Blog méandres

18 juillet 2018

ADÉLAÏDE BON / LA PETITE FILLE SUR LA BANQUISE

41GooPrDOrL

C'est un beau prénom Adélaïde pour une belle petite fille heureuse qui ne demandait qu'à vivre.

Et qui est morte un jour plein de soleil du joli mois de mai.

Sous les doigts, la bouche, le sexe, la violence d'un pédocriminel sexuel. Ne parlons pas de pédophile. Un violeur d'enfant n'est pas l'ami des enfants.

A neuf ans, on n'a pas les mots pour parler de l'horreur subie. Alors on se tait. On s'isole, on s'enferme. On cache sa honte et sa culpabilité de l'indicible et indélébile salissure. On s'anesthésie par l'alcool, la drogue, le sexe, la boulimie. On devient obèse pour se protéger. Se cacher des prédateurs. Et tout homme est par définition un prédateur. Que l'on va provoquer. Pour s'exposer à une nouvelle blessure, une nouvelle salissure. On se suicide toute seule sous le masque de la fausse joie de vivre, du faux bonheur, de la fausse sensualité.

A mon sens, c'est peut être le pire, des réflexions du genre tu n'as pas à te plaindre, tu es une fille de riches née dans les beaux quartiers alors ferme la. Tu serais vraiment à plaindre si tu étais une petite fille de pauvres. La bêtise crasse alliée du criminel.

Et pourtant. Et malgré tout.

Ce chemin de croix peut être celui, douloureux, de la résurrection. Une résurrection qui se termine, du moins dans le livre, par un feu d’artifice charnel et sensuel. Une ode à la vie victorieuse contre la mort.

Un livre, d'un point de vue strictement littéraire, de très grande qualité. Mais un livre bouleversant, terrifiant, tant il est criant de sincérité. Tant il rend visible ce qui ne pouvait pas l'être. Un de ces livres inoubliables qu'on lit jusqu'au bout, pris dans un dédale de ténèbres.

Quel courage que celui de l'auteur de l'avoir écrit et d'en parler !

Après l'avoir lu, on ne pourra plus dire que l'on ne peut pas savoir, qu'on ne peut rien imaginer de la douleur des enfants abusés. Car tout y est dit, décrit.

Un message d'espoir aussi. La reconstruction est toujours possible.

Posté par fsetrin à 09:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


11 juillet 2018

MICHEL ZACCARO / JE SUIS TEL QUE VOUS M'AVEZ DÉFAIT

613tsIsI5cL

Voilà un livre qui vous remue les tripes sans ménagement. Et c'est bien là le talent de l'auteur.

Vous voulez savoir ce que peut être une mère toxique ? Vous voulez comprendre comment elle tient solidement son fils détesté dans ses bras pour le détruire, qui trop embrasse tue ? Comment elle s'acharne sur lui quand il est par terre, KO ? Ce fils qui ne parvient pas à s'en détacher. Parce qu'il aime son bourreau.

Ce fils qui ne pourra jamais aimé les femmes ni en être aimé parce que ce serait trahir sa mère. Et passera sa vie à chercher, dans les bras d'autres hommes, une image de la virilité d'un père qui, quoique parfait macho italien, débande lamentablement devant sa femme. Qui demandera trop d'amour pour le recevoir quand il pourrait arriver. L'échec est sa politique de vie par programmation maternelle.

Qui après une rafale d'orgasmes ne peut que ressentir que le dégoût de soi quand il rentre chez lui couvert de sperme. Dégoût de soi qu'il s'acharne à aller chercher dans les endroits les plus glauques de la drague homosexuelle. A cette époque où « ces gens là » étaient considérés comme des malades, des déviants, des pervers. Époque de la chasse aux pédés.

La description de la mère sonne tellement juste que j'ai eu parfois envie de passer le livre par la fenêtre pour m'en débarrasser de cette mère castratrice, culpabilisatrice, manipulatrice, perverse. De cette famille pathogène, soumise à la loi maternelle. De cette famille qui ne se contente pas de le rejeter. Qui l'envoie aux poubelles puantes de la morale bien pensante style catholique apostolique et romaine.

Le livre puissant, violent, lucide, aux accents tragiques d'une enfance blessée à mort. L'auteur ne lui, ne nous, épargne rien. Ne s'épargne rien. En littérature, il faut boire la coupe de l'amertume jusqu'à la lie.

Il existe toute une littérature psy sur la famille et ses conséquences. Évitez-vous leur lecture. Gagnez du temps. Lisez Zaccaro. Il vous en apprendra beaucoup plus. En passant une nuit blanche. Ce livre ne vous lâchera qu'au point final.

Posté par fsetrin à 12:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 juillet 2018

SILVAIN TESSON / UN ÉTÉ AVEC HOMÈRE

414aDSMjElL

Voilà un livre, un livre, comment vous dire ?

Un livre que tout le monde devrait lire et qui devrait être inscrit au programme dans tous les collèges de France avant de faire lire le vieil aède aveugle aux élèves.

Un livre magnifiquement écrit, plein de poésie, de charme, d'humour et de sagesse qui permet de visiter ou revisiter le vieil Homère et d'entendre ses leçons à travers les millénaires. Leçons qui sont d'une brûlante modernité.

C'est une invitation aux numériquement châtrés que nous sommes à lâcher nos écrans informatiques et de nos portables, à nous débarrasser de la pensée unique et de la novlangue, toutes les valeurs de notre consumérisme débridé pour nous assoir au milieu de la nature pour réfléchir.

Pour réfléchir sur l'homme.

Sur ce qu'est chacun de nous et on est très loin de la conception bisounours à la mode, à sa place dans le monde, aux passions qui l'animent, à la violence qui l'habite, qui, de toute toute évidence est une partie intrinsèque de la nature humaine quoiqu'en pensent les adeptes de de l'amour pour tous.à Ala « punition des dieux », qui ne sont pas sans responsabilité dans le désordre universel, ces dieux olympiens qui sont nous, quand nous bouleversons l'ordre naturel par essence parfait,

Une invitation à renoncer aux illusions dangereuses, l'histoire l'a prouvé mille fois, de grands soir et de lendemains qui chantent et du parais post mortem pour vivre dans l'ici et maintenant.

Au retour des valeurs anciennes et éternelles de la Grèce notre mère à tous, à célébrer encore et toujours « les noces de l'homme et de la nature ».

A lire Homère avec Tesson, comme l'homme est finalement pathétique dans son incapacité à accepter et à vivre l'absurde tragique de la vie. Homère qui au delà les siècle nous balance dans la tronche toutes ces questions que nous, nous les hommes dits modernes, entendre.
Avec Tesson, j'ai relu Homère, Nietzsche, Camus.

Du bonheur ce livre.
Qui ne plaira sûrement pas à tous le monde tant il est loin du politiquement correct dans sa lucidité... homérienne.

Et moi, je vais me replonger dans l'Iliade et l'Odyssée. Cet été.

Posté par fsetrin à 10:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 juillet 2018

SOLEIL BRISÉ

cr

Elle était belle, elle était douce du regard et de la voix, et je fondais devant son sourire comme une glace au soleil. Elle m'attirait, cette petite brunette bouclée, légèrement ronde, avec ses hanches larges, ses petits seins aux mouvements d'oiseau, sa peau toujours brune même sous les pulls de l'hiver qui appelait la caresse.

 

J'en rêvais. Je lui tournais autour et Elle ne refusait jamais d'entrer dans le ballet de la séduction. Un jeu à fleurets mouchetés.

 

Sans jamais s'atteindre.

 

Elle avait un mec. J'étais marié. Rien de plus n'était possible. Nous étions donc dans cette situation, oh combien banale, de deux êtres aimantés et qui n'osent pas faire ce pas en avant qui les collerait l'un à l'autre. Il faut si peu de choses. Ce peu de choses qui nous manquait pour tout faire basculer.

 

Un jour...

 

Pendant ce stage qui nous tenait loin de notre base. Nuits d'hôtel broyées sous la machine à fantasmes. Lourde de frustration volontaire. Soirées passées en bavardage à propos de tout et de rien. Jeu de séduction. Sans en avoir l'air. Dans le désir qui ne cède pas mais qui n'est jamais reconnu ni avoué.

 

Jusqu'au soir où nous avons un peu bu. Oh, juste cette dose désinhibitrice qui fait tomber les barrières et donne toutes les audaces.

 

Elle m'a suivi dans ma chambre.


Puis dans mon lit.

 

Imprévu. Inattendu. Miraculeux.

 

Parce que nous avions fait l'amour, que nous en avions envie depuis longtemps, parce qu'il avait été si facile de résister à la tentation en lui cédant, parce que nous étions jeunes, sans honte, sans remord, parque nous n'aurions désormais jamais de regret, parce que rien d'autre n'était important, l'air était devenu incomparablement plus léger.

 

Nous étions au ciel.

 

J'avais oublié que le ciel c'est aussi l'enfer.

 

Et inversement.

 

Je n'ai pas compris, dans l'instant, pourquoi Elle était allée dormir dans son lit. Présage de l'impossible.. Pendant dix ans, nous ne dormirons jamais ensemble. C'était trop compliqué de dormir avec moi dans le même lit.

 

Étrange fille.

 

Qui aimait plus que tout faire l'amour et s'y abandonnait sans retenue, sans limite, avec fureur et qui hurlait, avec du désespoir, mon nom dans son plaisir en me serrant dans l'étau de ses cuisses contre ses seins.

 

Mais qui ne voulait pas de l'amour. Qui me répondait quand j'osais lui dire je t'aime, non, il ne faut pas le dire, il ne faut pas que tu m'aimes. Tu ne dois pas. Il ne faut pas m'aimer. Je ne veux pas. Et Elle me quittait, Elle s'enfuyait.

 

Ses seuls mots n'ont jamais été que j'ai envie de toi.

 

Je l'aimais. Je n'y pouvais rien, je l'aimais. Elle. Et je crois que je lui faisais peur.

 

J'attendais je t'aime.

 

Jamais venu.

 

Malgré tout, j'ai vécu sous ce soleil qui ne se couchait jamais sur mes rêves d'Elle.


Et un jour, la chute d'Icare.

 

J'ai brisé le soleil.

 

Je m'y étais trop brûlé les ailes.

 

Posté par fsetrin à 11:38 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

14 juin 2018

MARY DORSAN / UNE PASSION POUR LE Y

41ZwrRmztIL

Voilà, un beau livre. C'est à dire un livre qui vous prend à la gorge, vous tient par les cheveux, ne vous lâche pas et dans lequel vous errez, vous vous perdez, il n'y a jamais de repère dans l'univers des fous, et dont vous sortez à regret la dernière page lue.

Le monde de la folie, de l'irréparable folie. Deux personnages, l'homme aux cheveux noirs et la femme aux yeux verts. Un dialogue qui se noue entre ces deux êtres confrontés à la folie, à leur folie. Entre un grand délirant et une infirmière en psychiatrie, l'angoisse de l'un répondant à celle de l'autre. L'un dit beaucoup, l'autre dit en points de suspension. L'un et l'autre frappés violemment par l'insupportable et douloureuse folie.

Les questions qui taraudent tout infirmier psy digne de ce nom. Comment ne pas se laisser envahir par ses sentiments, ses émotions quand on est soignant ? Comment écouter le délire sans le fuir et sans s'y noyer ? Où est la frontière entre le spignant et le soigné ? Comment soigner quand on est écrasé par une administration obtuse qui ne pense qu'en termes de rentabilité, d'économie de moyens, de traçabilité, obsédée par les « bonnes pratiques » ? Comment se situer dans une équipe dite soignante aux ordres, abritée derrière les protocoles, les écrans d’ordinateurs ? Dans une politique de soins qui privilégie le technique et néglige, voire oublie, l'humain ? Avec quelles armes se battre contre un système qui, de plus en plus, broie les plus faibles et les plus démunis alors qu'il devrait les épargner, les protéger ? Que faire de sa révolte que les textes vous interdisent d'exprimer ? Comment vivre avec sa propre folie ? Comment ne pas être brisé par un métier difficile et pénible à cause des conditions dans lesquelles on est contraint de l'exercer ?

Mary Dorsan, infirmière en psychiatrie connait son sujet. Elle en parle avec une grande sensibilité. Sont tour de force est bien d'écrire avec beaucoup de poésie sur l'univers psychiatrique qui en manque singulièrement. D'y faire montre de beaucoup d'humanisme dans un milieu qui en est dépourvu parce qu'on ne soigne plus la folie, on la gère. Vous avez envie d'en savoir davantage sur la prise en charge de la folie fans notre société ? Laissez tombez les ouvrages scientifiques et / ou militants. Lisez ce roman.

L'infirmier de secteur psychiatrique que je fus a aimé ce livre qui pourtant lui a fait mal. Parce que il est aussi une démonstration lucide, révoltée, brillante, qu'en psychiatrie, l'humanité a été effacée par les gestionnaires avec, souvent, la complicité des soignants.

Posté par fsetrin à 09:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


12 juin 2018

DANIEL PENNAC / MON FRÈRE

41a964w8KQL

« Je ne sais rien sur ce frère mort si ce n'est que je l'ai aimé. »

 

En une phrase, Pennac a tout dit de son livre.

 

Ses deux frères son morts. Le livre d'un orphelin de frères. Et il est des absences qui pèsent très lourd. Surtout le grand frère, si proche, si protecteur. Presque un père.

 

Et qu'il faut tenter de retrouver. Alors, il met en scène le livre de Melville, Bartleby. Qu'il joue tous les soirs en pensant à ce grand frère à qui le spectacle aurait plus, auquel le spectacle plairait. Car c'est pour lui et pour lui seul qu'il joue.

 

Un livre ? Non, une déclaration d'amour à ce frère chéri qui est mort et qui manque, qui manque terriblement. A ce frère qui lui a donné le goût de lire et d'écrire. Ce frère qu'il n'a finalement pas connu, parce que l'on ne connait jamais l'être le plus proche de soi, son frère. Avec le quel tous les rêves communs n'ont pas été réalisés. Parce que croit-on, on a la vie devant soi. Jusqu'à ce que le mort survienne. Entre les deux frères et l'histoire de Bartleby, tout l'absurde dérisoire et tragique de la vie.

 

Un livre superbe, émouvant écrit avec beaucoup de pudeur, voire de retenue, on ne se dit jamais je t'aime entre frères, même post mortem. Surtout dans une famille on l'on parle beaucoup mais surtout pour ne rien se dire vraiment. Mais l'amour fraternel permet de comprendre de très subtils non dits.

 

Moi, je préfère l'avoir lu.

Posté par fsetrin à 10:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 juin 2018

CONRAD / LA LIGNE D'OMBRE

La-ligne-d-ombre

Dans un port d'Extrême Orient.

 

Un jeune officier de la marine marchande décide de quitter le métier dont il croit tout connaître et n'a plus qu'un désir, rentrer en Angleterre. Mais, par un coup du hasard, virage à 360°. Il accepte de prendre le commandement d'un trois mats. Son premier commandement.

 

Il est mal accueilli par le second, personnage énigmatique, hanté presque jusqu'au délire, par le fantôme de l'ancien capitaine mort fans de bien étranges circonstances.

 

Il va devoir tout de suite affronter deux problèmes de taille. D'abord à une absence totale de vent qui l'immobilise et on ne sait pas pour combien de temps et ensuite à une fièvre tropicale qui décime son équipage.

 

Ce n'est pas l'un de ces récits d'aventures maritimes qui a bercé mon enfance. C'est la narration d'un inquiétant et oppressant, d'un presque insupportable mais tellement prenant pour le lecteur, d'un huis clos absolu au milieu de la mer de nulle part. Huis clos dans lequel le narrateur franchit cette ligne d'ombre, c'est à dire, selon Conrad, le passage de la jeunesse insouciante et confiante à l'âge d'homme, de l'homme inquiet face à son destin et à sa solitude existentielle. C'est aussi une belle histoire d'hommes pour laquelle Conrad s'inspire de sa propre expérience, dans laquelle il frôle la ligne du fantastique sans jamais se laisser aller à la facilité de la franchir.

 

J'ai replongé avec délices dans les territoires de cauchemar de ce roman sombre et inquiétant. Dans ce court roman, un authentique chef d'oeuvre. Servi par l'écriture magnifique d'un Conrad au sommet de son art.

 

Alors plutôt que de lire une de ces merdes que l'édition nous propose pour « nos lectures de plages »...

 

Posté par fsetrin à 13:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

PERSONNALITÉ

cr

Qui suis – je ?

 

Elle m'a demandé, le docteur.

 

Qui suis-je ?

 

Malgré tes yeux en rayons X tu n'en sauras jamais rien docteur. Personne, jamais n'en saura jamais rien. Je suis tellement transparent, personne ne me peut voir à travers. Qui je suis, c'est mon secret bien enfermé dans un coffre fort au fond de ma poitrine.

 

Je suis une créature qui brûle dans sa bauge et promise à la disparition par dissolution lente. Ma bauge où je me chie dessus comme un vieux singe incontinent. Et ça me fait rire. Je ris. Je ris du rire de ces têtes de morts traversées par des araignées luminescentes que je caresse de mes mais percées avec des idées où le nord s'est perdu.

 

Je suis un marcheur automatique sur un chemin de croix entre le dixième et le trentième étage d'un ciel qui prend l'eau jusqu'au naufrage. Dans un ville qui dégouline des cris convulsifs de la démence qui alourdit mon corps et emmêle dans mon cerveau les sirènes des ambulances et celles de la police.

 

Je tiens encore debout. Mais je vacille contre les murs du brouillard. Un couloir interminable qui ne débouche sur rien.

 

Un jour, je couperai le courant à tout ça.

 

Ce sera la fin définitive du jour et le début pour toujours de la nuit.

 

Un endroit où je pourrai me poser nu.

 

Rien à craindre.

 

Finies,

 

ces voix qui me parlent depuis mes yeux depuis les étoiles clignotantes à des années lumières.

 

Posté par fsetrin à 12:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 juin 2018

LE MOINE MÈCHE DE LAMPE

C_Le-Moine-Meche-de-Lampe_2093

Ce petit roman chinois est un vrai plaisir de lecture.

 

De quoi s'agit-il ? D'un moine qui jaillit d'une mèche de lampe, d'où le tire éponyme, qui modifie sa taille comme il veut pour se glisser dans le lit ou les culottes des dames (aux moments les plus inattendus). Si vous avez du mal à imaginer les possibilités que peut offrir aux dames ce sacré moine, l'auteur, lui, n'a aucun mal à vous décrire les situations les plus incroyables et franchement scabreuses. Et le moine et ses conquêtes, qu'il investit sans scrupule, sans toujours leur demander leur avis, mais elles ne vont pas aller le dénoncer pour harcèlement, s'en paient de sacrées tranches.

 

Tout à la fois d'une vitalité exubérante, d'une sensualité exubérante, d'une description qui va parfois jusqu'à la pornographie, le style est cru mais jamais vulgaire, et même au détour de telle ou telle page délicatement poétique. Les scènes se succèdent à un rythme échevelé. Y défilent des femmes respectables mais infidèles qui s'abandonnent frénétiquement aux plaisirs de la chair avec délectation, de jeunes vierges qui se font déflorer avec délices, de maris trompés et de pères roulés dans la farine (depuis La Fontaine ont sait comment l'esprit vient aux filles), de portes qui claquent. On se croit parfois dans un vaudeville. Car l'humour n'y est jamais absent.

 

Le tout avec en toile de fond une critique de la société mandarinale en déliquescence et de ses travers, une revendication pour la liberté sexuelle des femmes, la contestation de la famille chinoise qui, au XVII° siècle ne reposait déjà plus que sur des règles totalement rétrogrades et obsolètes.

 

C'est jubilatoire, explosif, jouissif à perdre son souffle à suivre ce moine à géométrie variable.

 

Ah ! Si Mao et ses sbires s'étaient inspirés de ce livre pour faire leur révolution culturelle, le visage de la Chine, et la face du monde, en auraient été changés.

 

Vous, vous serez régalés.

Posté par fsetrin à 11:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 juin 2018

LE COMPULSIF

cr

Sa vie ?

 

Des décennies uniquement consacrées à toutes les variations possibles et imaginables d'un thème unique, le sexe.

 

Le sexe, la baise, la baise, le sexe.

 

Une obsession, baiser et se faire baiser.

 

Et jamais rien d'autre entre le bonnet et le caleçon et inversement.

 

Il a longtemps cru trouver la réponse en changeant de lit, en changeant de corps, en changement de positions. En changeant aussi souvent de sexe. Tout dépendait de l'arrivage.

 

Ses conquêtes n'étaient qu'un empilage désordonné et nerveux sous la poussière de l'oubli.

 

Ce n'était ni par désir ni pour le plaisir. Seulement incontrôlable. Le désir, un insignifiant feu de paille.

 

Quant au plaisir... Ou alors une jouissance furtive de chasseur qui tient sa proie égorgée entre ses dents et dont il va très vite recracher le sang dans le premier fossé venu.

 

L'orgasme ? Une concept abscons, l'inconnue d'une équation dyscalculique sans aucune solution. Le mythe suspect d'un improbable nombre d'or.

 

Souvent réduit à une éjaculation précipitée pour s'en débarrasser au plus tôt en espérant se vider pour mieux se remplir.

 

Conscient de rester coincé pour l'éternité dans sa névrose de compulsion sexuelle.

 

Et s'il lui arrivait, par distraction, par oubli de soi, par distraction de songer à l'amour, il n'en a jamais rêvé, le dégoût de soi était invariablement plus fort que la bandaison.

 

Au terminus, il est fatigué, las de vivre.

 

Usé jusqu'à la corde.

 

Marre de lui.

 

Posté par fsetrin à 18:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]