Le-maitre-et-Marguerite

Qu'est-ce donc que cette diablerie, c'est le cas de le dire, de livre qui vous saisit au cou et ne vous laisse pas respirer jusqu'à son point final ?

Car ne voilà t-il pas que dans les années trente, le diable en personne, oui oui Satan lui-même, débarque à Moscou pour y semer un désordre indescriptible, semer la destruction de cœurs, des corps, des intelligences, des talents, des bâtiments et j'en passe.

La police enquête, veut arrêter le ou les coupables, mais allez donc mettre le diable en prison !

Au milieu de tout cela, une histoire d'amour romantique en diable. Une jeune famme mariée de surcroît, vend son âme au diable pour retrouver l’homme de sa vie interné dans un asile avec d'autres victimes du diable et comme elles soignées par un excellent psychiatre qui se charge de ramener très rapidement l'ordre dans ces esprits égarés.

Boulgakov revisite le mythe de Faust à sa manière. Tout en sachant pertinemment qu'il ne sera jamais publié sous la dictature de Staline, les allusions aux folies furieuses du système stalinien sont bien trio claires, il aura travaillé douze ans sur son livre qui ne sera publié en URSS que dans les années soixante et encore passablement caviardé. Cette version est la version reconstituée du manuscrit original.

Faisant preuve d'un sens extraordinaire de la satire, d'une bonne dose d'humour, d'un talent pour l'absurde, celui qui a souffert tout ce que peut souffrir un créateur sous le régime bolchevique, Boulgakov a écrit pour la liberté des artistes et contre le conformisme étroit et sourcilleux de ce système politique. C'est une critique sans concession de la vie politique et sociale au « paradis des travailleurs ». Une parfaite peinture de ce temps et de ce pays sous la botte du petit père des peuples.

C'est un grand livre, un immense livre dont l'auteur est considéré par les critiques et ses lecteurs comme l'égal des plus grands auteurs russes.