prix-mur-en-pierre

Telle est la question.

 

Qu'écrivez-vous actuellement ?

 

Une façon pour me dire et me faire reconnaître moi-même que j'écris, que je suis un écrivain.

 

Je ne suis pas un écrivain. Rien ne serait plus faux que de le prétendre. Ni écrivain ni poète. Certains me parlent de poésie. Mais je n'y connais rien pour écrire de la poésie !

 

Je suis un tâcheron du bâtiment.

 

Je n'écris pas, je bâtis.

 

Des murs.

 

Normal, je suis le petit fils d'un tailleur de pierres. Question d'hérédité. J'élève des murs. Pierre à pierre. Honnêtement. A la verticale, le long du fil à plomb. Truelle en mains. On écrit à l'horizontale. En tenant un stylo ou un crayon. Je travaille debout et dehors, on écrit assis enfermé dans une pièce. On écrit sans fin, moi, je m'arrête lorsque le mur a atteint la hauteur souhaitée. Selon mon seul gré.

 

Je ne veux pas construire des murs qui enferment, des maisons pour m'y enfermer, ça se serait écrire. Mais juste des murs qui ouvrent et qui m'ouvrent.

 

Bâtir pour bâtir. Pour rien. Je suis le maçon de l'inutilité. Dépouillé de toute volonté. Au hasard. A la dérive, sans plan pré établi. Je ne suis pas un architecte. Ou alors, un architecte du désordre. Comme j'ignore absolument tout de l'ABC de la maçonnerie c'est loin d'être droit, rectiligne. Mais comme ce n'est pas pour m'abriter des intempéries...

 

C'est parfois du grand n'importe quoi, à la limite du délire. Dans ce cas là, ça ne tient jamais très longtemps. Ça s’effondre très vite. Je ne reviens pas en arrière. Je ne me se sent pas concerné par la chute. Je laisse en l'état. A la nature de faire son boulot pour effacer les traces.

 

Pour le plaisir de déambuler entre mes murs où circulent les courants d'air. Je construis, un mur après l'autre, pour aller toujours plus loin. Pour ressentir combien c'est merveilleux de respirer librement.

 

J'ai lu l'histoire de cet homme qui passe sa vie à construire un mur pour enclore on champ. Quand ce fut fini, il s'est couché et il est mort. Moi, je construis des murs pour ouvrir. Alors peut être que je ne mourrais pas.

 

A moins que je n'atteigne le mur de l'horizon.