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Un soir.

 

Un soir opaque comme la merde

 

de l'abandon, du manque d'elle, en errance entre le désespoir en l'autre et la misère de soi.

 

Et de lucidité acide.

 

Il lui a écrit.

 

Mon cher amour

 

jamais pauvre ni dérisoire

 

toi et moi

 

et à quel point

 

faut-il que l'on s'aime.

 

Pour résister à ces nuits meurtrières et sans pardon, pour rester des aimants, des amants, des vivants.

 

Ces nuits où l'on décide de boire méthodiquement, avec application, avec concentration.

 

Où l'on s'écorche vifs sans pitié de tous les noms d'oiseaux.

 

Oiseaux charognards et soûlographes à s'en rompre les ailes contre la colère d'un ciel de marbre noir.

 

Contre quel deuil de nous, que nous n'avons pas accompli, nous rebellons-nous ? Contre la perte de quelle innocence que nous n'avons jamais eue ? Contre quelle torture et quel enfer abdominaux, de flèches empoisonnées, d'orties vénéneuses, d'animaux monstrueux, de fouets chauffés au rouge, de lames ébréchées ?

 

Forcément, à ne plus en pouvoir, épuisés d'avoir craché l'injure, l'insulte, l'ordure, nous lâchons nos démons, chien de vin enragés pris de panique. Pour un dernier baroud qui n'est jamais d'honneur. Mais sans honte.

 

Il y a alors une sorte de jouissance surprenante, une espèce d'orgasme paradoxal.

 

Parce que c'est la fin de la nuit et que le sang n'a pas coulé.

 

Personne n'est mort.

 

Et parce que nous savons, main dans la main, que le soleil, immanquablement, se lèvera sur notre gueule de bois.

 

Lumineuse.