page28-1004-full

Tu es là, debout sous la pluie, les pieds dans la glaise.

Indécollable.

Dans la boue jusqu'aux yeux.

Sous la pluie du ciel qui te pisse dessus comme un chien.

Le ciel est un chien et je hais le ciel sous lequel je devenais folle.

 

Je suis morte.

 

Ton poème de Baudelaire, comme tu m'appelais, est parti.

Envolé dans un nuage de benzodiazépines et de vodka.

 

Avant qu'ils n'enferment mon corps dans une boite, tu as refusé de le voir, mon corps couché sous un drap blanc qui n'en cachait rien.

 

Je suis morte, et belle parce qu'il n'y a pas eu de douleur.

La mort est douce quand elle n'est pas tirée aux dés.

 

Vivante,

je ne t'aimais pas.

Tu ne m'aimais pas.

Morte,

je t'aime et tu m'aimes.

 

Ne m'en veux pas de ne pas avoir pu t'attendre plus longtemps.

Je n'avais plus de lumière et je n'en pouvais plus de cette pourriture de ventre qui me coulait entre les cuisses en délire et me flagellait comme des ailes de corbeau.

Je n'en pouvais plus.

De marcher, malgré moi, le cœur en banquise, les os noués, à trainer une langue trop lourde

De ma haine pour ce monde faux, faux à t'en faire cracher du sang, dans la rue, à la face du premier venu qui porte sur sa figure de lune la dureté de l'angoisse.

Et ce ciel, encore, que je vomissais par le nez.

 

Seule la mort emplissait mon cœur défiguré par accident de naissance.

 

J'avais mal et la mort a su me consoler.

Ivre et lucide, je suis dans le néant.

Si dieu existait, crois-moi, la mort serait sa gloire.

 

Je suis morte pour te montrer le chemin.

Je ferai le vide dans ta tête abandonnée.

Et tu ne baiseras jamais le fantôme échevelé d'une vieille femme.

 

Je t'attends.