17 janvier 2020

QUARTIER DU PORT

Je m'appelle Héléna. J'ai vingt et ans.   Je vis sous les toits d'un vieil immeuble qui menace ruine, propriété d'un salopard de marchand de sommeil. Appartement meublé avec vue sur la mer, aux portes du centre ville et à deux pas du port dans une résidence sécurisée. C'est à dire qu'il faudrait taper un code pour entrer si la porte fermait correctement. Idéal pour étudiant(e) annonçait l'agence immobilière qui n'avait reculé devant rien pour louer son taudis.   Rue saint Firmin.   C'est à dire la rue la plus... [Lire la suite]
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28 décembre 2019

Le Port

  Je m'appelle Héléna. J'ai vingt et ans.   Je vis sous les toits d'un vieil immeuble qui menace ruine, propriété d'un salopard de marchand de sommeil. Appartement meublé avec vue sur la mer, aux portes du centre ville et à deux pas du port dans une résidence sécurisée. C'est à dire qu'il faudrait taper un code pour entrer si la porte fermait correctement. Idéal pour étudiant(e) annonçait l'agence immobilière qui n'avait reculé devant rien pour louer son taudis.   Rue saint Firmin.   ... [Lire la suite]
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23 décembre 2019

POST MORTEM

Rue saint Firmin. La rue la plus pourrie du quartier, celui du port, le plus pourri de la ville. Une rue aux poubelles dégueulantes, aux putes usées par des années de trottoir, aux sex shops miteuses, aux chiens galeux, aux chats pelés, tous grands chasseurs des rats qui la traversent d'un bouche d'égout à l'autre en se dépêchant. Où l'on risque à chaque pas mettre les pieds dans la merde ou une vieille capote pour une glissade vers l'eau portuaire puante.   Sous les toits d'un immeuble lépreux qui menaçait ruine, propriété... [Lire la suite]
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06 décembre 2019

PHOTOGRAPHE

Tu me disais que, nue, j'étais le plus bel objet photogénique que tu pouvais avoir à portée d'objectif.   Tu m'as tiré dix mille fois le portrait, sous tous les angles, en me faisant prendre toutes les positions possibles. Chez moi, on écoutait les opéras de Puccini. On connaissait par cœur Tosca et Turandot, tes préférés. On les chantait dans le texte. Souvent aussi dans les endroits les plus inattendus. Le cimetière, entre les bateaux rouillés dans la partie abandonnée du port, entre deux vieilles putes de ma rue qui nous... [Lire la suite]
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04 décembre 2019

LE LIVRE ET MON PERE

  Je le regarde, je le touche, je le feuillette. Distraitement puisque je sais ce qu'il y a dedans et pour cause, j'en suis l'auteur. Et je pense. Pourquoi et pour qui l'ai écrit et publié pour qu'il soit lu, ce livre. Mon livre. Pour porter témoignage de ce métier si particulier qui a fait de moi, comme des autres, un être un peu à part du reste de l'humanité, infirmier des fous. Un métier que j'ai aimé pratiquer quatre décennies durant. Pour laisser une trace à mes enfants. Pour mon père à qui je l'ai dédié in... [Lire la suite]
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03 décembre 2019

L'IDIOT UTILE

Matin de novembre. Hôpital catholique saint Juste. Une vieille bâtisse du XIX° siècle, une grande et solide maison bourgeoise vendue par un héritier fin de race, dégénéré et ruiné. Hôpital catholique à vocation psychiatrique. Avec une unité pour adolescents à problèmes. Avec un S à problèmes parce que tous autant qu'ils sont ils en trimballaient un sacré paquetage de problèmes. Moi j'étais là, disaient-ils, pour guérir. Mais guérir de quoi ? Je n'étais pas malade !   Matin de novembre dans un temps de novembre. ... [Lire la suite]
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25 novembre 2019

L'AMOUR

Un jour, ou peut être dans la nuit, je ne me souviens pas, tout ce dont je me rappelle c'est qu'il faisait sombre. On marchait à l'extrême bord du quai, au risque de tomber dans l'eau mazoutée et ne pas en revenir. Un jeu comme un autre qui nous faisait rire. Un jour donc ou peut être dans la nuit, tu m'avais demandé pourquoi, Héléna, pourquoi as-tu si peur de l'amour ? Jusqu'à la crise de panique ?   Pourquoi avais-je peur de l'amour ? On pouvait parler même de terreur.   Parce que j'avais peur des... [Lire la suite]
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15 novembre 2019

LE MIROIR

Je nous regardais, dans le mauvais délice de la joie du désespoir, tu t'en souviens, droit les yeux dans les yeux, au creux du miroir en face de mon lit. Un vieux miroir miteux et bancal qui fixait sans indulgence deux contrefaits infirmes totalement nus, sans consistance. C'était dans les soirs où la misère d'exister dans notre chair nous pulvérisait les os. Tu vois, c'est un de ces soirs là que l'on aurait dû se prendre par la main et sauter. Là bas, au bout du quai, le port était assez froid, assez profond et froid pour... [Lire la suite]
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05 novembre 2019

CHANT I D'HELENA

Tu es là, debout sous la pluie, les pieds dans la glaise. Indécollable. Dans la boue jusqu'aux yeux. Sous la pluie du ciel qui te pisse dessus comme un chien. Le ciel est un chien et je hais le ciel sous lequel je devenais folle.   Je suis morte.   Ton poème de Baudelaire, comme tu m'appelais, est parti. Envolé dans un nuage de benzodiazépines et de vodka.   Avant qu'ils n'enferment mon corps dans une boite, tu as refusé de le voir, mon corps couché sous un drap blanc qui n'en cachait rien.   Je suis... [Lire la suite]
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28 septembre 2019

LES HYENES

Oui Héléna, oui mon amour, comme toi, j'ai eu un père. Mais pas longtemps. Juste les premières heures de mon existence. Ce n'est pas beaucoup pour avoir un père. Je suis orphelin de père quasi de naissance.   Et dans mes dix neuf ans de vie je ne l'ai jamais prononcé ce mot tellement banal pour tellement de fils et de filles qu'ils le disent sans y faire attention. Mais qui pour moi restera pour toujours tellement étrange. Papa.   Mon père. Qui est cet homme, mon père ? Je ne sais pas.   Un... [Lire la suite]
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