La-tarnowska

Visconti devait faire un film de l'histoire de la comtesse Maria Tarnowska.
Il ne l'a jamais tourné, dommage.

Elevée dans un manoir perdu au fin fond de la Russie par un père tyrannique et glacial, aveugle une partie de son enfance, considérée comme folle.

Elle a ruiné des hommes, certains se sont suicidés à cause d'elle. Elle sera jugée et condamnée pour meurtre. Son procès sera l'un des premiers à faire appel aux experts psychiatres, suivi par le monde entier, a défrayé la chronique, a fasciné toute l'Europe.

Victime de la tyrannie des hommes, jamais vraiment sympathiques même Andreï le moins pire de tous, les hommes pour la plupart odieux ou femme fatale qui s'accroche à ses proies et ne les lâche que lorsqu'elle les a détruites ?

Je n'en ai, quant à moi, pas la vision romantique de la femme fatale.

Le personnage est trop riche, trop dense, trop complexe pour cela.

Est-elle perverse ? Je crois plutôt qu'elle se saisit de la perversité de ses amants pour mieux les punir et les détruire. Ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Chez elle Eros et Thanatos se confondent allègrement.

Tandis que son double au masculin, Andreï, moine dominicain lutte, croit lutter contre le mal et délivrer Maria de ses démons. Illusion d'un amoureux abandonné jadis et toujours désesp&éré.

Pour la Tarnowska l'homme, le mâle, est un animal nuisible, dangereux envers lequel elle est impitoyable. Cet homme dont généralement elle ne jouit pas, à deux exceptions près, et qu'elle ne supporte sur et en elle qu'à grands renforts de cocaïne.

N'est-ce pas ce père dont elle aurait sans doute tellement être aimée, qu'elle cherche à punir et à détruire ? Ce père qu'elle soupçonne qu'il ait voulu la priver, croit-elle, de vision toute son enfance.

Le dossier psychiatrique de la comtesse mériterait plusieurs volumes pour être complet, et encore !

Dans cette histoire pas un protagoniste n'est simple. Ils sont tous, même les plus secondaires, richement névrosés voire plus.

Hans Habe s'est emparé de la vie de Maria Tarnowska, qui, pour ceux qui est en douteraient est un personnage réel, pour en faire un livre certes épais, un peu comme un roman, quel hasard, russe, mais avec lequel je ne me suis jamais ennuyé.

J'aurais aimé rencontré la Tarnowska. Je m'y serais peut être, sans doute, brûlé les ailes.

A mon supplice, désormais mon délice, j'aurais obéi comme un prédestiné pour paraphraser Baudelaire.

Cette femme st tellement dangereuse que même au delà des années, post mortem, dans les pages de Habe elle exerce toujours son pouvoir vénéneux. Ou c'est Habe qui est dangereux. Parce qu'il écrit trop bien.

Et qu'on ne peut pas le lire sans tomber amoureux fou, mais on ne peut qu'en devenir fou, de LA Tarnowska.