prison

Il est énorme, ce mot.

 

Il fait peur.

 

Alors on l'a vidé de sens.

 

On ne le prononce jamais en toute conscience de ce qu'il signifie. On préfère utiliser des termes savants presque ésotériques ou des périphrases compliquées et absconses.

 

Énorme.

 

De tout ce qu'on lui fait porter. Tant de choses qui souvent n'ont rien à voir avec la chose qu'il est sensé définir.

 

Tout à fait à côté de la plaque.

 

Énorme.

 

A ne pas pouvoir se le mettre en bouche comme tous les autres mots.

 

Violent.

 

Lourd d'une solitude de banquise.

 

De peur, d'angoisse viscérales.

 

De la colère de ne jamais pouvoir exprimer ce que l'on est.

 

Lourd d'une antique malédiction.

 

De l'impossible qu'il faudrait interpréter, du chaos qu'il faudrait sublimer.

 

Le mot, qui sépare, isole, coupe les liens. Une frontière imaginaire et pourtant infranchissable entre deus mondes.

 

Quatre murs qui enferment

 

Le mot définitif comme un couperet de guillotine.

 

Le mot de non retour.

 

Un mot du néant d'avant le premier matin de la création de l'univers, d'avant la naissance de la première lumière du jour.

 

Déclaré inconvenant, vulgaire, insultant.

 

Comme une injure, un crachat jeté en pleine figure au malheureux qui en est marqué pour la vie au front.

 

Qui lui scarifie le ventre jusqu'au profond du sexe.

 

Qui lui incendie la tête de délires et d'hallucinations.

 

Qui le jette dans les poubelles du vivant.

 

Qui le cache au soleil, qui lui cache le soleil.

 

Il n'y a pas de fou heureux.

 

Il n'y a que de fous douloureux.