La-route-de-Los-Angeles

Bandini, Arturo de son prénom, c'est l'alter ego de John Fante, enfant d’immigrés italiens misérables pour lesquels le rêve américain fut un cauchemar et dont on a refusé le premier roman.

Bouffi d'orgueil, bouffeur de curé, ne respectant rien ni personne excepté lui même, lâche, hypocrite, menteur, imbu de sa personne, ne doutant pas un instant de son génie littéraire que personne en comprend, gratuitement cruel (son après midi à assassiner les crabes vaut son pesant d'or), méprisant les femmes qu'il n'ose pas aborder et qui sont toujours décrites comme des êtres grotesques de faiblesse et de bêtise, raciste, le personnage qui lit Nietzsche sans rien y comprendre est à priori peu sympathique.

Tous ses défauts ne sont que des sursauts de son désespoir.

On ne peut s'empêcher de trouver souvent éclatant, hilarant, pathétique dans sa rage de vivre et de réussir, même si au fil des pages on se met à douter de sa santé mentale, ce fils d'immigrés italiens misérables qui veut sa revanche sur cette Amérique vulgaire, raciste, mal élevée, qui laisse crever la bouche ouverte tous les laissés pour compte qu'elle sécrète. Confronté à une hideuse réalité, il fuit, il fuit dans ses rêves qu'il prend souvent, trop souvent, pour la réalité. (Cf les femmes sur papier glacé)

Fante n'écrit pas, il éructe bruyamment sa révolte avec une énergie incroyable dans un livre percutant et puissant.

Difficile de résister à un tel tourbillon. Et c'est sacrément bon. Touché/coulé en plein cœur. Je reprends la route de Los Angeles dès que possible. A suivre Bandini le looser qui fuit une réalité d'échecs, de misère, de frustrations qui lui colle aux basques.

La route de Los Angeles a été publiée après sa mort quand sa femme en a retrouvé le manuscrit en rangeant les papiers de feu son mari. Ce premier roman choquait sans doute les éditeurs de la prude et vertueuse Amérique.