dessins-invisibles-de-troche-editions-insula-concernant-dessin-de-serapportanta-dessin-de-funambule

 

Un jour

 

un homme savant

 

un sage réputé de raison

 

et alors que je lui avouais n'y comprendre rien

 

m'a répondu :

 

connais-toi toi-même et tu connaitras l'univers et les dieux.

 

J'en ris encore.

 

Parce que moi je veux bien mais...

 

Je ne crois pas aux dieux. Laissons tomber. Ils ne sont qu'une épine de plus plantée dans le pied des hommes et ça leur monte à la tête. Ça ne les aident pas à marcher.

 

Quant à l'univers...

 

Vois-tu VieilleDame,

 

le monde n'est pas plus raisonnable que moi. Et c'est d'une banalité navrante à pleurer que de dire qu'il n'est qu'un vaste asile d'aliénés. Méchamment secoués par tous leurs démons qui s'amusent à leur torturer les gonades au fer chauffé au rouge sang dans le train fantôme de l'horreur.

 

Regarde. Regarde les. Les hominidés humanoïdes. Tous coincés.

 

Dans les camisoles névrotiques, dans les geôles de la démence dissociative, dans le carcan des phobies, dans les corde du désordre d'être plusieurs quand on est un, dans les liens des obsessions compulsives.

 

Tous incapables, impuissants de maîtriser leur panique du feu et de la glace, leur terreur de la nuit blanche, leur douleur de l'amour, leur soumission à des morales coupe-couilles, leurs boiteries superstitieuses, leurs amnésies d'Alzheimer libidineux, leurs fellations ruminatoires, leur parkinson masturbatoire.

 

C'est ça la vie, c'est ça le monde Vieille Dame. Une pornographie polymorphe, une paraphilie généralisée.

 

Et moi ?

 

J'y vis, je vis.

 

Comme toi, Vieille Dame.

 

Seulement un peu plus haut ou un peu plus bas. Ça dépend du jour et du moment. En prenant la nuit pour le jour et inversement, dans mes insomnies de bateau sans pilote. Je m'y balance, d'un pied vers l'autre, pied de plomb ou pied ailé, c'est variable, au dessus d'une frontière mouvante entre hyper lucidité et confusion noire comme un four. Entre vie et mort.

 

Je vis.

 

Tu comprends ?

 

Non, tu ne comprends pas.

 

Tu ne peux pas comprendre. Tu n'es qu'une spectatrice. Tu regardes et tu ne participes pas. Pour comprendre le spectacle, il faut y tenir un rôle. Moi, j'y tiens le mien. Puisque je suis fou, puisque je le sais, le l'assume. Tu sais, accepter sa folie c'est en lever la malédiction. Même si j'en reste marqué à vie, comme d'une balle, en plein front.

 

Sur le fil, une question me fait balancer.

 

Tu seras infoutue d'y répondre. Tant pis !

 

Est-ce l'univers et ses dieux qui m'ont contaminé ou est-ce moi qui les ai infectés ? Quand je suis debout devant eux, je vois. Mais quoi ? Est-ce vraiment moi que je regarde ou ne sont-ils que mon reflet ? J'ai parfois la curieuse et dérangeante impression de n'être que l'écran blanc sur lequel ils se projettent. D'autres fois, c'est l'inverse.

 

Je suppose que tu te tiens solidement entre les deux, hein ?

 

La voie de la sagesse.