Le_déluge_-_musée_de_beaux_arts_de_Nantes_20091017

 

 

 

Je hais les hommes pour leur stupidité, leur aveuglement et leur complaisance avec eux-mêmes, pour être totalement dépourvus de cette ironie qui signe le tragique de vivre, de cette auto dérision si nécessaire à l'intelligence, tout enrobés qu'ils sont de cette guimauve sirupeuse qu'ils appellent le bonheur.

 

Ecoeurant comme une orgie de barbe à papa.

 

Je hais les hommes pour leurs croyances en dieu, au diable, en l'homme, pour leur désir d'être bons, leur volonté d'être beaux, pour leur envie de jour de repos, de plage et de soleil sans pluie, pour cette obligation qu'ils s'imposent de faire semblant de jouir, quand ils couchent le jour avec la nuit.

 

Je hais les hommes pour leur amour des animaux et de leurs enfants qu'ils dressent ensemble pour les numéros du cirque des lugubres, pour cet air triste et compassionnel dont ils s'habillent pour aller aux funérailles virtuelles de l'autre bout du monde.

 

Je hais les hommes pour cette adoration qu'ils ont pour tout ce qu'ils viennent de crucifier, pour leurs âmes noires des impuretés du regret et du remord, pour leur envie de tuer les assassins qui ne leur ont rien fait au nom de la justice, pour leurs prières quand ils jouent au hasard.

 

Je hais les hommes ces héros domestiques, fanatiques du néant conjugal, de la procréation par le fouet, meurtriers inachevés qui se branlent dans les confessionnaux, avorteurs de leur mère au nom de la patrie.

 

Je hais les hommes accrochés, lamentables trapézistes, à l'espoir de immortalité et d'une éternité d'amour.

 

Pour sa petite peur de mourir qui lui habite le sexe

 

je hais l’humanité

 

jusqu'à en prier dieu de recommencer à exister juste le temps d'un déluge sur Sodome et Gomorrhe.