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S'il est une idée qui me fascine, outre celle du suicide, c'est celle du meurtre. Elles sont d'ailleurs très proches l'une de l'autre. L'acte est le même, seul change l’objet de l'acte. Mais quand on pense... L'un n'est pas plus absurde que l'autre finalement.

 

Il s'agit simplement de trancher un fil et puis c'est tout, c'est fini. Pour moi ou pour l'autre.

 

Le meurtre.

 

Un acte simple et qui, parfois, peut être libérateur. Libérateur d'une tension. Avoir envie de tuer c'est comme avoir envie de faire l'amour. Il ne s'agit pas de tuer par préméditation, par légitime défense, dans un accès de folie furieuse, ou de crime passionnel.

 

La véritable jouissance du meurtre, c'est le meurtre gratuit, sans autre raison que la simple envie de tuer. De tuer le premier inconnu qui passe ou la première inconnue qui dort sur le sable à demi nue. Ou de pousser l'être aimé par dessus le balcon, de le jeter par la fenêtre ou sons le train qui passe.

 

Pour que cela soit véritablement jouissif, il ne faut pas que l'autre sache qu'on va le tuer. Il ne doit pas s'y attendre. Tout juste le regarder se demander dans sa chute vers quel néant il se dirige. Contempler sa mine ahurie et terrifiée équivaut à entendre le cri ou le soupir d'orgasme de son partenaire.

 

Pour réussir le meurtre parfait, il faut être à peine acteur et pleinement spectateur. C'est à dire se sentir pleinement concerné par la scène et absolument pas impliqué dedans. Cela demande un léger dédoublement de personnalité, mais qui, la plupart du temps survient comme un petit déclic, sans qu'on y pense. On revient à l'un sans difficulté et l'on s'empresse d'oublier ce qui vient de se produire. Pour penser à autre chose d'autrement plus préoccupant.

 

Le meurtre doit rester à titre gratuit. On ne doit rien en attendre, aucun intérêt, les meurtres par intérêt sont sans intérêt. Rien d'autre que le vague et trouble plaisir de l'instant qui peut parfois confiner presque à l'orgasme. Ils sont de toutes façons aussi éphémères, fugitifs l'un que l'autre. Après, on va fumer une cigarette avec l'avantage suivant. Le partenaire sexuel à tendance à vous coller dans le post orgasme. Le partenaire du meurtre lui, reste là où il est tombé, il ne vous suit pas, ne réclame pas un supplément. Il est mort, et ce jusqu’à la fin des temps et au delà, et ne bougera de là où il est tant que personne ne le découvre pour l'expédier, c'est inévitable même si c'est désolant, à l'institut médico-légal. A l'institut médico-légal où les mains gantées de latex des Master et Johnson de la police scientifique vont le découper de toutes les façons et gâcher votre plaisir. Vous n'aurez donc pas la satisfaction de tomber dessus par distraction en vous demandant une fraction de seconde ce qu'il fait ici.

 

Ce genre de meurtre doit rester unique. Vous n'êtes pas un tueur en série. Vous avez eu juste besoin de ce meurtre pour vous réconcilier avec la vie et avec les hommes. Avec vous-mêmes. En créant l'oeuvre de votre renaissance.