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Nous écrivons.

 

Une histoire très simple au fond. Banale. Mais une histoire. Notre histoire. Car nous avons une histoire. Tant de gens n'ont pas d'histoire et je ne suis pas certain qu'ils soient réellement des gens heureux. Je ne suis pas sûr que nous soyons des gens heureux. Mais nous avons une histoire.

 

On s'est connus, un soir de fin d'automne ou de début d'hiver, sous la pluie d'octobre ou de novembre. Et nous nous sommes raconté nos vies. Il y avait de quoi noircir des pages et des pages.

 

Et l'envie imprévue d'écrire à quatre mains mélangées.

 

Une histoire simple marquée d’empreintes ineffaçables du passé, des coutures maladroites, des sutures mal ficelées. De cicatrices encore sanglantes. Dévoilées sans demande de soin.

 

Nous avons nos ratures, nos coups de gomme, nos coups de gueule de bois, nos coups de folie furieuse. Nous frôlons l'iceberg du naufrage pour l'amour, le plaisir et le bonheur du risque de se fracasser la tête, le cœur et le corps.

 

Nous sommes déjà souvent tombés pour un mot ou une virgule mal tracés, un désir décalé, un baiser mal à propos sur un oreiller d'insomnie, à en croire le livre définitivement clos quand ce n'était que la fin d'un chapitre.

 

Trois rien et moins que ça.

 

Mais nous avons le sens de la dramaturgie et de la mise en scène.

 

Et puis, le fulgurant plaisir inattendu d'être ensemble, de rire en picolant ou en faisant l'amour ou en attendant ce train qui nous conduit nulle part. Mais nulle part, c'est déjà quelque part.

 

Alors, si tu le veux, on écrira encore même si ça nous fait mal, même si on se fait mal.

 

On se trompera encore souvent de route mais on s'en foutra.

 

Parce qu'on s'aimera par petits poèmes interposés.

 

Pour escroquer ce putain de désespoir de vivre.