9782246857471-T

«Les hommes aimés des dieux meurent jeunes.» Hölderlin.

 

Alors, Jean Michel Basquiat était aimé des dieux. Sans doute Jupiter en fut-il jaloux car c'est connu, quos vult perdere Jupiter dementat. En français, Jupiter rend fous ceux qu'il veut perdre. Et Jupiter s'est acharné sans pitié sur ce chéri de l'Olympe.

 

Ce garçon, évadé de Brooklyn, poète, graffeur, musicien, peintre, a le génie, la grâce, la jeunesse, la beauté, la puissance de création. Il ne lui manque rien. Il acquiert tout de suite le succès, la richesse, la célébrité. Le monde de l'art est à ses pieds et les requins lui tournent autour, attendant la chute finale pour en faire du fric.

 

Dans son combat d'artiste contre la veulerie et la lâcheté du monde, son ascension est fulgurante, mais dévoré par ses passions destructrices sa chute est brutale et sans rémission. Il se veut et il est un héros, un héros grec. De ceux qui savent en toute conscience qu'ils vont en courant à leur perte. Lucide sur son destin qu'il sait éphémère, il vit et il peint danseur de l'urgence. Une urgence dans laquelle il va se brûler les ailes et l'âme.

 

Je n'en dis pas davantage sur le personnage. Ducrozet en parle bien mieux que je moi.

 

Là, on tient un livre, à l'image du héros, fulgurant. L'auteur l'aurait-il écrit en dansant, dans l'urgence ? Un style fluide, agile, parfois haché et discontinu. Parfois dur et froid. Un livre sur le chaos de l'artiste d'où nait l'oeuvre. Un livre à l'image du personnage, de sa vie, de son œuvre. Violent, désespérant de cette absurdité de vivre, élégant et sauvage. Un portrait peint avec force et justesse. Avec de ces instants de grâce qui vous porte au bord des larmes.

 

Un livre puissant, sombre et lumineux.

 

Un vrai bonheur de lecture qui laisse l'impression d'y avoir beaucoup gagné.

 

Quant à moi, je l'ai refermé en reconnaissant Jay comme un frère en humain. Un de plus. Miracle de la littérature.