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 Quatre décennies au milieu de la folie.


On n'en sort pas sans trace. Sans ne plus avoir rien à en dire. Ce n'est pas parce que l'on a fait « valoir ses droits à la retraite » que l'on a rompu toutes les amarres avec la folie. Loin de là !

 

Ce métier, je ne l'ai peut être pas vraiment choisi. J'ai suivi une tradition familiale, je l'ai exercé par hasard et par nécessité. Quand j'y songe je n'éprouve aucun regret. Je l'ai aimé. Je l'ai pratiqué le moins mal possible, le plus honnêtement du monde. Sans aucune prétention. Sans me prendre pour mère Thérésa, l'abbé Pierre ou je ne sais quel sauveur de l'homme en perdition dans ce vaste monde. J'étais infirmier, ce n'était pas une vocation au départ encore moins un apostolat. Je le redis, je l'ai aimé ce métier et j'ai eu, auprès des étudiants en soins infirmiers, la passion de le transmettre.

 

Pendant quarante ans j'ai été Infirmier de Secteur Psychiatrique.

 

J'ai eu envie d'en parler, d'expliquer que le monde de la folie fait partie intégrante de monde des humains, de mettre en évidence l'humanité profonde des fous, de montrer que ces hommes et ces femmes que l'on a placés si longtemps au banc de la société derrière les hauts murs asilaires sont des êtres de chair, d'émotions, de sentiments. Qu'ils ont comme tout un chacun le droit inaliénable de vivre leur vie. Leur vie avec leur folie. Mon travail fut de les y aider. Sans prétention, et surtout pas celle de les guérir.

 

Je trace aussi le portrait de quelques uns d'entre eux, parmi ceux qui m'ont le plus marqué, avec lesquels je me suis le plus investi. Je ne dresse pas de froids et impersonnels tableaux cliniques. Je raconte des histoires de vie. Les histoires de leur vie quand elle a croisé la mienne. Notre aventure commune.

 

Ce ne fut pas tous les jours facile. Même les soignants peuvent souffrir en psychiatrie et leurs souffrances ne sont pas obligatoirement prises en compte, elles sont parfois générées par l'institution. Je ne pouvais pas le passer sous silence. Mais j'y ai connu aussi, et de nombreux, moments de bonheur professionnel.

 

Ce ne fut pas toujours facile pour moi mais aussi, et sans doute surtout, pour tous ceux qui ont travaillé avec moi. Avec mon exigence du travail bien fait, mes révoltes contre l'ordre psychiatrique établi, contre l'arbitraire des pouvoirs administratif et médical, contre le pouvoir « occulte » de certains collègues sur les soignants comme sur les soignants et la liste n'est pas close, non, je n'ai pas dû être facile. Je n'en éprouve toujours pas le moindre remord.

 

Modestement, mais peut être pas, je me suis raconté., je me suis raconté moi,

 

l'infirmier des fous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

EXTRAITS

 

La folie et moi. Une histoire de famille. Fils, frère, beau frère d'infirmier(e)s psychiatriques, je suis tombé dans la marmite en naissant.

 

Mon père est de ceux et de celles qui ont créé, dans la seconde moitié du XX° siècle, la psychiatrie. Avant, il n'y avait que les asiles, les aliénés, les aliénistes, les gardiens.

 

Pour la première fois, j'entre dans l'hôpital comme aspirant infirmier. Dans ce que je crois être l'ombre protectrice de mon père. Je vais très vite comprendre que d'être le fils de mon père ne m'apportera aucune protection.

 

Sans le savoir, sans le vouloir, au fond nous sommes des artistes dramatiques. Au sein de l'équipe, chacun, médecin, infirmier, travailleur social et bien sûr malade joue son rôle.

 

Et concrètement, l'ISP que j'étais n'avait, comme beaucoup d'autre du reste, qu'une idée en tête, qu'une ambition : désaliéner le fou de sa folie.

 

C'est cela une équipe d'infirmiers / infirmières psychiatriques. Un groupe d'homme et de femmes dans lequel la nature humaine exprime tout ce qu'elle a à exprimer. Ensemble pour le meilleur et pour le pire.

 

Du chef de quartier asilaire au cadre de santé actuel en passant par le chef d'unité de soins et le surveillant, la fonction a suivi l'évolution de la psychiatrie.

 

J'ai eu la chance et le bonheur même, de rencontrer des psychiatres dignes de ce nom. Même s'ils étaient facilement autocrates, encore à l'ancienne certes, ils étaient plus proches, plus respectueux de leurs équipes que les vieux mandarins.

 

L'infirmier est aussi un enseignant. Il s'agit toujours de donner aux étudiants une formation pratique, une formation de terrain.

 

A l'hôpital psychiatrique, il n'y a pas que des fous. Pas que des histoires de fous.

 

La longue nuit du schizophrène, ce jour de ténèbres, sans début et sans fin.

 

Éh oui ! Même si cela déplaisait, et doit encore déplaire, à certains infirmiers, à certaines infirmières, frustrés, psycho-rigides moralisateurs, le sexe et l'amour ça existe aussi à l'hôpital psychiatrique. Ils peuvent bien le nier, ça existe.

 

Je ne vais pas en dresser un tableau clinique. Pour cela il y a des livres et internet. Je veux mon propos en forme de plaidoirie de la défense, contre la mauvaise réputation de l'hystérique. Hystérique. Le mot claque comme une insulte. Salope, allumeuse, nymphomane ou pute n'en sont pas loin. Voire pédé s'il s'agit d’un homme.

 

En un mot comme en cent, enfin, nous sommes parvenus à ce que nous voulions, faire vivre le fou et sa folie dans la cité. Mais...

 

Et, en ce qui concerne la folie, je n 'en ai aucune définition, aucune explication. Et une seule certitude. Bien fou celui qui dit comprendre la folie.

 

 

SOMMAIRE

 

 

Avant propos

 

Au début était mon père

 

1° août 1977

 

Me voilà ISP

 

Désaliéner le fou de sa folie

 

L'équipe

 

L'encadrement

 

Les psychiatres

 

Infirmières toxiques

 

Les étudiants

 

Sylvie

 

Des histoires de vie

 

Rendez moi mon enfant

 

La longue nuit du schizophrène

 

Cédric

 

Hakim

 

L'artiste

 

L'amour et le sexe

 

Lionel ou l'amour à l'hôpital

 

Hystérique

 

Le blog

 

Un brin d'histoire et un peu de projection

 

Clap de fin

 

Bibliographie utile