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Ce fut au fond, d'abord, une lettre de rupture que ce livre, comme il s'en écrit dans les couples où ni l'un ni l'autre n'ont plus rien à donner ni à recevoir et qu'il vaut mieux tout arrêter plutôt que de gâcher une histoire qui fut belle.

 

Une fois constatée l'usure du temps, mieux vaut que chacun reprenne ses billes et parte de son côté, sans regard en arrière, sans regret, sans remord puisque que l'on s'est mutuellement donné tout ce que l'autre était capable de recevoir.

 

Après quarante de vie commune. On a le temps de prendre des habitudes. Il y avait de plus en plus d'habitudes. Il me surprenait de moins en moins. Comme une routine entre nous alors que nous avions vécu le pire comme le meilleur avec la même intensité.

 

Et je le reconnais, je ne le supportais plus comme on ne supporte plus une femme jadis belle et d'agréable compagnie mais qui en vieillissant tombe en décrépitude et devient acariâtre. Ça devenait douloureux pour moi.

 

Alors, j'ai écrit un livre.

 

Comme une lettre de rupture sous la forme d'une dernière déclaration d'amour. Pour finir envers et contre tout en beauté cette histoire qui fut la nôtre. Pour lui expliquer que je le quittais parce que je l'aimais, que je le quittais avant de le détester. Avant d'en être dégoûté pour toujours et rester sur une impression désagréable, une saveur amère, et des regrets par milliers. J'ai rompu pour continuer à l'aimer.

 

Il me ne restait plus qu'à en faire mon deuil.

 

A chacun sa façon de faire son deuil.

 

Certains vont à la pêche à la ligne pendant que d'autres cultivent leur jardin. Et que sais-je encore ?

 

Moi, j'ai écrit un livre pour faire mon deuil de ce métier que j'ai aimé, pratiqué avec passion et que, un dernier jour d'avril j'ai quitté pour toujours. Sans tambour ni trompette, sans cette cérémonie funéraire que l'on appelle pot de départ. Personne n’était mort. Tout cela ne méritait pas un requiem.

 

Pour en faire mon deuil, j'ai écrit un livre.

 

Acta fabula est.

 

Une fois le rideau tombé sur la dernière scène, après la dernière réplique, au delà des coulisses, la vie continue.