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Par la controverse qu'il suscita dès sa parution chez les historiens, ce livre eut entre autres le mérite essentiel de contraindre ceux-ci à entreprendre des recherches nouvelles sur le génocide des Juifs par les nazis.
Hannah Arendt, envoyée spéciale du New Yorker au procès de Jérusalem, philosophe américaine d'origine juive allemande, auteur d'un ouvrage célèbre sur les origines du totalitarisme, fit scandale à New York et à Londres, en Allemagne comme en Israël.

Sans remettre en cause la nécessité de juger et de condamner Eichman, elle remet en cause les conditions du procès, certains motifs de l'accusation, certains attendus du jugement.

Elle reconsidère tout l'historique des conditions dans lesquelles furent exterminés des millions de Juifs, met en cause les coopérations qui tournent souvent à la complicité que le lieutenant colonel SS Eichman a trouvées dans toutes les couches de la population allemande, dans la plupart des pays occupés, et surtout jusqu'au sein des communautés juives et auprès des dirigeants de leurs organisations.

Elle décrit « le monstre » Eichman sous son véritable jour. Un individu d'une médiocrité navrante, un petit fonctionnaire de bas étage, qui ne brille ni par son intelligence ni par sa mémoire, incapable de prendre la moindre initiative. Le tribunal de Jérusalem en fera un puissant personnage qu'il n'était pas. Il ne fut qu'un exécutant scrupuleux et borné de la monstruosité nazie. Sans le nazisme, il serait resté coincé dans quelques arrière bureau poussiéreux. Eichman ? Juste un pauvre type incarnation « de la terrible, indicible, de l'impensable banalité du mal ».

Et dans quelle mesure le tribunal de Jérusalem a-t-il réussi à satisfaire toutes les exigences de la justice, telle est bien la question que pose Arendt.

Une question qui, si l'on y réfléchit un peu dépasse largement l'affaire Eichman et le tribunal qui l'a jugé et consamné.