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Ne crois pas que la folie se décrète.

 

Comme on décrète une rupture amoureuse parce que la soirée d'hier a été la soirée de trop.

 

Je n'ai pas décidé un matin, sans doute tout à fait ordinaire, de rompre avec la raison. Em me disant, à partir de cet instant je suis fou simplement parce que j'en ai envie, que je trouve ça amusant, original. Je n'ai jamais voulu me mettre en couple pour le meilleur et pour le pire avec cette salope. Avec elle, aucun meilleur à espérer. Il n'y a que le pire. Et le pire du pire

 

Elle exige et prend tout et elle ne donne jamais rien de bon en retour.

 

La folie n'éclate pas brutalement comme un orage attendu une lourde nuit d'été. On la verrait venir et ce serait trop beau.

 

Non.

 

Elle ne sonne pas à la porte et 'attend pas poliment que tu lui ouvres en disant coucou c'est moi. Elle ne tend pas la main pour dire bonjour et se présenter. Elle se glisse silencieusement dans toute la maison. Elle installe ses meubles. Elle se glisse insidieusement jusqu'au fond des draps. Pour te violer l'encéphale entre trois et quatre du matin. Et elle ne te lâche plus.

 

Elle te suivra comme ton ombre et te tirera dans le dos. N'importe quand, n'importe où. Et te mettra à genoux.

 

Moi, je ne me suis pas rendu compte tout de suite qu'elle pointait sa gueule puante. Pour m'envelopper dans le nuage de son haleine acide et me ronger et me griller mes neurones par petits bouts.

 

Il m'a fallu du temps pour que je puisse l'identifier. Parce qu'au début je n'y comprenais rien. Que signifiaient toutes ces bizarreries d'idées fixes, d'obsessions en tous genres, cette impression que mon crâne prenait l'eau et que la boite à idées fuyait de partout (c'est sans doute pour cela qu'ils me disent que je suis fêlé) ? Que mon corps me lâchait par morceaux ?

 

Je ne voyais pas d'où ça venait. Elle me chiait sur la tête. Je me sentais sale, puant. Pas envie de me montrer aux autres. Alors, le repli, l'isolement. Et la solitude. Atroce d'être seul avec moi quand je ne peux plus me voir en peinture.

 

Je ne vis plus que pour elle, je n'existe plus que par elle.

 

Tu sais ce que c'est que d'errer dans les rues sans savoir d'où l'on vient et où l'on va, de l'angoisse plein la tripe ? En grelottant de froid sous une suée diluvienne ?

 

Tu avances sans savoir d'où tu viens et où tu vas. Le ventre nouée sur une nausée qui va déborder au bord de tes lèvres. Le cœur qui cogne contre les côtes à la briser, la tête dans un brodequin de torture, le cops enfermé dans un cercueil clouté qui te déchire et la chair et les os.

 

Tu trébuches à chaque pas. Ces putains de pavés se soulèvent et te tendent des pièges à longueur de trottoir. Pour ne pas tomber, tu t'accroches aux murs. Comme tu n'y vois plus rien, tu te cognes aux arbres et aux passants qui te font la gueule avec un air de dégoût. Tu dois sentir la merde, la pisse et le vomi.

 

Une poubelle ambulante. Tout le monde le voit.

 

Tu veux fuir pour aller te cacher. Mais c'est impossible. Impossible de sortir de ce trou à rats en plein air qu'ils appellent l'angoisse sans savoir ce que c'est. Il leur faut bien un mot. Un mot inutile qui ne soulage rien. Mais qui les rassure, qui le protège de toi. Tu appelles au secours mais comme ils ne veulent pas t'entendre pas, ils passent leur chemin en détournant les oreilles. Si tu tends une main de mendiant, il y en aura un, peut être, qui te fera l'aumône d'une gélule du bonheur. Qui ne changera rien.

 

Une vertige de mort imminente. Tu as tellement peur, c'est la panique, que tu as le gland qui s'enfonce dans ton abdomen et les sphincters qui te lâchent et te mouillent le caleçon.

 

Tu manques d'air.

 

C'est sûr, à ce coup là, tu vas crever. De mort lente et douloureuse entre les doigts de cette tueuse en série perverse qui t'étrangle à petits feux. Et qui en joui.

 

Quant à moi, Moi est mort.

 

Je continue à vivre.

 

A sa place.

 

Dans mon miroir ce n'est plus mon visage, mais une sale gueule. Mon visage était beau. Enfin, je crois me rappeler que mon visage était beau. Je l'ai perdu qui sait où et quand ? A-t-il seulement exister où n'est-ce qu'un faux souvenir ? Celui là est gris, moche, déformé. Un visage tordu d'angoissé de la vie. A me donner des envies de meurtre. Difficile de vivre avec une tronche pareille. Un soir j'ai essayé de la tuer d'un coup de poing. Je n'ai réussi qu'à casser le miroir et à me couper la main. Résultat, trois points de sutures aux urgences.

 

Sous la douche, ce corps n'est pas réel. Ce n'est pas un corps construit de chair, d'os, de sang et de jus de sexe. Anergique jusqu'à l'impuissance totale. Incapable de désirer et de se faire désirer. Anorgasmique.

 

Il pèse des tonnes, bouffé par la lèpre, vide de substance et d’existence.

 

La garce m'en éjecté.

 

Elle y a pris ma place.

 

Ce n'est plus mon corps, c'est le sien.

 

Et elle en fait ce qu'elle veut.