne faisons plus qu'un. C'est à dire que je n'existe plus, tu n'existes plus, seule existe une espèce d'ectoplasme une fois que chacun a renoncé à sa personnalité, à son identité, à l'indéniable fait qu'il est un être unique non reproductible. Volonté d'être l'autre et que l'autre soit moi. Si tu m'aimes, tu te renier comme je me renie. Tu n'existes plus, je n'existe plus. C'est un suicide et un assassinat tout à la fois. Ce que l'on appelle un suicide altruiste.

 

Et ce sera, souvent, un enterrement de première classe avec robe blanche, flonflons du bal et festin. On appelle ça le mariage, approuvé par les hommes et béni des dieux. Je n'ai jamais rien trouvé de plus lugubre que cette joie affichée face à une catastrophe annoncée.

 

Si c'est cela l'amour, je m'en passe volontiers.

 

Je préfère quant à moi, vivre ce que et qui je suis, sans renoncement d'aucune sorte, dans la sécurité de la divine solitude du célibataire rebelle.

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22 août 2017

NE PAS ENTRER, DANGER DE MORT

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 En cas d'amour

 

trouvez une issue de secours et fuyez. Fuyez loin, fuyez haut, fuyez profond. Prenez vos jambes à votre cou et détalez comme un lapin qui va se cacher au fond de son terrier, comme un chien courant qui a le feu au cul.

 

Il ne peut vous arriver rien de pire.

 

Vous aimez, on vous aime, vous ressentez de la joie, vous sautez comme un cabri pubère que le printemps éveille. Vous êtes au comble de la béatitude, vous vous croyez au paradis.

 

Vous avez passé les portes de l'enfer.

 

Perdez tout espoir.

 

Déjà en train de fricasser dans le chaudron satanique où se mélangent la ragougnasse du bonheur, la guimauve du sentiment, la fadeur des épices du pauvre, l'insipide mélasse de l'orgasme sirupeux et dégoulinant qui s'oublie dans les draps comme un malpropre.

 

La jouissance lumineuse que vous attendiez n'est en fait qu'un petit pet foireux qui vous a fait gémir déception. A moins que vous soyez tricheur, menteur, mythomane ou encore comédien pour être capable de hurler avec la plus grande sincérité à ce moment que mon dieu c'était bon.

 

Alors, sans savoir de quoi et pourquoi, parce que l'amour est aveugle, vous souffrez comme un damné. Cette « nourriture spirituelle » qui vous transportait aux septièmes cieux s'est décomposée. Vous êtes empoisonnés rapidement par la charogne de l'angoisse.

 

Et ça tourne au vinaigre, un sale vinaigre. L'obsession de l'amour de l'objet de votre amour. Vous avez le cœur pris par l'étau sans pitié d'une des pires névroses obsessionnelles qui soient. Elle vous fait souffrir. Encore plus souffrir de la présence de l'autre que de son absence. Ça vous ronge de partout. C'est le syndrome du toxico quand pour lequel, la prise de drogue devient pire que le manque.

 

Toute votre vie, vous courrez pour rattraper vos illusions, vivant dans la fatuité, dans la vanité des sourds et des aveugles. Et vous n'aurez même pas l'excuse de la folie.

 

Mais peut être ma lucidité est-elle coupable de vos ténèbres.

 

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21 août 2017

L'ORGASME MUSICAL

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Je suis, à ma grande surprise, toujours vivant malgré cette tentation du suicide qui revient de façon récurrente quand j'en ai marre de vivre à la dérive dans ma tragédie intime d'impuissant psychique. Je le dois à la musique. Ce qui me maintient debout, vivant, extraordinairement c'est la musique, c'est à dire les orgasmes qu'elle me procure. Longs, violents et doux à la fois. En musique je suis polyorgasmique. Je peux exploser cents fois pendant une symphonie, de Beethoven, un aria de Verdi, un concerto de Mozart où dans la voix de Callas ou de Pavarotti. Dans mon corps les frissons succèdent aux frissons selon le rythme et l'intensité de la musique. Les endorphines m'inondent. Et je finis par me retrouver dans un état de bien être proche de la béatitude.

 

Il n'y a que dans cette jouissance là que je peux m'anéantir et ne plus souffrir de mes débandaisons psychiques, de mes éjaculations mentales précoces, de mon dégoût profond de la vie, des hommes et des bêtes, de mon corps qui mélange ses sécrétions à celles d'un autre corps, de ce corps étranger qui me colle sa sueur dessus, de toute cette guimauve qui enrobe, ad nauseam, l'acte reproductif. De mon dégoût de ce moi qui s'oblige à faire semblant.

 

Ce sont de longs moments de plaisir absolu parce que solitaire, où seuls comptent les supplices et les voluptés de ma folie, où se mêlent, dans un monde d'autiste, peur de la mort et aspiration à un érotisme qui y conduirait, où, dans un éclat de cuivres mélangé à la sonnerie des violons, j'ai l'agréable illusion de ma légèreté, dans un état de quasi démence, au dessus de cette humanité dont je suis et qui me pèse dessus de toute sa puanteur, dans une mort qui est mon triomphe.

 

C'est une sensation de décorporation qui peut s'éterniser, semblable aux ressentis au cours d'une expérience de mort imminente, et dans laquelle, même si c'est chimérique, la vie prend enfin du sens au paroxysme de cet acte masturbatoire à la fin duquel je ne suis jamais triste puisque, c'est bien connu, le silence qui suit Mozart c'est encore du Mozart.

 

L'orgasme musical est tout aussi physiologique, sexuel que l'autre. Mais baiser avec Beethoven, Mozart, Verdi ou Ravel, jouir sur la fin de l'aria que Callas pousse au maximum, c'est tout de même d'une toute autre portée que de décharger dans le con de la blonde d'en face, de la brune d'à côté ou de la rousse du dessus. Et je ne parle pas du cul du petit pédé du dessous.

 

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YUKIO MISHIMA / LE TEMPLE DE L'AUBE

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Dans le troisième tome de La mer de fertilité, nous retrouvons un Honda certes avocat célèbre et riche, mais vieux et las de sa vie. Nous assistons à ses tribulations souvent plus fantasmées que réelles. En Inde où il reçoit le choc de sa vie devant les incinérations en plein air à Bénarès, en Thaïlande où il goûte la sensualité chaude et humide du pays. Il y rencontre une petite princesse qu'il imagine réincarnation du Kiyoaki du premier volume et du Isao du second. Petite princesse devenue une femme accomplie, belle sensuelle, voluptueuse, énigmatique à souhait qui va éveiller la sensualité d'un Honda qui était jusque là demeuré soigneusement éloigné des troubles de la passion, se satisfaisant d'une pauvre sexualité de voyeur. Est-elle ou non la réincarnation attendue par Honda ? Il faudra les toutes dernières pages pour se savoir. Il la désire, il veut la posséder et il ne veut pas la prendre. Paradoxe d'un vieil homme amoureux et frustré qui se rend brutalement compte qu'il est passé à côté de sa vie et qui tente désespérément de rattraper le temps perdu en courant après un mythe, la réincarnation de Kaoyaki (dont on peut supposer qu'il fut amoureux) dans cette princesse inatteignable, tout en sachant que c'est vain, inutile et douloureux.

Mishima, comme dans les deux premiers volumes de La mer de la fertilité décrit magnifiquement la complexité des mœurs, de la psyché, des relations et des passions humaines qu'il situe dans le décor superbement décrit de l'Inde, de la Thaïlande et du Japon d'après guerre qui se relève de ses ruines dans de monstrueuses mégapoles et qui s'éloigne des valeurs ancestrales auxquelles Mishima était particulièrement attaché.
C'est plein des puanteurs de l'Inde, des senteurs sensuelles voire érotiques de la Thaïlande et de la beauté glaciale japonaise du mont Fuji. C'est la confrontation entre les corps flétris de Honda et de sa femme face au corps triomphant de la princesse. Corps qui ne souffrira jamais des outrages du temps et de la décrépitude de la vieillesse. C'est, à mon sens, l'un des plus subtils messages délivrés ici par Mishima, la beauté est la valeur suprême maissi les formes en sont éphémères les réincarnations se succèdent et donc la beauté est donc synonyme d'éternité. Étrangement, Kiyoaki, Isao et Ying Chan, tous les trois beaux à couper le souffle meurent très jeunes et représentent trois incarnations successives d'une même entité, d'une même beauté.

Ce livre se déguste comme un met délicat aux saveurs rares. Je l'ai lu avec un réel bonheur de gourmet.

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20 août 2017

RÉFLEXIONS SUR LE SEXE

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Le sexe, la baise, ma bite.

 

La trilogie infernale.

 

Le trépied du chaudron du diable.

 

Des décennies d'inquiétude, d'angoisse.

 

D'obsession jusqu'à la névrose.

 

Baiser ou ne pas baiser ?

 

A compter les heures, les jours, les semaines, à échafauder des ruses de sioux pour y parvenir.

 

Assurer ma sécurité sexuelle, tout le temps et en tous lieux. Comme si avant de traverser le désert, j'avais soigneusement repéré toutes les oasis.

 

Le refus du refus. Plutôt ne rien demander que de risquer s'entendre dire non. Donc de se voir rejeter. Absolument insupportable. Dévastateur. Il me fallait des jours pour me remettre de cette blessure profonde.

 

Et puis, l'âge bienheureux de l’impuissance sénile qui s'avance. On ne pratique plus. On oublie.
On est en paix. On regarde sans mater, on observe dans un plaisir d'esthète. Avec distance. C'est du bonheur à l'état pur. Adieu la peur de la non bandaison, de la débandaison inopportune ou de l'éjaculation qui va trop vite.


Enfin, le repos provisoire avant le repos éternel. Un repos de cadavre en sursis. Le crucifié d'hier ne ressuscitera pas de son sommeil de momie. Il restera bien tranquille et au chaud dans ses bandelettes.

 

La vie m'appartient. Sans partage. Enfin, rien ne trouble ma divine solitude.

 

Quelle connerie le sexe ! Mais on s'en aperçoit trop tard. Comme pour tout le reste.

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19 août 2017

IL N'Y A PAS D'ENFANT HEUREUX

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Il n'y a pas d'enfant heureux.

 

C'est un fantasme d'adultes. Les adultes, même les spécialistes de la chose, n'y comprennent rien, sont tous ignorants du monde de l'enfance. Ils ont oublié leur propre enfance ou ont voulu l'oublier pour se consoler d'être des adultes.

 

Chimère d'adulte que la pureté, la naïveté, l'ignorance et l'innocence de l'enfant. L'enfant porte sur ses fragiles épaules tout le poids des lourds nuages sombres du malheur de vivre. Il peut en espérer de splendides orages mais plus tard, quand il sera grand, ces nuages prometteurs ne donneront que de chétives ondées prostatiques.

 

Il n'y a pas d'enfant heureux.

 

Il n'y a que des enfants qui jouent à faire semblant d'être des grandes personnes. Et quand ils rient, c'est qu'ils s'aperçoivent, à travers leurs jeux, de la stupidité de notre univers d'adultes. Et qu'ils s'en moquent. Avant d'avoir à en pleurer. Et ils en pleurent fatalement. Ils savent très vite ce qui les attend. Grandir à en perdre le sens du jeu au cours d'un dressage strict

 

Regardez bien un enfant. Regardez le jusqu'au plus profond de ses yeux et vous y verrez une peur indicible. La peur de devenir adulte mêlée au désespoir de ne pas pourvoir refuser de devenir des grandes personnes. La vie future pour lui, c'est la stupidité des adultes, la puanteur de charogne des vieux. Parce l'enfant sait aussi qu'au bout de la vie, au bout de la vieillesse, il y a la mort. Tous les enfants connaissent la mort, ont vu la mort, ont peur de la mort. Contre leur peur, ils n'ont pas les défenses qu'ont eu le temps de se construire les adultes et que les psys appellent névroses.

 

L'enfance peut être traversée par de grands éclats de joie. De grands éclats de joie qui rendent qu'autant plus cruel ce malheur d'être un enfant et de devoir vivre.

 

Il n'y a pas d'enfant heureux.

 

Parce qu'un enfant est trop lucide pour ne pas ressentir tout la tragédie de vivre.

 

Seuls ceux qui ont réussi à grandir sans devenir adultes connaissent encore tous les tourments de l'enfance.

 

Il n'y a pas d'enfant heureux.

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18 août 2017

INSOUMISSION

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Un jour

 

je me suis aperçu que des gens m'aimaient et par conséquent me contraignaient à les aimer.

 

Mais moi, je n'avais rien demandé.

 

On m'a forcé à l'amour, poussé à l'amitié, obligé à la tendresse, fortement incité à la douceur, à la non violence, à l'amour du prochain, à l'esprit de sacrifice, au désir sexuel et à l'orgasme, à l'adoration de l'argent, au besoin de vivre au sein du troupeau, à l'envie de me reproduire.

 

Mais aussi à la tristesse, à l'habitude du malheur, à la grande jouissance de la douleur, à la peur de l'enfer, au respect des lois, us et coutumes incompréhensibles, à la croyance en dieu, à l'espoir des lendemains qui chantent, aux spectacles des jeux de l'amour, du hasard et de l’arène.

 

Mais moi,

 

je n'ai jamais voulu de cette prison.

 

Je ne me sens jamais aussi bien que dans le silence, l'absence de nature et d'humain des grands déserts secs seulement habités par la poussière, le ciel, le soleil et le vent. Là où ne parviennent ni la pensée ni la parole des hommes.

 

Je vis seul.

 

Vide et nu dans le vide et le nu.

 

Seule la musique.

 

La musique

 

en marchant, en marchant interminablement, sans savoir où je vais

 

pourvu que je m'y perde.

 

A défaut d'être libre.

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16 août 2017

JOËL DICKER / LA VÉRITÉ SUR L'AFFAIRE HARRY QUEBERT

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Il en est des livres comme des femmes.

Il en est qu'il faut éviter à tout prix, tenir le plus loin de soi.

Ils /elles vous font perdre toute raison.

Ne mettez pas le nez dans ce livre. ! Il est infernal !

Dès la première ligne, vous êtes fichus.

Il va vous exciter comme des malades. Vous n'allez pas le lâcher, il va vous tenir entre ses pages jusqu'à la dernière. Vous allez vous sentir manipulés, déroutés, agacés, stupéfiants, sidérés. Vous allez le détester. Le haïr du fond de vos nuits sans sommeil, de vos après midis ensoleillés perdus au fond de votre canapé, des thés tiédasses que vous aurez bus et de la tête que va vous faire votre copain ou votre copine qui va trouver que bon, ce livre doit être bon mais ce n'est pas une raison pour oublier les câlins. Parce que ce diabolique de Joël Dicker va tout vous faire oublier.
Mais vous allez l'aimer ce livre qui a l'allure d'un gros pavé (851 pages tout de même), mais qui n'est pas lourd du tout, qui vous entraîne dans une course d'obstacles qu'il franchit avec un incroyable légèreté. Parce qu'en plus c'est bien écrit.

A force de rebondissements, coups de théâtre, fausses pistes et j'en passe, vous en sortirez épuisés mais heureux. Heureux de cette giclée d'adrénaline littéraire qui vous aura conduit au septième ciel, à l'orgasme.

Je ne vais pas vous raconter l'histoire de ce livre absolument infernal.

Où il est question d'écrivains, de la disparition d'une ado de 15 ans, d'une sulfureuse histoire d'amour, de flics plus ou moins véreux, de femmes qui sont en apparence des filles adorables ou de fieffées salopes, de combats de boxe et de combats littéraires et au moins deux livres dans le premier. Je ne vous en dis pas davantage.

Si, il y a aussi une belle réflexion sur le métier d'écrire, ses grandeurs et ses misères. Que l'auteur glisse comme ça, sans en avoir l'air entre deux chapitres. Il sait de quoi il cause, il connait le métier.

Vous allez galoper jusqu'à la dernière page comme des dératés pour enfin comprendre.

Et terminer sonnés.

Tant pis pour vous.

Je vous aurez prévenus.

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12 août 2017

LE PRÉDATEUR

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La chance d'écrire !

 

La chance d'écrire ?

 

Ne me redis jamais ça !

 

Écrire, une chance !

 

Je n'ai pas choisi d'écrire. Je n'ai rien choisi moi. Je n'ai pas décidé, un matin au réveil, tiens, je vais écrire. Je n'ai pas davantage décidé d'écrire que d'être hérédo-syphilitique. Je n'ai pas eu le choix.

 

Je n'écris pas pour le plaisir d'écrire.

 

Mais ces mots et puis ces phrases plein la tête qui tournent à t'en faire exploser la boitte crânienne, il faut s'en débarrasser. Alors, on les jette, ou plutôt on les vomit, sur le papier. A en massacrer son clavier.

 

L'écriture est un prédateur à mâchoire de pitt bull. Elle mord la chair de sa proie et ne la lâche plus. Ce n'est pas pour la dévorer tout de suite. Ce n'est pas pour consommer sur place. C'est pour emporter, loin, au delà de l'inconnu.

 

Alors, au début, quand on est pris, on maquille le problème. On essaie d'adoucir les choses. Comme tout le monde, j'ai commencé par écrire des poèmes d'amour. Des poèmes guimauve, même si j'y mettais beaucoup de sexe. Et ça plaisait. Ça séduisait les midinettes quinquagénaires.

 

J'étais content ! J'étais reconnu, enfin, comme poète. Merveilleux ! Parce que les prédictions de mon prof de lettres au collège, étaient justes, terriblement justes. Vous voulez écrire ? Je pense que vous en avez le talent. Mais attendez-vous à être nié, dénié. Les familles aiment bien les poètes mais pas chez eux. Parce que la poésie ce n'est pas un métier vous comprenez ? J'ai compris très vite. Ils aimaient bien la poésie sur leurs étagères mais ne voulaient pas de ça chez eux.

 

Malédiction, le mal était fait. Je ne pouvais plus en sortir.

 

Donc, j'y reviens, je commence par de gentils poèmes d'amour avec juste assez de sexe pour exciter la lectrice. Ça a fonctionné quelques temps. Jusqu'à ce que je me demande ce que j'étais en train de foutre. Grosse crise existentielle. Je renonce à écrire. Mes manuscrits, direction poubelle. J'annonce publiquement et au plus grand nombre que pour moi, la poésie, c'est fini ! Bon, ce devait être très hystérique.

 

Et puis je recommence. Le prédateur ne lâche pas sa proie.

 

Mais je n'écris plus de poème sauce guimauve. Je crache, j'éructe, je dégueule, je pète, je chie poétiquement. Je sors mes tripes sur la table. Et tant pis si le public ne suit pas. J'ai des choses à sortir de mes burnes prêtes à éclater. Il faut que j'éjacule de l'écriture bon dieu !

 

Non, je n'ai pas le choix. On n'a jamais le choix d'écrire ou pas. On écrit comme d'autre ont du diabète ou du cholestérol. Ou sont alcooliques. Ce n'est du reste pas incompatible.

 

Je ne joue pas les poètes maudits, tu sais comme ceux qui sortent sur internet de la poésie alexandrine au kilomètre. Ils font juste leurs intéressants et finalement n'intéressent, mis à part leurs semblables, personne.

 

Mais ce que je viens de te dire

 

n'importe quel écrivain digne de ce nom te le dira.

 

Ce sont nos tripes nauséabondes que l'on pose sur le papier ouk de nos jour,sur lécran de l'ordinateur.

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11 août 2017

MICHEL SCHNEIDER / BAUDELAIRE LES ANNÉES PROFPONDES

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Ce n'est une énième biographie de Baudelaire. Une étude scolastique et pédante de plus de son œuvre. C'est le livre d'un amoureux fou du poète et de l'homme Baudelaire.

 

L'auteur vise plus haut, plus loin. Il vise Baudelaire tel qu'en lui-même. Et il touche sa cible. Une analyse très fine, très subtile de cet insupportable génie. Et en toute modestie. Il connait son sujet à fond. Et il aime le personnage.

 

Baudelaire, ce grand inconnu est là. Baudelaire, comédien, tragédien, faux dandy (il y a trop de détestation de soi chez lui pour aimer son image), mythomane, qui ment pour mieux exprimer la vérité, qui ne se cache que pour mieux se montrer, Baudelaire vrai hystérique sans nul doute.

 

Baudelaire, ce fou d'image qui écrivit comme s'il peignait. Et aimait les peintres qui peignaient comme s'ils écrivaient.

 

Et qui ne sera jamais satisfait de ses « toiles ». Les mots comme les toiles ne traduisent jamais que le visible et jamais le réel ! Cet insaisissable réel que le poète ressent, regarde, mais ne peut pas traduire en mots.

 

Baudelaire qui aime les femmes, les désire parfois mais ne veut pas vraiment en tirer le plaisir qu'elles peuvent lui procurer. Voilà un Baudelaire non pas frigide, mais anorgasmique. Qui préfère le plaisir de développer la femme en lui aux voluptés brèves et décevantes de la chair. Baudelaire n'est pas un homme mais un homme qui tend à être la femme en lui.

 

Baudelaire bouleversé par l'esthétisme des églises comme par celui des bordels, par la beauté d'un soleil couchant et par la laideur sordide des rues des bas quartiers de Paris, amoureux des bourgeoises mais baisant des mendiantes et des putains. Baudelaire qui va chercher le beau et le vrai au fond des pires poubelles. « J'ai pétri de la boue et j'en ai fait de l'or. »

 

Baudelaire qui ne pourra jamais aimer, jamais être aimé, jamais s'aimer pour avoir toute sa vie couru après l'amour de sa mère et ne l'avoir jamais trouvé.

 

Baudelaire qui s'est désespéré lui-même, qui a désespéré tous ceux qui l'aimaient et qui nous désespère encore.

 

Michel Schneider nous l'a mis à, presque, nu. Et si l'auteur avait réussi là où Baudelaire a échoué ? S'il avait réussi à peindre cet autoportrait quel Baudelaire a tenté en vain toute sa vie de tracer ?

 

J'ai envie de sous titrer le livre Auto portrait par un autre.

 

Les mots parfois font des miracles. Ceux e Michel Schneider ont accompli un prodige !

 

Tout amoureux de Baudelaire doit lire ce livre;

 

Absolument.

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