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Très chère Vieille Dame trop digne pour ne pas être toujours un peu indignée,

 

c'est moi, ce garçon qui te paraissait si propre sur lui. Auquel tu as gâché le voyage de retour à la vie après ce temps interminable hors du monde. Mais au fond tu m'as bien fait rire. J'en ris encore. Sans réfléchir, trop sûre de toi, bien accrochée à tes certitudes, tu as parlé trop vite et tu as raconté n'importe quoi. A un inconnu dont tu ignorais

 

que tu monologuais devant un fou fraîchement remis en liberté.

 

Si tu l'avais su, si tu t'en étais aperçue...

 

Je vais te dire.

 

Si tu avais repéré de loin un fou authentique en moi, tu aurais passé ton chemin le plus vite possible. Si par le plus grand de tes malheurs tu t'étais assise en face de moi, tu aurais baissé les yeux en biais avec les oreilles repliées comme un clébard qui a la trouille. Et tu te serais levée avec précaution, faut pas les brusquer les fous, on ne sait jamais, pour changer de voiture. Choquée et effrayée de ma présence. On ne les enferme donc plus les fous ? Dans ton petit univers si propre, on ne voyage pas avec les pauvres en argent et/ou en esprit. D'un genre par normal, fracassé de la vie, dégénéré de la pensée, lépreux des neurones. C'est que ça sent mauvais cette maladie là et ça peut être contagieux. Et dieu sait ce qui pourrait arriver avec tout ce qui leur passe par la tête !

 

Avoue que tu aurais été bien embêtée sui j'avais eu l'idée saugrenue de vouloir lié conversation avec toi. Si je t'avais fait subir, comme tu m'as imposé tes litanies d'inepties, mes soliloques saccadés et désaccordés. Quand ma pensée et ma parole n'y arrivent plus et se prennent les pieds dans le tapis. Quand je m'embrouille et je me perds. Quand j'essaie de retomber sur mes pieds par des coqs à l'ânes. Non, tu n'aurais jamais plus grimper dans mes montagnes russes logorrhéiques.

 

Alors, l'antique coup des vieilles guenons. Ne rien voir, ne rien entendre et surtout ne rien dire. Seule attitude raisonnable face à un déréglé. Pour bien rester à l'abri dans ton intellect tiré au carré. Pour protéger ta bonne (?) santé mentale. En faisant semblant de regarder le paysage. Les mains posées sur ta jupe en position prière. Je suis sûr que tu aurais prié ton bon dieu pour qu'il fasse un miracle et que ça s'arrête.

 

Pour toi, c'est simple hein ? Il suffit de couper en deux, de trier et de classer. Le rangement et le ménage tu dois en connaître un rayon. Dans ton salon qui sent l'encaustique et la vieillesse, le bon dieu, l'ordre, le raisonnable, le normal. Au fond de ta cave où tu ne mets jamais les pieds, sous la poussière, le diable, le désordre, le pas raisonnable, le fou.

 

Finalement, chère Vieille Dame, tu es vachement naïve dans tes croyances. Aussi innocente qu'une petite fille qui écrit au Papa Noël. J'en suis tout attendri. Presqu'ému. Il en faudrait peu pour que je m'attache à toi. Ne rigole pas. Je t'assure. Crois moi.

 

Ça me donne des envies de te prendre la min de faire quelque chose pour toi. Histoire de secouer sérieusement ta petite vie proprette comme un sou neuf mais qui ne vaut pas un clou. Ta petite vie vie grise comme une souris crevée. Je vais y mettre de la couleur moi, fais-moi confiance. Du blanc brillant et du noir profond. Des rires déments et des larmes torrentielles. Des envies de vivre à en bander jusqu'à la fin des temps et des envies de suicide sur une poussée libidinale.

 

Peut être qu'on mourra ensemble et ça ne pourra pas nous faire de mal.

 

Allez, viens.

 

Inutile de prendre ta valise et ton sac à main en cuir précieux. Pas besoin d'eux là où je t'emmène. Ça va te changer de tes voyages organisés et all inclusive organisés au millimètre pour troisième âge poussif et économe.

 

Entre donc et bienvenue dans la galaxie des fêlés du bulbe.

 

Tu trembles ?

 

De qui de quoi tu as peur ?

 

De ce grand merdier de vivre ?