suicide

 

 Au fond, la seule question qui vaille, la seule interrogation qui doit nous obséder à chaque minute du jour et de la nuit, la seule pensée qui peut nous approcher d'une certaine idée de la liberté, de notre potentielle toute puissance, c'est l'idée du suicide.

 

Nous n'avons pas choisi de vivre.

 

Nous pouvons décider de mourir quand nous le voulons et de quelle façon. Sans que cela ne soit que l'unique effet de l'absurde.

 

Nous ne sommes en rien maîtres de notre vie.

 

Mais nous en sommes les seuls juges. Vaut-elle ou non toute la peine que l'on se donne pour la vivre ? Avons-nous une seule bonne raison de poursuivre cette existence qui, de toutes façons, finira dans le pourrissement post mortem, auquel,et depuis l'éternité, nous sommes promis ?

 

La seule décision que nous puissions prendre, c'est d'écrire le mot fin au bas d'une page sans rime ni raison et sur laquelle, finalement, nous n'avons jamais rien tracé de durable.

 

Metteurs en scènes et acteurs de notre mort nous sommes notre propre démiurge dès lors que, choisissant l'instant de notre mort, nous mettons en échec ce hasard qui nous manipule comme des marionnettes.

 

Penser au moment précis de notre geste suicidaire, c'est entrevoir ce que serait ce dieu omnipotent et omniscient auquel l'humanité a octroyé ce droit totalement arbitraire de vie et de mort sur ses créatures.

 

A l'instant de notre suicide, et dans la fugacité de cet instant, nous cessons d'être humain, nous sommes dieu.

 

En retournant à ce néant dont nous avons eu la très éphémère illusion de surgir, nous supprimons le monde, jusqu'à annihiler le néant lui-même.

 

Et si dieu existait, c'est à la minute de notre passage à l'acte que nous l'assassinerions.

 

Le suicide est le seul acte réellement créateur que nous puissions accomplir.

 

La seule action qui puisse racheter, en nous en consolant, cette erreur qu'est la volonté de vivre, le désir de la chair, le besoin

 

A condition de finir en beauté.

 

En cadavre élégant.