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Si, contre toute raison, dieu existe, comme il a tout créé, il m'a donc créé.

 

Et si dieu m'a créé, il a raté son coup.

 

Le con !

 

Pourquoi m'avoir sorti du néant pour me jeter, sans explication, dans ce monde, dans cette famille ? Cela n'a aucun sens. Cela ne présente aucun intérêt. Le sens de rotation de la terre et des aiguilles de la montre n'en a pas été changé. Totalement inutile. Il n'y avait aucune nécessité.

 

A moins. A moins que ce connard de dieu ait décidé, un jour où il ne savait pas quoi faire, un jour particulièrement calme où aucune urgence ne le réclamait, à moins qu'il ait décidé de se fabriquer un jouet, un souffre douleur auquel il pourrirait la vie. Auquel cas, il a réussi son coup. Parce que, quand même, donner la vie à quelqu'un, c'est lui faire un sacré paquet d'emmerdements. Et là, dieu m'a particulièrement gâté. Merci dieu. Mais ça ne cadre pas avec ce que l'on m'a dit de lui, réputé infiniment bon et miséricordieux, infiniment juste et compatissant. Enfin, c’est ce que l'on m'a dit de lui. Je ne le connais pas personnellement. Ce n'est, qui sait, peut être qu'une rumeur qui court à son sujet. Les gens sont méchants et racontent tellement de bobards à propos de tout et n'importe quoi. A moins qu'il m'a créé un jour de fatigue, ou d'ivresse. Prendre une murge peut arriver à quelqu'un qui peut changer l'eau en vin.

 

Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je sens qu'il ne m'aime pas. En effet, s'il m'aimait, il ne s'acharnerait pas sur moi à ce point là. Pourquoi ne pas me balancer sur une planète où l'air est agréable et dans une famille respirable? Il a choisi le pire pour moi. Je ne comprends pas. Je n'avais rien fait de mal moi. Et si depuis j'ai fait le mal, il en est responsable. On devient mauvais à force d'être mal aimé.

 

Tout d'abord, il m'a fait arriver très en retard sur l'horaire prévu. Je suis un petit retardataire. Retardataire, retardé, attardé... Je traine depuis ma naissance une sale impression d'être mal fini, qu'il me manque des pièces, que mes boulons sont mal serrés, de n'avoir rien à faire là où je suis, de n'être jamais chez moi, toujours en exil. Un étranger, un émigré, un apatride, un clandestin que l'on tolère parce que l'on ne peut pas le refouler. Dans la horde familiale, et au delà, au sein de l'espèce, la sensation d'être un curieux animal, une bête à part. Étrange certitude que d'être né est plus qu'une erreur, c'est une faute imprescriptible. Une faute qui me courbe le dos tant le poids de mon péché fondamental est lourd à porter. Une faute qui me marque le cuir comme un fer rouge, le fer rouge de l'infamie de vivre.

 

Merci dieu pour ce capital de départ.

 

Et puis dieu nom de dieu, c'est quoi ce corps d'athlète dénutri aux muscles de sauterelle, aussi puissants qu'un pot de fromage blanc, cette gueule comme une ville bombardée, cette ridicule virgule en bas de mon abdomen, ces mains toujours glacées, ces cheveux indisciplinables, ces yeux défaillants qui me donnent un regard de myope langoureux, cet appendice nasal indiscret. J'aurais préféré un gros phallus et un petit nez. Franchement pour la forme, ce n'est pas ça. Je déteste ces miroirs où je vois mon reflet. Une telle image, ça n'aide pas pour draguer les filles. J'en suis devenu d'une timidité maladive. Dès que je repère une fille, je pense à mon tronche et là ça bloque. Pourtant, je ne m'en sors pas trop mal. Malgré toi et ton auxiliaire d'antivie, ma très sainte mère.