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Il aurait tant aimé s'entendre dire, par une femme, jeune, belle, intelligente, tu es beau, tu es grand, tu es fort. Tu es mon taureau furieux.

 

Il se regardait souvent dans son miroir de pied. Il ne voyait qu'un corps chétif, rabougri, aux muscles d'athlète dénutri, aux os visibles sous la peau comme sous les rayons X pourvu d'une virgule ridicule au bas du ventre. Et sur ce corps, une tête mal taillé à coups de serpe mal aiguisée percée d'une bouche trop grasse, d'un nez trop long et épais, d'yeux trop myopes.

 

Sa mère l'appelait encore La Brindille. Dans ses accès, rares, de tendresse, ma Brindille fragile.

 

Alors parfois, le soir, il sortait pour contempler les couples d'amoureux. Ce n'était pas du voyeurisme. Ce n'était pas son genre. Non. Il désirait seulement admirer ces costauds qui tenaient une fille dans leurs bras. Sans les envier par ailleurs. Non, il ne les enviait pas. Un plaisir, masochiste, mais un plaisir quand même. On a les joies que l'on peut.

 

De sa vie il n'avait jamais tenu de fille dans ses bras.

 

Même pas en rêve.

 

Simplement parce que, on ne sait jamais, il aurait peut être dû se déshabiller devant elle. C'était son cauchemar, sa grande terreur, la gigantesque panique à bord. Hors de question. Il n'allait jamais ni à la plage ni à la piscine. Totalement inenvisageable de s'exposer en maillot de bains, de déambuler dans toute sa maigreur. Il avait la décence de ne pas s'exhiber sous le regard des gens normaux. Un regard comme une brûlure de reproche d'être aussi peu attirant. Des sourires entendus en se poussant du coude. Il n'aurait pas supporter.

 

Le malheur d'être gros !

 

Il soupirait.

 

Personne en parlait du malheur d'être maigre. Il n'y en avait que pour les gros. Forcément, on les voyait, eux.

 

Les maigres, comme lui, n'existent pas.