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Vous voulez être aimé(e). Vous avez la volonté farouche que l'on vous aime. Vous vendez père, mère et votre âme au diable ou pire à dieu, pour cela. Vous jouez les stars en vous trainant comme des chiens aux pieds de l'être, non pas aimé(e) mais dont vous désirez si fort être aimé(e). Que vous l'aimiez ou non, point de détail sans, mais alors sans vraiment, aucune importance. La question ne se pose du reste même pas. Vous me direz que puisque vous voulez que l'on vous aime c'est que vous aimer. A voir... Rien n'est moins sûr.

 

Vous êtes vous une fois posé sincèrement la question ? Non, vous ne vous la posez jamais. C'est évident ! Bien sûr, c'est évident. Si vous le dites. Puisque vous le dites.

 

En fait, je crois sincèrement que vous vous en fichez. Que vous aimiez ou pas, vous vous tamponnez le coquillard allègrement. Aimer l'autre ? Qu'importe pourvu qu'il / elle m'aime ! Parce que j'ai besoin qu'il ou elle m'aime. Pour ne pas affronter la vie, en attendant la mort, tout seul. Si l'autre m'aime, il s'est attaché à moi. Je suis donc attaché à lui. Nous sommes attachés l'un à l'autre. Le double sens de ce verbe est particulièrement signifiant. Être attaché égale aimer. Autrement dit et plus directement, aimer signifie ficelé et être ficelé.

 

Votre volonté d'être aimé(e) c'est cela, la volonté d'être attaché à l'autre et d'attacher l'autre. Les doux nœuds de l'amour, les liens du mariage ! Éloquent ! La volonté d'être aimé ! On y perd sa liberté mais peu importe puisque l'autre perd, ipso facto, la sienne.

 

Ce besoin d'être aimé(e), que parait-il tout le monde partage, n'est rien d'autre que le désir de phagocyter et d'être phagocyté. Ne parle-t-on pas d'un amour dévorant ? C'est tout dire. On ne s'aime que pour se dévorer ! L'amour est cannibalisme. Le cannibalisme n'est-il pas la forme ultime appropriation de l'autre, de son corps, de sa psyché, de ses rêves, de ses désirs etc... ? Autrement dit et d'une façon plus sentimentale.

 

Nous ne sommes plus qu'un... Amour fusionnel. Nous ne faisons plus qu'un. C'est à dire que je n'existe plus, tu n'existes plus, seule existe une espèce d'ectoplasme une fois que chacun a renoncé à sa personnalité, à son identité, à l'indéniable fait qu'il est un être unique non reproductible. Volonté d'être l'autre et que l'autre soit moi. Si tu m'aimes, tu te renier comme je me renie. Tu n'existes plus, je n'existe plus. C'est un suicide et un assassinat tout à la fois. Ce que l'on appelle un suicide altruiste.

 

Et ce sera, souvent, un enterrement de première classe avec robe blanche, flonflons du bal et festin. On appelle ça le mariage, approuvé par les hommes et béni des dieux. Je n'ai jamais rien trouvé de plus lugubre que cette joie affichée face à une catastrophe annoncée.

 

Si c'est cela l'amour, je m'en passe volontiers.

 

Je préfère quant à moi, vivre ce que et qui je suis, sans renoncement d'aucune sorte, dans la sécurité de la divine solitude du célibataire rebelle.