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L'arabe, celui que Meursaut tue sur une plage incendiée par juillet. L'arabe n'a ni nom ni prénom. Kamel Daoud lui donne une identité. C'est à dire un prénom, un nom, un frère, une mère, probablement aussi une fiancée et un pays, cette Algérie qui en cinquante cinq ans après son indépendance ne parvient qu'à gâcher sa liberté. L’anonyme prend vie soixante dix ans après sa mort.

Kamel Daoud réussit cet incroyable tour de force. Écrire un roman dans le miroir d'un autre, et quel autre ! S'attaquer, si j'ose dire, à L'étranger de Camus il fallait le faire. Daoud ose et réussit.

Réussit à écrire trois destins qui s'emmêlent, et se ressemblent terriblement, l'assassin, la victime et le frère de la victime. Et deux mères, celle de l'assassin et celle de la victime.

Trois destins dans la tragédie de l'absurdité fondamentale de la vie.

Ce livre est beau à couper le souffle. L'auteur nous entraine dans un abime sans fond et sans fin avec une virtuosité consommée. Il brouille les pistes, crée des effets de miroir, convoque prophètes et récits des origines, confond délibérément Meursault et Camus. Suprême audace, il détourne subtilement des passages de L’Étranger, comme si la falsification du texte originel était la nécessaire et ultime réparation.

«  Sa langue, à la fois classique et neuve par ses métaphores, dense et sensorielle, admirable de clarté et de mystère mêlés, rappelle, sans le copier toutefois, le style d’Albert Camus. » (In Le Monde)

C'est à dire qu'un jeune romancier d'un talent inouï a rencontré une géant de la littérature mort il il y a 57 ans. Lumineuse rencontre de ces deux enfants de la terre d'Algérie. Aux destins qui se ressemblent.

C'est magnifique toujours, parfois sublime.

On ne peut plus désormais lire L'étranger sans lire Meursaut contre enquête. Le plus bel hommage qu'un écrivain peut rendre à un autre écrivain.

Des destins, des hommes, des livres unis au delà du temps.