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Dans une lumière qui pisse gris par des carreaux mal lavés, en tombant des plafonds jaunis par des années de nicotine fétide. Il 'emmerde sur son lit si peu hospitalier. Rien à dire en dehors des entretiens programmés. Rien à faire en dehors des activités « proposées ». Même les soignants s'emmerdent. Et pour le cacher, ils font semblant de déconner. Entre eux bien sûr. Les malades n'y sont jamais invités. Ils dérangent. Ils ne faut jamais avoir besoin des infirmiers quand ils déconnent. Ça les met de mauvaise humeur. Seuls les plus dérangés d'entre nous l'osent. A leur risques et périls.

 

A l'asile, la couleur dominante c'est l'ennui.

 

Le temps à l'asile. Est-ce que je peux parler de temps ? A l'asile le temps est si long, si gris, si insipide, si inodore, si incolore qu'il n'existe pas. L'asile est une expérience hors temps. Nul ne peut la comprendre s'il ne l'a pas vécue.

 

A l'asile, pas de saison. Plus de seconde, de minute, d'heure, de journée, de semaine, de mois, d'année. Plus de cycle jour / nuit. Ce n'est pourtant pas l'éternité. Mais la mort lente, interminable, dans l’indifférenciation temporelle qui fige tout.

 

Ce qui fait que le temps est le temps c'est l'imprévu, inattendu, la projection dans l'avenir, le rêve. A l'asile, il n'y a jamais d'imprévu, d'inattendu, de projection, de rêve. Le temps existe parce qu'il passe. Ici, le temps ne passe pas. C'est un assemblage d'instants absolument identiques qui se reproduisent mais qui ne rythment que du rien. L'immuabilité des rites, leur régularité ne font que renforcer cette absence du temps. Lever, en fanfare à heure prescrite, petit déjeuner sans même un mauvais thé, déjeuner immangeable, sieste autorisée, diner comme le déjeuner, télé nulle jusqu'à vingt trois heures, coucher obligatoire. Entre eux, rien. Une journée ordinaire.

 

Il n'y a plus d’instantané.

 

Seul un vide dont l’apesanteur vous fait peser des tonnes. Un vide. Un vide de temps dans lequel errent des zombis sans passé. Et pour qui demain n'a aucune réalité. Même si on l'évoque sans y croire. Un vide de temps parce que l'on a fini à y oublier le temps. Sous la couche tiédasse qui recouvre tout. On en oublie même son âge. Il n'y a plus de jeunes et de vieux. Mais des gens usés de toute éternité.

 

Finalement, à l'asile, malgré le désœuvrement généralisé et permanent de tous, il n'y a pas de temps à tuer. C'est le temps, ou plutôt l'absence de temps, qui tue tout un chacun à petit feu. On passe son temps à attendre un temps qui passe. Comme un train qui n'arriverait jamais.