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Si vous

 

vous êtes sourds

 

eux, ne sont pas muets.

 

Moi

 

Je vous dis qu'ils parlent, ils parlent un langage que vous ne possédez pas. Et pour les entendre, l'oreille, la simple oreille ne suffit pas. Ils parlent avec leurs silences douloureux, leurs cris d'appel désespérés, leurs mains comme ces oiseaux mazoutés et perdus, leur regard halluciné fracase sur ce point inconnu situé au delà de la ligne d'horizon, loin, très loin. Là où les emportent leurs délires explosifs et explosés, polymorphes et discordants.

 

Ils passent du coq à l'âne, de l'âne au coq, du rire aux larmes et des larmes au rire sans pouvoir décider entre le coq et l'âne, le rire et les larmes.

 

Ils parlent, intarissables, infatigables logorrhéiques, dans leurs errances, dans leurs déambulations le long des interminables couloirs de l’asile, dans les errances dissociées du labyrinthe psychique où ils sont enfermés. Dans lequel chacun est multiple de lui-même sans mieux se comprendre, sans mieux se répondre.

 

Ils parlent.

 

Et vous n'entendez pas leur discours que vous prenez pour un cacophonie sans queue ni tête.

 

Ils ont des choses à se dire.


Ils ont des choses à vous dire.

 

Écoutez-les.

Les fous.