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Être ou ne pas être, telle est la mauvaise question.

Paraitre ou ne pas paraître, voilà la bonne question.

Être n'est rien, paraître est tout.

Être n'est que le mythe de ces deux illusions, vérité et sincérité chez l'humain moyen.

 

Qu'importe les mensonges, les tromperies, les duperies, tricheries et autre mythomanie, si c'est pour la bonne cause, paraitre. Paraitre. Seuls les petits esprits à l'étroite pensée peuvent, dans le mirage de l'honnêteté, y renoncer et les condamner. Au nom de la morale et de la vertu, croyance stupide et inutile à laquelle adhère la majorité des petites et bonnes gens.

Tout ce qui brille n'est pas d'or. Il suffit juste de le faire croire pour que cela soit considéré comme indubitable. Simple question de force de persuasion et de talent d’illusionniste.

 

Être.
Être qui ou quoi du reste ?

Ce que la nature a fait de moi ?

Ce moi de naissance sorti et resté à l'état brut de l'utérus maternel ? Ce moi que j'ai enfermé une fois pour toutes derrière le miroir. Et qui est toujours prêt à en sauter pour me montrer à la face du monde.

Ce moi n'est rien.

Je ne l'aime pas, je le déteste, je le méprise, je le renie.

 

Et il faut bien le reconnaître.

Le créateur fut un bien piètre artiste et de bien peu d'inspiration quand il m'a donné forme. Il n'a pas été fichu de dépasser le stade d'une ébauche que tout étudiant de première année aux beaux arts jugerait indigne de lui.

Insipide, incolore, inodore congénitalement.

 

Il n'y a, de toutes façons et de quelque côté que l'on se tourne, aucune beauté dans leur nature humaine. C'est brut de décoffrage. Ça pue l'effort et la sueur du travail du maladroit fabricant. Comment peuvent-ils donc tomber en extase devant de telles horreurs ? La nature est laide. Il faut que la main et l'imagination de quelques hommes plus doués que les autres, y interviennent pour enfin y trouver de la beauté. Sans l'art, l'art de soi, pas de beauté. L'art de soit conduit au paradis qu'ils disent artificiels mais qui est infiniment plus admirable et enviable que l'enfer triste et gris de la banalité.

La laideur hideuse du naturel.

 

Comment, moi, moi, pourrais-je m'en satisfaire ?

Impossible !

 

Je suis bien trop intéressé par ma personne, mais par qui d'autre que moi serais-je intéressé, pour ne pas me contenter d'être que ce dont la nature m'a chichement doté. Ce serait être comme tout le monde, passer inaperçu. Insupportable.

Je veux être mon image, celle que j'ai choisi.

Et tant pis si elle n'est pas vraie. Il leur faut bien y croire. Qu'importe le prix que j'en paierai. Seulement, qu'ils m'écoutent, qu'ils me voient. Sans me toucher. Leur jalousie, leur ressentiment de miséreux ne m'atteignent pas.

 

Je ne crains pas les chiens qui tentent de me mordre aux mollets.

Quant aux pauvres, ce sont souvent les chiens, ils n'auront rien de moi.

Je ne suis pas avare.

Mais je dépense à bon escient et je ne serai jamais assez riche de moi.

 

Je n'exige que tout.

Du grand, de l'immense, du sublime, de l'extraordinaire, de l'admirable, de l'absolu, du difficile. Une symphonie. Non, un final de symphonie, c'est toujours plus beau.

 

Loi fondamentale, ne jamais s'aimer in naturalibus.

Ne jamais s'aimer du tout pour ce que l'on est. Ce genre de narcissisme est un narcissisme de looser, de mendiant, de raté.

Mais s'aimer pour tout ce que l'on est en devenir.

Narcissisme de vainqueur.

 

Je ne peux rien laisser au hasard.

C'est épuisant.

Mais c'est indispensable.

Pour connaître l'orgasme du miroir.

Et encore n'est-il jamais complet.

Il laisse toujours un arrière goût de tristesse et d'insatisfaction.