Le-nazi-et-le-psychiatre

Le nazi, c'est Göring, l'un des plus hauts dignitaires nazis, le psychiatre c'est Douglas Kelley, le cadre de leur « affrontement », la prison de Nuremberg.

Avant d'être jugés, les nazis doivent être examinés par un psychiatre pour déterminer s'ils sont sains d'esprit ou non, c'est à dire s'ils sont responsables de leurs actes ou non. Leur analyse va être confiée au Dr. Kelley, jeune et brillant psychiatre et au non moins brillant psychologue Gilbert.

Pour Gilbert, tous ces criminels de très vol ne sont ni des êtres à part ni des monstres. Leurs actes, monstrueux parmi tous, sont ceux que n'importe quel être humains est capable de commettre. On rejoint là « l'indicible banalité du mal » décrite par Ahrendt.

Parmi tous ces criminels de guerre, Kelley va longuement s'entretenir avec Göring, bien plus longtemps qu'avec tous les autres, bien plus longtemps que ne lui imposait sa mission. Göring le fascine, l'attire. Pour le psychiatre le nazi est l'incarnation du mal absolu, un monstre, un être à part du reste de l'humanité. Mais il ne parviendra jamais à discerner chez lui une personnalité particulière qui serait commune à tous les nazis. Il n'y parviendra pas parce que sa relation fusionnelle avec Göring lui interdit tout recul. Ces deux là se ressemblent trop. Et le psychiatre, sans jamais en prendre conscience, en voulant être un anti Göring, s'identifiera à Göring. Dans la manipulation, indiscutablement, c'est le nazi le plus fort. Le psychiatre ne voudra jamais l'admettre et s'y perdra. Ce face à face en huis clos est un duel à fleurets mouchetés, nous sommes entre gens de bonne éducation, mais dont la finalité est claire. Sortir vainqueur du duel et ainsi prouver sa supériorité sur l'autre, qu'on est le meilleur, le plus brillant, le plus intelligent, le plus fort. Un combat qui ne finira pas avec la mort de Göring qui se suicide, refusant la pendaison non par peur mais par un orgueil démesuré. La lutte s'éteindra avec la mort de Kelley qui s'empoisonne au cyanure, comme Göring. Il y a sans doute de multiples raisons au suicide de Kelley, mais son échec à détecter et à définir chez un humain ce qui caractérise le mal absolu n'y est certainement pas pour rien. Ce paranoïaque n'a pas pu le supporter, d'autant que ses théories étaient de plus en plus remises en cause. Ajoutez à cela le ratage complet de son mariage, de sa vie de famille...

Göring se fichait éperdument du bien et du mal et a servi le mal. Kelley, à force de vouloir servir le bien a servi le mal. Et, comme les nazis du reste, s'octroyant une caution scientifque. Göring fut l'un des pires bourreaux de l'humanité. Kelley en voulant à toutes fins définir ce qu'est le mal absolu pour en protéger l'humanité et sa famille sera le bourreau de sa femme et de ses enfants. Sera son propre bourreau.

 

Ce livre n'est ni un livre d'histoire ni de philosophie. C'est un livre de voyage. Un passionnant voyage dans les abîmes de la psyché humaine. C'est un avertissement aussi. Puisque rien chez un humain particulier le prédispose au mal, cela signifie que tous, nous y sommes prédisposés.