8636995_la-cour-des-miracles-21x29-7

 

Je les vois, là, dehors, ils tapinent sur les trottoirs, offrant au premier regard venu leurs moignons et, indécence suprême, leur âme scrofuleuse mise à poil en attendant l'improbable miracle d'un roi guérisseur d'écrouelles.

 

Je les regarde, tous, toutes, les mendiants de l'amour, les SDF de l'affect, les handicapés de l'émotion, les paralytiques du désir qui se trainent avec leurs béquilles, leur fauteuil roulant, leur déambulateur.

 

Tous crevards, pornographes chômeurs de l'orgasme qui me reprochent, sur tous les réseaux sociaux, ma jouissance honnêtement gagnée à la force du poignet et en me sortant les doigts du cul.

 

Tous ceux qui, dans leurs haillons de pauvres en esprit, me tendent la main en faisant des mines pour essayer de me faire pleurer, qui me jettent sans honte, leurs misère en pleine gueule, qui crachent à mes pieds , qui me vomissent leurs lamentations sur les chaussures.

 

Ils s'étalent sur le trottoir, la tripaille à l'air sous la chemise en loques des suppliants, des quémandants, dans leurs chaines d'esclaves consentants, ces crève la faim qui ne ripaillent jamais mieux que lorsqu'ils ont décidé qu'eux seuls portent toute la misère du monde sur leurs épaules.

 

Quelle cour des miracles !

 

C'est dégoûtant ces plaintes et ces plaies exposées en public, là en plein soleil.

 

C'est une insulte à la lumière, au ciel, une injure faite à la vie.

 

Je n'ai pas de compassion. On dit que j'ai un cœur de pierre. Erreur. J'ai des sentiments.

 

Pour preuve :

 

je hais les mendiants.

 

C'est un sentiment la haine, qui vaut autant que l'amour et la fraternité universels derrière lesquels se cachent tous ces frigides du cœur.