cochon_nain

C'est une chose récurrente. Qui me tombe dessus sans prévenir. Pas de signe prémonitoire. Pas de raison apparente. Je ne sais pas quelle saleté de mouche le pique au mauvais endroit à ce moment là, mais ce n'est pas la mouche tsé tsé.

 

Mon père se dresse brusquement. Il ne tient plus en place. Il tourne comme un lion enragé dans sa cage. Les lèvres pincées et tordues, les poings serrés, les yeux levés au ciel. Bavant de rage. Me jetant comme des coups, de brefs regards noirs qui fulminent. Il cherche la bagarre dont il sortira naturellement vainqueur. En poussant la chose à l'extrême limite avant de me démolir complètement.

 

Ma mère se ratatine de peur. C'est congénitalement une ratatinée de peur ma mère.

 

Moi je courbe la tête comme si ça me permettais de passer entre les gouttes. Même si je sais que ça va inévitablement me tomber dessus. Juste le temps qu'il trouve un prétexte. Et il n'en manque jamais. Juste qu'il rumine son piège dans lequel je vais fatalement tomber en e voyant venir. En victime qui collabore avec son bourreau. Qui n'en a plus peur depuis longtemps. Parce que ça fait trop longtemps que ça dure pour que la peur existe encore. Je crois que j'y suis totalement indifférent. Il ne m'impose plus sa terreur. Elle me glisse dessus sans m'atteindre. S'il lui faut ça pour jouir grand bien lui fasse. Ma meilleure défense, ne pas répondre, attendre que ça passe. Passivement.

 

Aboiement. Non. Braiment. Ce n'est pas un chien c'est un âne.

 

Voilà, c'est parti. Il y avait longtemps. Monsieur mon père a lâché la bête pour la grande scène du deux. Les crocs écumants de venin, prêts à mordre. Il n'a pas eu à chercher une raison de partir en vrille. C'est toujours la même chanson.

 

Et il se sent tout puissant dieu le père. Il hurle de toute la force de ses couilles, à se les faire exploser.

 

Et ton avenir sombre idiot, tu y penses à ton avenir ?

 

Ah oui ! J'oubliais ! Monsieur veut être poète. Non, mon monsieur de fils est poète ! Il écrit des vers. Des vers de terre ou des verres à boire, on ne sait pas.

 

Tu te rends compte, on a un poète dans la famille ! Quelle chance ! Quel honneur ! Ça va être la gloire.

 

Mais crois-moi bien pauvre con anémié, il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de traine misère, pédé, alcoolique et drogué chez nous. Et ce n'est pas toi qui vas commencer ! Tu m'entends ? Et redresse-toi, tiens-toi droit quand je te parle !

 

Un poète ! Tu te prends pour Victor Hugo ? Le ridicule ne t'étouffe pas au moins. C'est déjà ça.

 

Un poète. Et qui va payer ta poésie hein ? Ne compte pas sur moi pour vivre à mes crochets. Si tu te retrouves sans rien dans ta gamelle, tu n'auras qu'à sucer tes crayons. Poète à mes frais ? Jamais de la vie !

 

Regarde le ton fils ! Il ne te fait pas honte à toi ? Non, bien sûr. Ton bébé chéri ! Parce que naturellement ma pauvre femme tu le soutiens, tu es de son côté ! Contre moi. Ah vous en faites une sacrée belle paire d'andouilles à vous deux. Mais regarde le bordel de dieu ton fils de pute ! Incapable de se tenir droit sur ses pattes. Une allure de chimpanzé. Un regard bovin de génisse en chaleur. C'est vrai, c'est un intellectuel, il a la tête lourde. Tu parles d'un intello toi ! Je préfère en rire. Ce n'est pas le penseur de Rodin, c'est le penseur du pauvre.

 

On va en faire quoi de ce pauvre connard ? Tu peux me le dire ?

 

Poète de mon cul ! Et qui s'en fait mettre bien profond des bien grosses dans son trou du cul à lui !

 

Petit enculé va !

 

Quelle honte. Parce qu'il me fait honte ton fils. Je n'ose pas imaginer ce que les gens racontent dans mon dos. Ils doivent se foutre joyeusement de ma gueule dans le quartier. Et je les comprends.

 

Hein monsieur Lamartine, t'en penses quoi de tout ça ? Rien je suppose. Tu t'en fous. Tout ça ne te concerne pas. N'en mourront que les plus malades. Tu me prends pour un con. Toi tu es un être supérieur. Trop haut placé pour être contaminé. Parce que nous, on est des riens du tout pour monsieur. Indignes de l'artiste.

 

C'est ça ton fils, c'est ça !

 

Le soir où tu me l'as fait tu aurais mieux fait de te casser un jambe ma pauvre vieille.

 

Autant le noyer, tiens. Quelques années de prison vaudrait mieux que de trainer cette misérable lopette décérébrée.

 

Pauvre type.

 

Tu me fais pitié. Casse-toi avant que je m'énerve et que je t'en colle une. Fous moi le camp. Tu me coupe la digestion.

 

Va rejoindre tes dégénérés de pédés de copains.

 

C'est ce que je fais. J'ai écouté puisqu'il le faut. Et, comme d'habitude, quand la crise paternelle est passée, je tire.

 

Que faire d'autre ?