Le_Diable_-_Asmodee_-_Rennes-Le-Chateau_en_1990

 

Il ne leur suffisait pas de me concevoir et de me faire naitre. Il fallait en plus qu'ils me fassent baptiser.

 

Alors, ils ont déversé des vagues de miserere et prends pitié de lui Seigneur, pardonne lui.

 

Mais me pardonner quoi ? Le simple fait d'être né ? La faute à qui ? C'était plutôt à eux de se faire pardonner de m'avoir imposé cette absurdité de vivre, de n'avoir plus su, un court instant, ce qu'ils faisaient.

 

C'est dans le cul poussiéreux d'une église toujours pucelle depuis le XII° siècle, dans la géométrie funèbre et funeste de l'ombre de la croix qu'ils ont décidé de faire décaper, par un professionnel de la chose, mon âme des couches accumulées depuis le commencement des temps de péché originel pour que je puisse entrer presque propre dans la communauté des damnés du ciel.

 

Baptisé de vinaigre sur le front et de sel sur la langue entre deux Marie pleine de grâce

 

par un curé transsexuel puceau, refoulé et auto flagellateur qui souffrait le martyre dans son corps torturé par ses désirs coupables. Se faire sodomiser par ce marin bien membré qu'il avait rencontré dans un bar à homos et dont, du bout des doigts, en rougissant et le cœur prêt à exploser, il avait osé effleurer la queue.

 

C'est ce curé honteux de lui-même qui me demandait de renoncer à Satan, à ses fastes et à ses tentations. Par personnes interposées puisque je n'avais acquis ni le langage ni la possibilité de faire un choix. Si j'avais été apte à comprendre le sens de cette comédie et tout son ridicule, j'aurais déposé dans mes couches une belle merde bien nauséabonde pour leur dire ma façon de penser. C'est sans doute pour cela qu'ils baptisent très vite les nouveaux nés. Avant qu'ils puissent exprimer ce qu'ils pensent. Et qui ferait désordre dans les famille. Imagine-t-on un enfant répondre aux questions rituelles du curé va te faire foutre ? Ce serait pourtant un acte de salubrité personnelle. De liberté individuelle.

 

Ils m'ont consacré à leur dieu que je ne connaissais no d'Ève ni d'Adam et dont ils me menaçaient à tous propos. J'ai fini par en concevoir une véritable terreur de ce vieillard chenu et barbu qu'ils me disaient omnipotent et omniscient.

 

Mon sang en est devenu imbuvable et ma chair trop acide.

 

Un sang et une chair de maudit de la terre qui, entre le néant qui précède la naissance et le néant qui succède à la vie, erre à la recherche du sens de l'orgasme, cette petite consolation qui nous serait offerte par un diable compatissant et interdite par un dieu pervers.

 

Un maudit de la terre à la chair condamnée, au sexe brûlé vif.

 

Un maudit de la terre livré à peine né, à l'enfer d'ici bas.