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Voilà pour la forme.

 

Quant au fond...

 

Là aussi, c'est chargé.

 

Je me contente de cette intelligence moyenne qui est la mienne et qui me permet de saisir le sens d'un minimum de choses.

 

Mais pourquoi, hein pourquoi, quelqu'un peut-il m'expliquer, pourquoi lui a-t-il fallu charger ma mule de cette incapacité à comprendre le problème, même le plus simple, de mathématiques ? Et comme dieu est généreux avec moi, il m'a fait dyscalculique... Oh ! Cette longue douleurs pendant les cours de maths ! Oh ! Cette angoisse insupportable dans l'attente de la note qui ne parvenait jamais à la moitié de la moitié de la moyenne ! Naturellement la divinité omnisciente n'a pas ce genre de souci...

 

Je viens de dire que le créateur est généreux avec moi. Effectivement, sans doute pour compenser ma nullité absolue avec les chiffres et les nombres, il m'a accordé le goût des lettres. Là, il en a mis plusieurs bonnes louches. Ce n'est plus du rab, c'est du surplus. Constatez. Il m'a inoculé le virus, mortel s'il en est, de la poésie. La poésie ! Je vous demande, avais-je besoin de poésie ? Non ! Hé bien voilà, infecté. Dès mon plus jeune âge. Une maladie chronique et invalidante. Je me suis plongé dans Baudelaire pour me surinfecté de syphilis littéraire. Toute ma vie j'aurai fait de la littérature. Mais la vie, ce n'est pas de la littérature. Avec cette imagination débordante, cette faculté de rêver en plein jour et en très grand, j'ai souvent pris la littérature pour la vie et la vie pour la littérature. Bref, faux sur toute la ligne. J'en ai souvent perdu le sens des réalités, perdu mon temps et peut être pas mal de ma vie à courir après mes chimères, à bâtir mes châteaux en Espagne, à voir mes amoureuses comme des héroïnes de roman, mes poèmes comme des pièces d’orfèvrerie, mon cul comme le centre du monde. Plus l'illusion est haute et plus dure est la chute.

 

J'aurai vécu dans les livres. Je n'aime pas le monde, je n'aime pas l'humain, je n'aime pas la bête et tous me l'ont cruellement rendu. Forcément. Alors, j'ai cru que les livres étaient un antalgique efficace. Au début, oui, ils aident. Mais, à force de ne fréquenter qu'eux, on s'isole des congénères, on s'enferme dans une prison d'irréalité. C'est une fuite en avant perpétuelle. Impossible de stopper cette course folle. Et quand un mur se dresse...

 

Alors, merci dieu, grand thérapeute, grand pharmacien. Ton remède si généreusement dispensé est pire que le mal. En fait, c'est un virus de plus que tu m'as inoculé. Le virus de la lecture qui exige une relation charnelle avec les livres, une solitude sourcilleuse qui ne tolère aucun intrus, ou aucune intruse. Alors, j'ai fuis, je fuis. Avec mes livres. Sans parler des nuits blanches et des sommes dépensées en librairie.

 

Virus de l'écriture, virus de la lecture, addiction littéraire. Je me suis plus souvent masturbé, grave péché que l’onanisme, entre les pages des livres que dans mes doigts en rêvant d’invraisemblables choses. Mais quel pied ! Nulle part ailleurs, je n'ai connu une telle jouissance, un tel bonheur toujours et facilement renouvelé. Plaisir d'égoïste, certes. Mais c'est bon d'être égoïste. Je sais que dieu m'a commandé d'aimer mon prochain plus que moi-même. Je n'obéirai pas, une fois de plus, une fois encore à cet autocrate caractériel. Au fait, dieu, il aime qui ? Je ne suis même pas sûr qu'un jour il ait ouvert un livre.