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Une famille d'émigrés italiens, des ritals endettés jusqu'au cou, que l'hiver a réduit à la pauvreté, le père maçon ne pouvant pas travailler par grand froid. Une mère amoureuse passionnée que l'on devine lascive, entièrement dévouée à son mari adultère (peut être pour goûter un peu au luxe et à la richesse) et à ses fils. Et trois fils qui vivent comme ils peuvent, impuissants contre la misère noire et l'explosion du couple parental.

Les Bandini, malgré tout une famille de crève la faim et de comédie italienne qui vaut le détour. Des personnages finalement tous plus attachants les uns que les autres, excessifs et tourmentés. Ecrasés sous le poids de la religion culpabilisante.

Les Bandini humains, simplement humains.

Personnage central, Arturo, l'ainé qui détruit d'une main ce qu'il construit de l'autre, amoureux désespéré de la belle, et sans doute riche Rosa qui le méprise. Qui oscille entre la haine et l'admiration pour son père, l'amour inconditionnel et le mépris pour sa mère. Quant à ses frères, il a du mal à les supporter mais il les aime et les protège. Révolté, rebelle, ambivalent pétri de contradictions, traversé d'émotions et de sentiment violents, dont l'apparente assurance inébranlable dissimule le manque de confiance en soi et en les autres. Arturo, le garçon peut être trop intelligent pour ne pas se détester. A mon sens, terriblement attachant.

Fante amalgame avec brio dans son récit le plus noir et le plus lumineux de l'âme humaine. Y unit l'ombre avec la lumière.

Maîtrise admirablement son écriture, sèche, énergique, rapide. Et pourtant dégoulinant d’émotions. Sans fioriture, sans pathos. Fante n'est pas un auteur à l'eau de rose qui écrit pour faire pleurer Margot dans les chaumières.

Précis, réaliste, lucide, jusqu'à la cruauté.

Seul un grand écrivain, un grand écrivain sincère peut se le permettre à ce point là.

Mieux qu'un bon livre.

Un souvenir ébloui de lecture.