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Limonov, poète de l'underground moscovite, dissident et/ou opposant en délicatesse avec tous les gouvernements communistes et post communistes, fils d'un officier subalterne du KGB, sale gamin à la limite de la psychopathie, président du parti national bolchevique, personnage en soi peu sympathique mais à mon sens attachant par tant de désespoir en lui.

Et surtout, surtout, l'un des plus grands poètes et écrivains russes du siècle dernier, pour moi le premier. Malheureusement peu connu, les médias bien pensantes ne lui on jamais fait « l'honneur » de l'invité dans leurs colonnes. Pas assez persécuté par le totalitarisme soviétique peut être ?

Autorisé à quitter l'URSS de Brejnev, il émigre en Amérique et perd très vite ses illusions. Sa femme le quitte pour un riche américain. Il comprend rapidement qu'il a quitté la peste pour le choléra ou inversement. Dans l'infinité de la ville, descente aux enfers, il échoue, amer et aigri dans un hôtel miteux désaffecté. Il écume les bas fonds les plus glauques, se jette dans toutes les aventures possibles, découvre l'homosexualité, consomme les partenaires sexuels et tous les psychotropes possibles en buvant comme un trou.

Il part pour la France où il sera dans le milieu parisien branché, un dandy dézingué. Avant de revenir en Russie.

Dans ce livre, Limonov sait faire de lui un inoubliable personnage, rageur et sentimental, insolent et sensible, désespéré et croyant inébranlable et de sa vie un roman.

Par ce premier livre publié en 1980, il fait une entrée fracassante dans la littérature mondiale.

Ames sensibles belles âmes pures et naïves, amateurs de romans sentimentaux pleins de grands et beaux sentiments, s'abstenir.

C'est un livre dur dans lequel l'auteur rumine et se délecte de sa propre déchéance, des errances de sa désespérance. Ecrit sous le triple poids de la déception amoureuse, du désenchantement politique, de la perte de la certitude de devenir un grand écrivain (il écrira ensuite Le journal d'un raté).

Dans un style nu, cru, sans complaisance, lucide, d'une très grande qualité littéraire, où le cocasse et l'érotisme le disputent au tragique.