Mante-macro---tomber-par-terre

 

Petite fille attardée qui jouait à la grande dans son immaturité affective crasse.

 

Petite fille dépendante dans son constant besoin d'être rassurée, de se rassurer, qui se racontait des histoires à la guimauve. Qui à quarante ans, tremblait encore devant son « papa ».

 

J’étais ton prince charmant, tu étais ma belle au bois dormant.

 

Ton romantisme suranné sentait le bouquet fané sous la poussière. Tu ne nous vivais pas, tu nous rêvais.

 

Tu te bâtissais, jour après jour, le château en Espagne de l'amour éternel et exclusif. Un château à l'allure de prison. Un château où ton amour me guérirait de mes blessures. « Mon amour te guérira de tout ». Un château qui sentait l'hôpital.

 

Mais nous étions dans la réalité crue de la vie, de l'amour physique, charnel. Pas dans un conte de fée. Le sexe n'apparait jamais dans les contes de fées. Les contes de fées sont pour les enfants. Nous n'étions plus des enfants. Enfin, moi. Toi, tu préférais rester dans « la pureté et l'innocence de l'enfance » (sic!). Nos ébats dans un lit n'avaient pourtant rien d'enfantin.

 

On s'aimait, physiquement, charnellement, sexuellement. On s'aimait dans le sexe, par le sexe, pour le sexe. Nous étions l'un pour l'autre le sexe. C'était ça notre réalité. Pas ta guimauve sentimentale.

 

Tu étais ma petite princesse. Et moi, le bon / méchant papa qui punissait sa fille et qui la baisait. Qui la punissait lorsqu'elle était gentille et qui la baisait quand elle faisait sa vilaine. La petite princesse manipulatrice qui naviguait dans l'eau de rose et la maîtresse déchainée jusqu'à l’obscénité. Qui m'écrivait des lettres d'adolescente amoureuse le jour et qui la nuit me demandait de l'enculer pour lui défoncer le cul profond.

 

La petite princesse sentimentale qui voulait manipuler son papa par le sexe. La petite princesse sentimentale qui se transformait en succube la nuit. La petite princesse sentimentale qui provoquait son père et déclenchait des crises passionnelles qui se résolvaient au lit et sans douceur.

 

Tu réclamais alors, exigeais la seule loi de mes désirs, le mâle maître absolu de ton corps soumis à toutes ses fantaisies. Si ce n'était pas franchement sado-masochiste, il y avait comme une relation maître / esclave dans ces moments là. Je ne souciais alors pas de ton plaisir, mais exclusivement du mien. Tu m'avouais alors une jouissance bien plus intense qu'habituellement. Jouissance de la punition d'être prise sans douceur, comme un simple objet de plaisir, jouissance de l'humiliation ?

 

Pourquoi ?

 

Pour ne pas être abandonnée.

 

L'abandon. Ton angoisse. Cette peur de petite fille d'être abandonnée par son papa parce qu'elle n'avait pas été sage. Et que la punition rassurait. Si je te punissais, je ne t'abandonnerais pas. La petite fille qui se soumet, ou plutôt feint la soumission. Devenir esclave pour ne pas perdre le maître. Le maître a besoin de l'esclave. L'esclave peut vivre sans son maître. Le maître finit par appartenir à l'esclave.

 

Si j'étais ton maître, si tu étais mon esclave, j'avais besoin de toi, je devenais dépendant de toi. Le maître appartenait à l'esclave.

 

Mon esclave qui avait acquis le pouvoir de « déshabillé mon âme », de percer ma carapace, d'ouvrir en grand la porte de mon jardin secret et de s'y installer comme chez elle. Mon âme n'avait plus aucun secret pour toi !

 

Illusion, illusion !

 

Car je résiste très bien à ce genre d'assaut. Tu n'as jamais réussi à violer l'inviolable. Pourtant tu as fini par te convaincre que tu m'avais mis à nu de corps, bon ça oui, en effet, mais aussi d'esprit. Je te le laissais croire. Tu ne risquais pas mettre les pieds là où je n'autorise encore aujourd'hui personne à les mettre. On appelle ça un détournement d'attention.

 

Persuadée de connaître les recoins les plus obscurs de ma psyché, tu savais tout de moi, je ne pouvais plus rien te dissimuler. Et comme tu m'avais tout montré de toi, nous étions enfin dans cette fusion totale du nirvana amoureux que tu appelais de tous tes voeux ! Enfin, tu m'avais amené là où tu voulais que je sois. Ton désir était comblé ! La vie n'était plus qu'un grand tapis de pétale de roses. Youp la boum !

 

Tout connaître de moi faisait de toi la maîtresse absolue de ma vie. Tu décidais de tout. Tu régentais tout. Tu maîtrisais tout. Enfin ! Après avoir été dominée par un père autocrate et un mari pervers, enfin, tu dominais, tu manipulais un homme. Enfin, tu tenais ta vengeance. Je jouais le jeu, ne cédant que sur des détails. Cela suffisait à te contenter. De peu. Aveuglée que tu étais par ta toute puissance. Je ne cédais jamais rien sur l'essentiel. Je pensais, je parlais, j'agissais comme je l'entendais. Parfois tu t'en apercevais. Scènes homériques sur canapé garanties. Cris, larmes, menaces, supplications, chantage affectif, tout y passait. La grande scène du deux. Rien n'y manquait. Crise d'hystérie pure. Tu m'as même fait deux ou trois crises clastiques. Moi, je restais de marbre. Je partais. Tu attendais deux ou trois jours et tu me rappelais, chatte câline, faisant un hypocrite mea culpa.

 

Maîtresse de ma vie, tu l'étais de mon avenir. Oh tes projets grandioses pour quand nous serions vieux ! Tu avais déjà tout organisé. Avec nos enfants et nos petits enfants. Enfin surtout les tiens. Parce que les miens avec qui tu devais me partager... Tu préférais les voir loin, très loin. Si seulement tu avais pu m'en séparer ! C'eût été parfait. Moi, juste pour toi et pour toi seule.

 

Comme je ne voyais pas vieillir avec toi, je ne t'ai jamais fait de promesse. Je ne te cachais pas que je suis de ceux qui vivent au jour le jour sans se soucier du lendemain, dont les projets sont toujours à très court terme. Tu savais que je suis de ceux qui vivent au jour le jour, dans l'instant, sans se soucier de demain, sans l'imaginer. Je suis de ceux qui savent que l'amour est une chose trop aléatoire, trop changeante, trop volatile pour parier sur son éternité. Mais il n'est pire sourd que celui qui ne veut entendre et qui reste dans la pensée magique, dans le rêve, l'illusion, le fantasme, l'irréel. Tu te racontais des histoires et tu croyais à tes histoires.

 

Toute histoire se termine par le mot fin. Même si pour toi, le mot fin au bas de notre histoire était inenvisageable. Les contes de fées ne se terminent pas sur le mot fin mais sur des points de suspensions qui laissent à leur imaginer une suite.

 

Je sentais de plus en plus la toile d'araignée dont tu essayais de m'envelopper, insidieusement. Et j'ai commencé à avoir des envie de fuite. Devant la mante religieuse qui espérait dévorer son mâle. Mon désir s'est progressivement éteint. Je suis devenu distant, lointain, froid. Nos relations se distendaient. Nous ne faisions plus l'amour que très rarement. Tu soufflais bien sur les braises, mais trop tard. Notre histoire s'était brisée. Définitivement cassée. Dernière scène. Tu étais folle furieuse. Pendant encore un an, tu m'as harcelé de SMS, de lettres, de mails, de coups de téléphone, tour à tour menaçants, suppliants, tendres, agressifs. Tu réécrivais l'histoire à ta façon. C'était parfois du délire. Je ne t'ai jamais répondu, obstiné dans mon silence. On n'avait plus rien à se dire, plus rien à se faire mais tu ne l'admettais pas. Il te fallait me récupérer. Ton réseau d'espionnes me surveillait et te rapportait tout. Au bout d'un an, enfin, tu as renoncé. Tu avais enfin admis que le rideau était définitivement tombé et que derrière lui, tu restais stupidement seule en scène