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Un bel endroit, le cimetière du Sud, qui incitait à la réflexion.

Et au suicide.

Mon suicide.

 

A quoi et à qui servait ma vie ?

A quoi ça me servait de vivre ?

Ni moi ni personne n'y trouvait une quelconque utilité.

Ma disparition ne changerait pas la face du monde.

 

Puisque ma mort avait été toujours programmée, avant même ma conception et que je n'avais aucune envie de finir en vieux tas d'os parkinsoniens et incontinents, autant mourir vite, bien, et jeune. Avec un corps encore esthétiquement en bon état et de mon plein gré.

 

Avant trente ans.

C'était la limite indépassable.

Après ce cap fatidique, on apercevait les rochers de la décrépitude, du délitement, de la mémoire qui flanche, du sexe qui fout le camp.

A vingt cinq ans, tout était vu, senti, compris, dit et baisé.

Le bel âge pour tirer ma révérence mais ce serait peut être avant.

 

Alors, c'était à moi, seul, de faire tomber définitivement le rideau. Mais pas n'importe où, n'importe quand et avec n'importe qui. A l'écart des deux autres cafards. Deux tâches sur une éternité que je voulais impeccable, immaculée.

 

Le scénario avait été écrit depuis longtemps.

Ni difficile, ni long, ni douloureux.

Un premier novembre, le jour idéal.

J'en avais rêvé un million de fois.

Je me levais de mon lit, j'ouvrais la fenêtre et je me laissais glisser, la tête en avant comme un bébé en train de naître.

Pour tomber dans le cimetière couvert de chrysanthèmes.

Un vol plané, une dernière masturbation, une ultime fumette et un orgasme cosmique. Le premier et dernier de ma vie dans le baiser de la mort.

Aux pieds du sourire d'Adèle Z.

 

Ma vie était moche. Ma mort pourrait être belle. Ne rien faire de ma vie mais faire quelque chose de ma mort.

Une sortie flamboyante, un jour de gloire dont les deux grenouilles hypocrites feraient un jour de deuil.

Ma consolation, mon rachat au point originel.

Mon apothéose.

 

Parce que la mort sauvait de tout et surtout des vivants.