10547805_10204367022045791_4333637703631384431_o-1

On a fait l'amour.

 

Absents l'un à l'autre.

 

Ce qui m'a incité à me lever très vite pendant qu'elle restait allongée sur le drap rouge qui portait les traces de notre copulation automatique.

 

Étrange idée.

 

Elle dort ou elle est morte ?

 

Je crois que je l'aimerais davantage morte que vivante.

 

Elle respire.

 

Donc elle n'est pas morte, elle dort.

 

Une femme que certains appelleraient mon rêve.

 

Mon rêve, peut être.

 

Pour moi, juste un instant où je crois possible l'existence d'une divinité.

 

Un rêve où je suis entré comme dans un désert de chair brûlante. Une terre de l'exode biblique. Où je vais vers ma terre Promise. Ce coin de solitude acharnée et farouche, imprenable, qu'elle dissimule dans son corps.

 

Son corps

 

dans cette lumière de lune argent.

 

Son corps qui flotte dans la fumée hypnagogique de haschich qu'il absorbe.

 

Un corps étonnamment ouvert d'un sourire archangélique.

 

Son sexe.

 

Le sexe d'une irrésistible créature.

 

Un sexe.

 

Un monstre capable de se métamorphoser en fleur pour me pousser au suicide ou au meurtre tant tout cela est solaire.

 

Les portes de l'enfer sont plus glorieuses que celles, arides, du ciel.

 

Je la regarde.

 

En détail.

Morceau par morceau.

 

Pieds, jambes, mains, bras, ventre, poitrine, bouche, yeux, oreilles, cheveux. Et du nombril glabre aux poils du sexe, des poils du sexe au nombril glabre.

 

Incontrôlable attrait de sa chair qui navigue entre les constellations de la chambre.

 

A force d'être elle, elle s'est imposée.

 

Elle s'est faufilée en moi, entre les os et la peau. Comme une intruse. Inondant mes gerçures cérébrales profondes comme des crevasses.

 

Je la regarde et je sens pousser en moi la barbe de la mélancolie.

 

Passé mythique et gigantesque qu'elle me ressuscite.

 

Des noms.

 

D'hier, d’aujourd’hui et de demain aussi.

 

Que cette pagocytheuse anthropophage a dévoré pour se nourrir de moi.