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Elle était belle, elle était douce du regard et de la voix, et je fondais devant son sourire comme une glace au soleil. Elle m'attirait, cette petite brunette bouclée, légèrement ronde, avec ses hanches larges, ses petits seins aux mouvements d'oiseau, sa peau toujours brune même sous les pulls de l'hiver qui appelait la caresse.

 

J'en rêvais. Je lui tournais autour et Elle ne refusait jamais d'entrer dans le ballet de la séduction. Un jeu à fleurets mouchetés.

 

Sans jamais s'atteindre.

 

Elle avait un mec. J'étais marié. Rien de plus n'était possible. Nous étions donc dans cette situation, oh combien banale, de deux êtres aimantés et qui n'osent pas faire ce pas en avant qui les collerait l'un à l'autre. Il faut si peu de choses. Ce peu de choses qui nous manquait pour tout faire basculer.

 

Un jour...

 

Pendant ce stage qui nous tenait loin de notre base. Nuits d'hôtel broyées sous la machine à fantasmes. Lourde de frustration volontaire. Soirées passées en bavardage à propos de tout et de rien. Jeu de séduction. Sans en avoir l'air. Dans le désir qui ne cède pas mais qui n'est jamais reconnu ni avoué.

 

Jusqu'au soir où nous avons un peu bu. Oh, juste cette dose désinhibitrice qui fait tomber les barrières et donne toutes les audaces.

 

Elle m'a suivi dans ma chambre.


Puis dans mon lit.

 

Imprévu. Inattendu. Miraculeux.

 

Parce que nous avions fait l'amour, que nous en avions envie depuis longtemps, parce qu'il avait été si facile de résister à la tentation en lui cédant, parce que nous étions jeunes, sans honte, sans remord, parque nous n'aurions désormais jamais de regret, parce que rien d'autre n'était important, l'air était devenu incomparablement plus léger.

 

Nous étions au ciel.

 

J'avais oublié que le ciel c'est aussi l'enfer.

 

Et inversement.

 

Je n'ai pas compris, dans l'instant, pourquoi Elle était allée dormir dans son lit. Présage de l'impossible.. Pendant dix ans, nous ne dormirons jamais ensemble. C'était trop compliqué de dormir avec moi dans le même lit.

 

Étrange fille.

 

Qui aimait plus que tout faire l'amour et s'y abandonnait sans retenue, sans limite, avec fureur et qui hurlait, avec du désespoir, mon nom dans son plaisir en me serrant dans l'étau de ses cuisses contre ses seins.

 

Mais qui ne voulait pas de l'amour. Qui me répondait quand j'osais lui dire je t'aime, non, il ne faut pas le dire, il ne faut pas que tu m'aimes. Tu ne dois pas. Il ne faut pas m'aimer. Je ne veux pas. Et Elle me quittait, Elle s'enfuyait.

 

Ses seuls mots n'ont jamais été que j'ai envie de toi.

 

Je l'aimais. Je n'y pouvais rien, je l'aimais. Elle. Et je crois que je lui faisais peur.

 

J'attendais je t'aime.

 

Jamais venu.

 

Malgré tout, j'ai vécu sous ce soleil qui ne se couchait jamais sur mes rêves d'Elle.


Et un jour, la chute d'Icare.

 

J'ai brisé le soleil.

 

Je m'y étais trop brûlé les ailes.