Ernest-Hemingay-Le-Vieil-homme-et-la-mer

 

Le sexe avait été la grande, la seule véritable affaire de sa vie. Dès qu'il arrivait quelque part, il assurait ce qu'il appelait sa sécurité sexuelle comme un autre aurait tout de suite repéré les bonnes tables. Éternel affamé de sexe. Gourmand et pas regardant sur le plat qu'on lui présentait, il dévorait tout. Il avait quasiment tout fait en matière de sexe et il en redemandait. Jamais assouvi. Et il avait la réputation d'un amant attentif et brillant. Il aimait jouir et faire jouir, jouir de faire jouir.

 

Tout avait commencé doucement. Faiblesse d'érection, manque de contrôle éjaculatoire par envie de se débarrasser très vite de ce qui devenait une corvée. Une vague nausée, une lassitude post orgasmiques. Quand, et si, il y avait orgasme. Et l'envie impérieuse de se retrouver seul. Et puis, un jour, plus d'envie, plus de désir. Tracé sexuel plat. La grande glaciation du caleçon sous un ciel lourd à porter, gris et sale, où venaient se coller toutes les mouches de l'ennui. Il ne cherchait même plus à épier, dans la rue ou dans le métro, ce qu'il appelait ses petites friandises, un décolleté qui se penche, une cuisse dévoilée sous une jupe trop relevée par un coup de vent. C'en était fini de suivre un cul dans un jean sans même savoir où il allait.

 

Il avait tout tenté pour y revenir. Les chattes jeunes, roses et fraiches sous les poils blonds, les chattes quinquagénaires fanées et fripées sous les poils noirs, les chattes quadragénaires, florissantes sous leur toison.

 

Rien à faire.

 

Il bandait pourtant quand il se réveillait la nuit, ou le matin. Ce qui signifiait que la machine fonctionnait encore. Et puis, il n'était pas si vieux ! Il était loin d'avoir atteint l'âge de l'impuissance sénile. Mais dès qu'il voulait passer à l'acte, débandaison générale. Il avait perdu tout appétit. Insensible à toute forme d'excitation.

 

Il n'aimait plus le sexe.

 

Il n'y pensait plus.

 

Le sexe ne le faisait plus rêver.

 

Le sexe le dégoûtait.

 

Il finissait par l'admettre, sans désespoir, sans résignation. En trouvant que c'était finalement très bien ainsi. Comme avec une sorte de soulagement.

 

Enfin, le repos du chasseur érotomane.