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Hôpital de la Salpêtrière, service du grand professeur Charcot, le grand patron de la neurologie, on est encore loin de parler de psychiatrie, qui y règne en maître absolu et adulé, incontesté.

Le bal des folles, ce bal où le tout Paris peut venir observer, à la mi-carême, ces bêtes curieuses, les folles, comme des animaux dans un zoo.

Réputé n'accueillir que les « vraies » hystériques dont l’exhibition soigneusement mise en scène pour la gloire du Maître, à un public choisi, donc masculin, permet à Charcot d'exposer brillamment ses théories non seulement sur l'hystérie mais aussi et surtout sur la nature féminine. Ce qui pour lui, pour ses pairs, pour les hommes revient au même. Car il en faut peu pour être cataloguée hystérique et bouclée à vie à l'asile au seul gré de la loi et des pères de filles « indignes ».

Hystériques ? C'était vite dit. Car on trouve de tout chez Charcot, pur produit de ce détestable XIX° siècle. Et surtout des femmes qui se sont rebellées contre la loi des mâles. Ou qui ont eu simplement des velléités d'indépendance, l'envie de vivre leur vie ou des choses à dire haut et clair. Des impudiques scandaleuses qui risquent contaminer la société en refusant le rôle de filles et d'épouses obéissantes destinées à se taire et à obéir, à pondre des enfants. Hystérique, le mot était dit et les femme en étaient réduites au silence et au pourrissement au fond de l'asile. Car il fallait détruire ces femelles du diable qui, en voulant se distinguer, menaçaient le pouvoir des mâles.

Charcot a peut être le désir de les soigner, mais il veut surtout démontrer, « scientifiquement » la nature par essence pathologique de toutes ces femmes qui sortent des clous de l'ordre établi.

Ce livre ne pouvait qu'interpeler l'ancien infirmier psy que je suis.

Il m'a passionné.

Lu en deux nuits.

Un premier roman.

Un grand, très grand roman. Impressionnant de maîtrise au style limpide, très vrai, très juste et très beau.

Un hymne à la liberté parfois lyrique, sans pathos, pour toutes les femmes que ce siècle haïssable a voulu détruire.

C'est simplement magnifique.