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L'histoire d'une psychanalyste écrite par une psychanalyste. Bigre. Je ne suis pas, loin de là, un adepte fanatique de la grande secte psychanalytique freudo-lacanienne. Je ne me suis jamais caché de ne pas goûter aux élucubrations psychanalytiques.

Allez, dépassons nos préventions. Il ne s'agit pas là d'un manifeste à la gloire de la psychanalyse mais d'une biographie. Fort bien écrite. Fort bien documentée. Cf les notes en bas de pages et la bibliographie très riche en fin de livre.

Rappelez-vous. Sabina Spielrein. Le film A dangerous method. Sabina Spielrein c'ast la patiente, l'élève et enfin la maîtresse de C.G. Jung. La querelle Freud/ Jung.

Dans la réalité, Sabina Spielrein n'est plus qu'un nom. Pourtant c'est l'une des toutes premières femmes psychanalystes. Une femme certes psychiquement instable, mais un esprit vif et brillant. Elle sera à l'origine de grands concepts de la psychanalyse. Cf la pulsion de mort dont Freud, dans un premier temps, ne voulait pas entendre parler. Née dans une famille juive russe, d'un père violent et d'une mère visiblement bipolaire. Il y avait de quoi devenir hystérique. Sauvée par son intelligence, sa passion pour la psychanalyse, son amour pour la science (sans la science la vie n'a aucun sens).

Une femme qui aurait pu être une de ces héroïnes au destin extraordinaire si on ne lui avait pas volé sa vie. Jung, Freud et leurs successeurs se sont approprié ses idées, l'ont méprisée (la petite, la bonne femme, la Spielrein et j'en passe. Elle a été toute sa vie confrontée au machisme des pères de la psychanalyse comme s'il ne lui avait pas suffit d'être maltraitée par son père. Jung joue avec ses sentiments d'une façon abominable. Freud la couvre de compliments mais la décrète même pas hérétique, ce n'est qu'une femme. Autrement dit rien, puisque pour le dieu viennois comme pour Jung, une femme ne peut être destinée qu'à sa fonction reproductrice. Elle ne peut pas avoir d'affect, d'intelligence. De raison. De sexualité. Un être à peine humain et par définition passif.

Le pouvoir bolchevique qui ne supporte pas ce qui remet en cause son idéologie diabolique, tue ses frères, c'est le temps des grandes purges staliniennes. Elle y échappe de peu. Elle est juive. Elle tombera, nue, sous las balles nazies avec ses deux filles au bord d'une fosse du côté de Rostov sur le Don.

Telle fut la vie de celle qui aurait pu être la Marie Curie de la psychologie comme le rêvait sa mère.

De son internement à son assassinat.

Un livre touchant, émouvant, poignant.