dietro-le-sbarre-1-donne-detenute

 

Quarante ans de carrière en psychiatrie.

Soixante ans de vie sous le signe ineffaçable de la dite psychiatrie.

Mais je me fous totalement de la psychiatrie.


C'est quoi la psychiatrie ? Un ensemble de tableaux cliniques, un tableau de plus en plus large de la pathologie mentale, aujourd'hui grâce au DSM, on est tous, chacun de nous, plus ou moins assurés de souffrir de troubles mentaux. Auxquels il faut associer, c'est parait-il indispensable un suivi auprès d'un psymachinchose dont l'essentiel du boulot sera de vous prescrire un psychotrope quelconque pour la plus grande richesse de l'industrie pharmaceutique et le gonflement de son tiroir caisse. La chimie est en train d'enfermer toute l'humanité derrière le rideau de fer d'un totalitarisme ni rouge ni brun mais d'un blanc médical. On tend vers une aseptisation des cerveaux comme celle des blocs chirurgicaux.

 

Ce qui m'a intéressé et qui me passionne encore, c'est la folie dans son entièreté, le fou dans son étrangeté.

 

La folie n'est pas un monde, mais une galaxie d'univers qui méritent tous d'être explorés en sachant que jamais, et heureusement, on en atteindra la moindre limite. C'est un voyage fantastique aux confins de la raison raisonnante, de ce qui est admis comme étant la normalité, au delà de tous les repères admis comme indépassables si l'on veut raison garder.

 

La raison ! On dit que des fous qu'ils ont perdu la raison. Mais quelle raison ? Les fous ont leur raison, leur logique, leur vision du monde, d'eux mêmes et des autres qui leur sont propres à chacun d'eux. Comme elles devraient l'être à n'importe lequel ou laquelle des gens dits normaux Ce sont sans doute les derniers qui résisteront à cette volonté d'uniformisation qui caractérise nos sociétés libérales avancées.

 

Choisir le chemin de la folie serait-il désormais la seule voie sinon de la révolution, du moins celle de la révolte ? De la rébellion contre l'ordre établi ?

 

Je sais bien, par expérience que la folie est rarement un choix, qu'elle est douloureuse, parfois intolérablement douloureuse, qu'elle peut être mortelle. Mais ne le serait-elle pas moins si, au lieu de vouloir l'anéantir, on tentait d'encourager et d'aider le fou à accepter et apprivoiser sa folie ?

 

Si on acceptait le fou dans son étrangeté, la folie dans son entièreté ?