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Je n'aime pas les jeunes femmes, les femmes jeunes. Elles ne me font pas fantasmer. Elles ne m'excitent pas. Elles n'ont pas d'histoire à me raconter avec leur corps trop lisse. Des anatomies de statues. C'est beau les statues. Mais c'est froid. Sans regard pour y lire leur âme. Peut être n'ont-elles pas encore d'âme. Il faut avoir vécu pour avoir de l'âme.

 

Trop compliquées aussi. Leur enfance n'est pas loin. Elles ne sont pas sorties de la gadoue juvénile. Elles ont plus besoin d'un psychanalyste que d'un amant finalement. Je ne serai pas le médecin de leur psyché mal finie. Ce sont, jusqu'au fond des draps, de petites princesses capricieuses qui croient encore au Père Noël de l'amour éternel et exclusif. Dans un romantisme sirupeux ad nauseam qui alternent avec un cynisme déconcertant. Trop cyclothymiques, elles sont épuisantes. Question d'hormones sans doute.

 

Trop phalliques comme dirait ce vieux Freud qui ne pouvait imaginer le monde que tournant autour de son sexe névrosé. Trop impatientes d'orgasmes. Elles serrent leurs cuisses trop fort à en être voraces et destructrices. Et pas assez les bras pour être rassurantes.

 

Trop sûres de leur perfection, elles n'ont rien à dire.

 

Moi, je préfère leurs mères. Quinquagénaires et plus si vraiment affinités. Même si j'ai l'âge de leur fils, je m'en fous.

 

La bandaison, la pénétration, non exigées, non indispensables. Il n'y a pas d'obligation.

 

Elles savant être indulgentes. Exit l'angoisse et la culpabilité du mal baiser, de l'éjaculation qui déborde trop vite, l'érection faiblarde.

 

C'est rassurant.

 

Elles ne pardonnent rien parce qu'elles n'ont plus rien à pardonner.

 

Elles ne sont pas voraces, elles sont caressantes. Jusqu'au fond de leur vulve, c'est de la peau de pêche. Il faut qu'elles aient vécu pour posséder un tel savoir faire.

 

Conscientes de l'érosion imparable de leur potentiel de séduction.

 

Qu'elles ne sont plus soumises à la loi de l'homme, ne cherchent plus à lui imposer leurs désirs.

 

C'est vrai, on ne les retrouve jamais sur le papier glacé de la pub ou sur la toile du ciné porno. Elles se fanent, passent de saison.

 

Allégées du poids des illusions, de la légende dorée de l'amour, de la folle volonté d'être aimées dans l'exclusivité et le monopole.

 

Ouvertes à toutes les fantaisies, promptes à tous les jeux de l'amour et du hasard, elles recueillent quelques gouttes de jeunesse au fond de leur fleur dans ce qui leur reste de beaux jours, dans leur été de la saint Martin.

 

Des soleils d'après midi d'automne.

 

Elles me font gonfler le cœur plus gros que la queue. Je crois même que si j'avais assez de temps, je finirais, non pas à m'y attacher, n'exagérons rien, mais à les aimer. Je les aime. Pas une en particulier, mais toutes ensemble. Je leur suis scrupuleusement fidèle. A chacune. Elles portent assez de blessures comme ça.

 

Avec leur corps alourdi par le temps, raboté par les affres ménopausiques, cousu des cicatrices de la vie, des grossesses, de la chirurgie. Ce corps avec lequel elles me racontent tant d'histoires qu'elles me laissent lire en braille, après l'amour. Dans les moments creux, ceux où l'on se repose. Ce corps qui ne me fait pas peur.

 

Elles sont belles.

 

Sous les outrages de ce temps impitoyable.