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Des fois

je sors, je pars, je fuis.

 

Le soir, souvent

parce que le repas trop lourd de la rage acide paternelle donc indigeste me tombe dans l'estomac.

Et ça remonte, ça me remonte de l'acide jusqu'au bord des lèvres.

Je ne veux pas vomir, je retiens, je ravale.

Ça se glisse dans les poumons, ça me calcine la gorge.

J'en tombe en cendres.

 

Je navigue sans vue ni boussole dans les rues poisseuses.

Dans une nuit sans soleil, dans un jour sans lune.

Il y a trop longtemps que je prends le midi pour le minuit et le minuit pour le midi.

Alors, je mélange le jour et la nuit.

Dans le temps, je ne sais plus trop bien où j'en suis.

 

D'habitude, je le vois venir.

Il y a des prémices.

J'ai le temps d'installer mon logiciel mode surdité et indifférence. Je me chante la Marseillaise dans la tête.

Mais ce soir là...

 

Ce soir là...

Il s'est mis en vrille d'un seul coup, sans prévenir, me gueulant dessus, me vomissant sur la tête toute la fureur et le dégoût que je lui inspire.

Pas moyen de démarrer la Marseillaise. J'allais craquer en lui crachant à la tronche qu'il était trop con pour comprendre. Il fallait que je mette les voiles avant qu'il puisse m'en coller deux à me dévisser la tête.

Déjà qu'elle n'est pas trop bien vissée sur mes épaules, ma tête.

 

Je me suis levé, j'ai jeté ma veste sur mon dos et j'ai foutu le camp en claquant la porte au nez de la puanteur de gueule paternelle.

 

J'ai fui en rasant les murs de près.

De trop près.

 

A en être nu, transparent, en plein trottoir noir de monde.

Ou c'est l'autre qui était nu, l'autre moi qui me colle aux fesses surtout quand ça va mal.

Reflet troublé en pleine lumière dans une vitrine au milieu des slips et des soutiens gorges en dentelles. De mannequins inquiétants tombés du hasard. Qui me regardaient au fond des prunelles pour me montrer mon image. Je les entendais chuchoter entre eux en se foutant de ma gueule.

 

Il appelle ça son sexe en disant que ça fait de lui un individu du genre mâle, un homme.

Ça veut dire que c'est un homme cette minuscule et ridicule virgule qui lui ponctue le bas du ventre ? Ce morceau infecte de chair qui lui pend en haut des cuisses ?

Un truc qui ne lui sert à rien.

Il ferait mieux de le couper pour s'en débarrasser en le jetant au chien. Si tant est que ce soit comestible. Et que Mister Clébard de la famille aime ça.

 

Moi, je n'aime pas.

J'y ai goûté un jour.

Un mec a voulu que je le suce dans un fourré et j'ai dit oui.

Une bite monstrueuse qui m'a explosé sur la figure un jus épais et gluant.

Immangeable.

Depuis, des bites énormes avec de petites ailes me bombardent la bouche à la faire saigner.

J'en traine partout le goût et l'odeur du sperme et du sang.

 

Ça me prend la tête.

Le sexe.

Mon sexe.

C'est quoi ?

Je préférerais être né de sexe inconnu.

Plus je me regarde et plus je me pose la question.

Je suis un garçon ou une fille ?

Je n'en sais rien, je ne suis sûr de rien.

Je suis un sans sexe.

Un inexistant.

 

Quand ma mère parle de sexe, ça ne me donne pas envie d'être un homme.

Ni d'être une femme.

Non plus.

 

C'est mieux sans doute d'être sans sexe.

Moins sale.

Plus propre.

 

J'étais risiblement minable devant cette vitrine parlante.

 

Il y avait un bar pas loin où je pouvais me cacher de l'hostilité des mannequins.

Et me saouler consciencieusement pour oublier les problèmes de sexe.

Où je pouvais peut être retrouver mes potes.

 

Je ne le savais pas encore.

Mais Héléna qui l'ignorait aussi m'attendait.

A qui j'offrirais un verre.

Qui ce soir là me quémanderait du sexe.

 

Que je lui donnerais.