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1966, j'ai huit ans. Mon frère cadet et ma belle sœur m'emmènent au cinéma. Mon premier film. Le docteur Jivago. Je suis ébloui. Mon premier film ! J'ai dû tomber amoureux tout de suite de Lara. Revu le film au moins dix fois depuis. Toujours amoureux de Lara.

Étrangement, je n'avais jamais lu le roman. C'est chose faite ! A quelques détails près, je n'ai rien reconnu du film. Peu importe. J'ai dévoré ce gros pavé. Les plaines interminables de Russie, la neige, et la mélancolie chronique des russes.
C'est la grande guerre. Puis la révolution, et enfin le coup d'état bolchevique de 1917. Et là Pasternack peint magnifiquement mais sans complaisance l'installation du totalitarisme communiste. Il est interdit d'être amoureux, heureux, malheureux. Il est interdit de créer. Un bon communiste n'a pas de sentiment. Description de cette absurdité cruelle et sanglante que fut ce régime criminel. Les êtres sont bousculés, ballotés, brisés par ce régime qui ne se comprend même pas lui-même. L’histoire d'amour est en arrière plan. Mais Jivago et Lara tout au long des pages sont les deux symboles de ces hommes et de ces femmes broyés par la machine bolchevique qui poussent les individus à s'auto détruire. Une flamboyante leçon d'histoire à travers la littérature. Et la littérature n'est-elle pas le meilleur moyen d'apprendre et de comprendre l'histoire, surtout l'histoire quand elle est tragique comme le fut celle du siècle dernier ? Ce livre est l'un des plus grands chefs d'oeuvres de la littérature russe sous le joug pervers du soviétisme. Pourquoi diable ai-je mis tant et tant d'années à le lire ? A cause du côté eau de rose du film, peut être. Film que j'aime un peu moins depuis que j'ai lu le livre. Mais je me suis essoufflé dans un livre magnifique. Puissant.

Le docteur Jivago est d'abord paru en Italie puis s'est répandu dans tout le monde libre. Tout de suite interdit au « paradis des prolétaires ». Le pouvoir a interdit à Pasternack d'aller recevoir son Nobel. Pendant que les communistes français et leurs « compagnons de route » couvraient et l'oeuvre et l'auteur de leurs immondices.

Ce qui, au fond, est rassurant, c'est que les crapauds sanguinaires disparaissent pendant que les livres, eux, demeurent.

Ce n'était pas la première fois, ce ne fut pas la dernière et il y en aura encore d'autres...