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Il fait beau, tu ne trouves pas 

Ça doit te faire du bien?

Non, Vieille Dame, je ne trouve pas et ça ne me fait pas du bien.

Mais c'est le plein soleil dans un grand ciel bleu et la température est très douce pour la saison.

Vieille Dame, le temps dont tu me parles est celui du dehors.

Ce n'est pas le mien.

 

Le mien aujourd'hui, c'est un temps de chien à ne pas mettre un chien dehors.

Tu ne vois pas ?

C'est vrai, pour toi comme pour tous les vous-autres, tous les jours sont gris comme les chats la nuit. Ils se suivent et se ressemblent.

C'est une façon de voir la météo.

 

Tout dépend de la couleur que le temps a décidé de prendre pour moi à son réveil.

Chez moi, la météo c'est souvent cyclones, dépressions, températures excessivement jamais saisonnières.

Le temps qu'il fait n'est pas le fait du hasard mais d'un prince de la fatalité qui s'amuse bien de moi.

Le jour qui prend une méchante couleur et me la fait tomber sur la tête pour me la coller à la peau, dans la peau.

Pour faire de moi comme il en a envie.

Je fais avec comme je peux.

Enfin comme ça veut.

Je n'ai pas le choix.

Je subis et je fais avec.

 

Bon, oui, tu as raison.

Ce n'est pas toujours le mauvais temps.

Il y a des moments où il fait rouge ou vert ou bleu. Où ça sent bon. Ce n'est pas désagréable et je peux me reposer. Un peu. Ils me fichent la paix. Pas de voix. Pas de fantômes. Pas de panique à bord.

Méfiance quand même.

 

Parce que ça peut virer à un foutu vinaigre violet, indigo ou jaune. Couleurs que je déteste et que je crains. Parce qu'annonciatrices d'un sacré grabuge d'arc en ciel des tous mes diables.

Il ne peut rien m'en arriver de bien.

Avis de forte tempête intra crânienne et dans tout le corps.

Gouffre dépressionnaire surpeuplé.

Dévastateur.

Destructeur.

 

Et ça tourne.

Ça me tourne, ça me secoue dans tous les sens et dans toutes les dimensions.

Ça m'enferme dans un kaléidoscope comme un mixeur fou, incontrôlable, déréglé sur une vitesse supersonique.

A m'en fracasser la tête d'un bruit métallique profond comme l'enfer.

Des coups de hache ébréchée chauffée à blanc qui me découpe en lamelles.

 

Ça tourne à la folie.

Pour projeter mes morceaux éparpillés dans un tas de mélasse écoeurante.

Un nuage de charbon qui m'en dépose des tonnes sur les épaules.

J'ai froid.

Jusqu'à l'immobilité de la congélation.

Quand j'en suis là, bouche ton nez Vieille Dame.

Parce que ça pue.

Ça pue partout et de partout.

C'est nauséabond comme un pet foireux.

Une varie merde de charogne.

J'en ai le caleçon rempli.

Je vérifie, j'en change, mais mon caleçon est vide et propre. Ça vient d'ailleurs. Ça pue la merde et la mort parce que la merde et la mort, c'est moi. Je me traine depuis toujours jusqu'au bout du monde, jusqu'an fin fond des tripes de la terre comme une trace de merde porteuse de mort.

C'est congénital.

Je suis une trace de merde et de mort.

Éparpillé sur le sol.

 

A en être attiré par la mort.

Et à ce point là, ça donne des idées de meurtre et de suicide.

Il faut y résister.

La résistance à la mort, ça fait mal partout.

Ça noue la gorge et l'estomac à ne plus pouvoir rien boire ni manger, ni pisser ni chier.

Juste une envie de dégueuler qui refuse de sortir.

Poumons irrespirables.

Le cœur qui s'emballe. Je voudrais qu'il explose pour que tout ça soit fini pour toujours.

Pour toujours.

 

Quand ça se calme, quand se met en mode un peu pause, j'essaie de me construire une apparence présentable comme dirait mon père cet homme respectable. Pas trop explosée. Mais je n'ai pas de plan de montage intégré. Pas facile de recoller les bons morceaux avec les bons morceaux. Je me plante souvent. Pas moyen de faire mieux. Ce qui me donne cette allure bizarre de mal achevé que tu as fini par remarquer.

 

Souvent, je me fais penser à un caméléon.

C'est quoi un caméléon ?

Il prend la couleur de tout de qu'il touche.

Mais s'il n'a rien à toucher, il est transparent.

On voit à travers.

Et s'il y a trop de couleurs, il explose.

Comme moi.

Je suis un caméléon qui a oublié sa couleur à lui.

J'ai oublié ma couleur.

Je me suis oublié le moi.

 

Tu comprends ?