kauerndes-maedchen

Ils s'étaient rencontrés.

Dans un bistrot de nuit, de nuit sous la poussière de la mélancolie qui ne veut plus être du désespoir. Quand il n'y a rien d'autre à faire qu'à y entrer et pour oublier en picolant le jour qui viendra. Picoler entre chiens mouillés de malheur qui se cherchaient une niche provisoire pour s'abriter un peu de la lumière artificielle. En se léchant le cul les uns les autres. C'est la tradition dans une chienne de vie.

 

Ils s'étaient offert des bières en attendant que ça passe.

Et puis, appuyée au comptoir, du bout des doigts, elle lui avait demandé du sexe.

Comme elle aurait demandé la lune à un étranger au coin d'une rue.

Une mendicité comme une autre.

Quand on est pauvre, on tend la main pour ne pas crever.

 

Alors, elle l'avait pris par le cou pour l'emporter chez elle.

Pour baiser.

Une copulation mécanique à éjaculation rapide et automatique.

Dans l'indifférence.

 

Il s'était levé pour fumer une clope à la fenêtre en l'observant.

Elle restait allongée, nue, silencieuse, immobile.

Et il eût une étrange idée...

 

Etait-elle morte ou vivante ?

 

Il l'aurait préférée morte.

Morte, il aurait pu l'aimer.

 

Elle vivait.

Il la voyait respirer dans son sexe noir entre ses cuisses d’albâtre d'anorexique.

Inquiétante créature que ce sexe.

Un monstre.

Un monstre capable de se métamorphoser en fleur pour le pousser au suicide, au meurtre ou à l'auto castration.

Pour se nourrir de lui, le ronger du dedans comme un cancer.