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Dormir.
Je ne comprends pas pourquoi c'est censé être tellement important, le désir qu'ils en ont, le plaisir qu'ils en retirent.

Pourquoi, quelle indécence, ils gémissent et ils pleurent sur leur nuit blanche.

Ils préfèrent la nuit noire, ce moment d'inconscience qui ronfle et qui transpire sous la couette, empuantissant la chambre d'une haleine de dinosaure hépatique.

A mon avis, ils ne dorment pas, non, ils ne dorment pas, ils fuient.

Ils fuient l'accumulation quotidienne de leurs petites frustrations, de leurs petits chagrins, et leur trouille bleue de vivre et de mourir un jour.

Ils dorment pour se remettre de la fatigue de leur pauvreté, de leur médiocrité.

Ils dorment pour oublier, pour s'oublier.

Ce n'est pas l'absence de sommeil qui leur fait mal.

C'est ce face à face avec soi dans la solitude des nuits d’insomnie.

Je ne vois pas d'autre explication.

 

Moi,

je suis congénitalement inapte au sommeil.

C'est une chance, un don de la nature, un cadeau de la vie.

 

Jouissives

ces nuits interminables,

d'absence d'oubli, donc de regret et de remord, dans un éveil, qui ne recule jamais devant le sommeil, d'une vertigineuse de cruelle lucidité qui confine souvent à la pure pornographie.

Bienheureux insomniaque qui, à longueur de nuit blanches et froides, je me tiens de longues conversations solitaires. Strictement privées. Donc sans retenue ni pudeur. Avec le seul être vivant qui compte vraiment à mes yeux, dans ce monde de vaste stupidité,

moi.

 

Intense intimité solitaire.

Solitaire parce que mon insomnie détruit la multiplicité, la diversité, les variations du monde pour me laisser à mes obsessions.

Mon sentiment d'agonie, ma tristesse incurable, mes angoisses, mon désespoir.

A ma terrifiante lucidité.

 

Dans le malheur délicieux de ne penser qu'à moi, dans l'exquise douleur de m'onaniser de mon mal de vivre.

Dans la jouissance douloureuse du bouillonnement de mes agitations mentales.

Une séance de masturbation que je prendrais pour une aurore mystique si j'avais la moindre tendance au mysticisme.

Ce qui n'est pas le cas.

Je ne rois pas en la vie.

 

Un retour à ce chaos d'avant la conception.

 

Je ne recherche rien.

C'est malgré moi.

Il suffit que je m'allonge dans le noir, que je ferme les yeux, et je tombe dans mon gouffre à une vitesse folle, jusqu'au néant d'où jaillit un mot.

Un seul mot qui m'envahit spontanément tout l'esprit.

Et toute la nuit durant

c'est parti, je surfe sur le mot au hasard des vagues involontaires qui se déroulent dans ma boite crânienne. Flux et reflux.

Je ne maîtrise pas.