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Il a cru.

 

Il a cru qu'il avait trouvé sa perle rare.

 

Celle qui saurait apaiser le monstre en souriant. Qui en changerait le visage. En résoudrait l'énigme. Lui donnerait un sexe définitif. Le guérirait de la peur du danger de vivre et de jouir. Qui lui rendrait son corps dont il n'aurait plus honte des plaintes. Par laquelle il cesserait de tuer fatalement ce qu'il aimait si intensément. A ne plus être l'instrument de sa propre exécution, sa suprême jouissance. Qui lui ferait savoir ce qu'il faut savoir pour ne plus créer d'impossibles désirs. A bander pour servir.

 

Il se sentait amoureux.

 

Pas de doute.

 

Jalousie, angoisse, possessivité, possession démoniaque du désir brûlant qui réveille au milieu de la nuit et qui retentit dans tout le corps.

 

L'amour était bien là.

 

Tout son organisme avait subitement décidé, une fois pour toutes, qu'il avait envie d'elle à en devenir fou. Et à en prendre le risque. Y penser le faisait bander. Pour lui, chacun de leurs accouplements était fabuleux.

 

Même si elle n'y mettait que du sexe. Rien d'autre d'elle-même. Elle donnait le sexe, tout le sexe. Elle était le sexe.

 

Il croyait qu'il trouverait l'orgasme au fond de son vagin. Elle avait avant, pendant et après l'acte sexuel, dans ses mouvements, dans ses mots, dans ses sourires, l'élégance souple d'un félin. Et quand elle le baisait, c'était les vagues des mers du Sud. Une fleur tropicale jusqu'au plus creux de ses cuisses.Douce et chaude jusqu'à l'insupportable.

 

C'était la première créature féminine pour laquelle il était prêt à vendre son âme jusqu'à la carbonisation totale de son être.

 

Étrange fille qui aimait plus que tout faire l'amour et qui s'y donnait sans limite. S'abandonnait à son désir avec fureur. Hurlait son plaisir dans un cri de désespoir.

 

Qui lui disait qu'il ne fallait pas l'aimer. Qu'elle le lui interdisait. Il la sentait filer entre ses bras comme du sable quand il lui disait je t'aime. Pour s'enfuir dans un très loin qu'il lui était à jamais inaccessible, dans lequel il ne pourrait jamais la rejoindre.

 

Il était lucide et connaissait tout du tragique de l'amour qu'il avait toujours fuit pour ne pas en subir l'angoisse. Mais avec elle, il était dans la plus stupide de toutes les croyances. Mais si, elle m'aime. Mais elle ne sait pas me le dire. Tout en se demandant, comment puis-je croire qu'elle puisse m'aimer ?

 

Quand ils faisaient l'amour, il était au ciel. En oubliant que le ciel c'est aussi un enfer.

 

Il subissait sa réalité comme une douloureuse tyrannie qui résonnait en la fracassant, comme un vacarme dans son anatomo-physiologie.

 

Elle l'avait pris dans ses filets pour, finalement, en déchirer les mailles et laisser glisser le poisson tout seul dans les eaux amères et saumâtres de la désespérance sous son regard indifférent.

 

Abandon.

 

Jeté à la décharge, l'amant avant lumineux qui, dans une accumulation de souffrances avait explosé dans ce cri. Ça suffit. Ça ne peut pas continuer comme ça ! Je n'en vais.

 

Et elle a abandonné l'amant qui partait.

 

S'il quittait l'enfer, il perdait le paradis, ce soleil qui ne se couchait jamais sur ses rêves d'elle.

 

Il avait brisé ce soleil auquel il avait trop aimé, trop souvent, brûlé les ailes.

 

La chute d'Icare.

 

Qui n'en finit pas de tomber.